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Béréchit, le choix du juif

Béréchit implique une notion de départ et de suite, c'est le projet universel

Nous sortons d'une période exaltante et entièrement parsemée d'émotions fortes.  La dernière en date et non la moindre est celle de sim'hat Torah, la fête de la joie de la Torah. Le juif y a exprimé sa joie et son attachement à la loi et s'est réjouit autours de rouleaux de parchemin auxquels Maïmonide accorde une sainteté dérivée de celle des tables de la loi!

Cette fin des festivités est en fait un aboutissement, nous le devinons aisément. La sainteté du juif est telle, après toute la période de tichri, qu'il peut maintenant véritablement se réjouir. Il a côtoyé Le Roi des rois durant roch hachana, le nouvel an. Il a obtenu la grâce le jour de Kippour. Il s'est détaché du matériel durant les sept jours de Souccoth. Il est dorénavant lui-même et peut faire alliance avec la Torah qui lui convient parfaitement, quand il est dans cet état de judaïsme épuré de tellement d'influences extérieures.

Et bien, dansez ''maintenant'' aurions-nous envie de lui dire, sans savoir à quel point l'expression vieille France est si bien adaptée à l'occasion. Pourquoi?

La Torah commence en imprégnant la création par la notion de temps, béréchit. Nous laisserons la liberté de traduire cette expression par ''au commencement'' ou ''au début de'',  car dans les deux cas, cela ne laisse aucun doute sur l'intention du Créateur: Le monde avance lentement et surement vers une finalité. Il y a un début donc une fin en prévision.  C'est le message irrévocable de ce terme béréchit, introduction à la Torah planificatrice de l'univers. Un début implique toujours une suite.

Chaque composant du monde acquiert obligatoirement un rôle d'acteur dans cet échelonnement. La sagesse de D. est en effet si grande, que toute action concorde à rapprocher l'humanité de la fin prévue depuis la genèse, la guéoula, la rédemption.

Le béréchit, qui n'est qu'une question de temps, octroie à l'histoire de l'humanité sa propre dimension, à savoir un départ et un terme en perspective. Chaque événement a une finalité, il mène à un but précis et plus encore leur rassemblement à tous, fournira l'apothéose de la rédemption.  Nous allons comprendre qu'ils se sont tous accordés au point de s'enclencher en fournissant une lecture parfaite de la sagesse que D. a voulu dévoiler. Pourquoi telle chose a précédée une autre etc.

N'appartient donc au groupe des créatures que ceux que l'ont peut assujettir au temps, à l'histoire universelle. Le monde évolue, avance, vieillit et doit aboutir à l'aide d'une série d'évènements à sa finalité: la découverte de l'unité de D. C'est Lui qui a tout planifié et qui a tout décidé. Personne n'a pu le contraindre dans aucune de Ses décisions et le monde est arrivé à l'exact point qu'Il a désiré sans qu'aucun évènement n'y interfère.   

La Torah est au dessus du béréchit, la téchouva de même

Mais cette même Torah qui nous subordonne au temps, se distingue elle, par son caractère intemporel. Elle est en effet désignée dans les textes par le terme 'ata, maintenant. L'état de maintenant contrairement au béréchit définit une immobilité perpétuelle n'admettant pas le décompte par les unités du temps ni une évolution telle que nous la concevons dans ce monde. Nos Sages ont dit que le terme ''maintenant'' fait allusion à la Torah comme il est dit: Vé'ata kitvou lakhem et hachira, et maintenant écrivez pour vous ce chant (Dévarim). Ce verset se réfère à la Torah et dit ''maintenant''.

La téchouva le repentir, aussi est désignée par le terme 'ata, maintenant, nous allons le voir en détail. verset Tout se passe donc comme si, les mois d'Elloul et de Tichri, marqués par le repentir et la joie de la Torah, se réunissaient en un seul thème, celui du maintenant pour clamer tout haut qu'ils sont un retour à la source, celle qui est au dessus de l'espace temporel, celle d'avant la création. La Torah et la téchouva véhiculent l'homme vers une dimension où le temps  et le déroulement des événements ne compte pas et où tout est qualifié de présent perpétuel.  Expliquons-nous:

La téchouva est retour normalement impossible

La notion de téchouva, le repentir, est bien trop insensée pour appartenir à l'un des composants de la création. Le midrach dit que D. créa la téchouva avant le monde car elle n'a rien de rationnelle ou d'acceptable. L'humain conçu selon les règles de la nature ne peut raisonnablement se défaire de la faute. Elle est qualifiée en hébreu d'issour à savoir de prison, si l'on venait à traduire ce terme de la manière la plus littérale.  Le corps et l'esprit s'en sont en effet imprégnés et elle ne peut les amener qu'à une récidive. Le monde, le béréchit, est une somme de causes et d'effets, de débuts et de fins (rien ne se perd tout se transforme!). Chaque action a son prix. Telle est la règle immuable de l'humanité. Comment s'en défaire? Comment empêcher les lois de la physique du mal et du péché, qui ne dérogent pas à cette règle, de fonctionner?  Il fallut créer le maintenant avant le béréchit à savoir, comme ont dit les Sages du midrach, créer la téchouva avant le monde. De cette manière il a été donné à l'homme la force et l'opportunité de revenir à sa source en se dépouillant d'une impureté marquée en lui. L'infirme retrouve miraculeusement l'utilisation de ses membres, c'est ainsi qu'il faut concevoir le repentir. Elle est un retour en arrière, vers son propre début, son soi-même, sans qu'aucun évènement ne puisse nous en empêcher. L'homme se libère des contraintes de la nature et revient au point où il le désire. Cette force n'est pas terrestre. Elle échappe à la pensée et fustige tous les ordres établis par béréchit. On ne dit plus ''rien ne se perd'' car les forces du mal s'en vont et disparaissent comme si elles n'avaient pas existé car elles n'impliquent plus de conséquences.

En conclusion, maintenant dans le cadre de la téchouva offre une idée de stabilité à savoir de pureté éternelle à laquelle il et possible de retourner sans souffrir des conséquences du péché faisant ainsi fi des règles du béréchit, de la cause à effet.

La torah sans limite et entièrement claire, est l'antithèse de ce monde lui délimité et voilé

La Torah aussi, de par son caractère infini, n'a aucun support véritable dans ce qui peut être défini par les limites du matériel. C'est bien pour cette raison que nos Sages ont dit qu'il n'est de récompense pour la mitsva, commandement dans ce monde. Comment en effet, confiner la Torah infinie dans l'espace délimité par un début et une fin, autrement dit, dans le béréchit? La Torah n'a donc pas de place dans le monde du béréchit parce qu'elle ne peut avoir véritablement de conséquence et de suite ici bas. Béréchit qui est par définition le monde du  résultat, de la cause à effet,  ne peut servir la Torah en servant de décor pour sa récompense, pour ses effets à elle.

Le juif évolue donc, durant la pratique de la Torah et son étude, dans la dimension du maintenant et non dans celle du béréchit. Et puisqu'il n'est plus de ce monde, les contingences lui importent peu et ne le gênent d'ailleurs plus. Les règles de la nature n'ont pas été dictées pour lui. Nos Sages l'ont résumé en peu de mots: Tout celui qui accepte le joug de la Torah est libéré de celui des contingences matérielles etc. (Maximes des Pères).  Il ne doit plus se soucier de la hichtadlout, de l'effort producteur menant à la réalisation, dogme invariable du béréchit, car il évolue dans le maintenant, le monde où le temps et l'évolution sont bannis.

En conclusion, le maintenant de la Torah est une exclusion du mensonge produit par la hichtadlout, l'effort producteur. En effet, rien n'est produit, tout est fourni par D. Il n'y a pas de béréchit à savoir cette idée de suivi, de préparation et d'obtention par l'action. L'homme ne sème pas le blé puis l'arrose puis etc. Tout est instantané car tout est D. et l'acte n'est un simulacre instauré. Le pain ne nourrit pas. C'est D. qui a demandé à l'homme d'en consommer afin que Sa volonté le fasse vivre. Vivre avec la Torah signifie voir l'unité de D. et Son omnipotence. Celui qui lit dans la Torah sait déchiffrer le code de l'humanité et apercevoir Hachem derrière le voile du matériel du béréchit. Maintenant est donc la vérité absolue, quand béréchit constitue les règles de physique et les lois de la nature instaurées pour voiler Sa présence.

Le béréchit sert aussi à dévoiler pas seulement à voiler

Mais béréchit dans l'acception de début impliquant une fin, va servir aussi de démonstration pour l'unité de D. En effet, le déroulement des actions des humains et du reste de la création mènent inexorablement vers la preuve qu'il est une force immuable et incontournable et non soumise, celle à laquelle, nous juifs, nous nous agrippons. Nous saisirons le sens de chaque action ainsi que ses conséquences et nous en verrons les détails lors de la venue du Messie. Jusque-là les choses restent masquées mais convergent vers ce but, le maintenant là Il n'y a plus d'après car rien à démontrer car tout est clair et face à nous.

La terre de par sa forme y fait d'ailleurs allusion. Elle est circulaire car l'humanité avance de cette manière pour revenir au point de départ quand D. était seul et irréfutable. Le mouvement circulaire induit en effet cette idée de retour à la source car de n'importe quel point de départ le retour à la case départ y est le parcours naturel et obligatoire. Tous les évènements de l'histoire concourent vers ce point culminant et ils s'enchevêtrent tous dans la plus parfaite des règles du béréchit, de la cause et de l'effet. Un jour nous comprendrons l'immensité de Sa sagesse et nous nous en délecterons. Comment tous les actes ont pu être si bien planifiés? Comment D. a-t-Il dominé toute cette histoire aussi complexe afin de s'en servir à cette seule fin: démontrer Son unité et Son omnipotence?

En conclusion le béréchit comme commencement, porte en lui une dualité du thème. Il véhicule une idée de suite donc de conséquences. L'homme ne peut apparemment rien obtenir sans l'effort et le monde existe par les règles de physique qui sont une suite logique. Il voile donc l'unité de D. qui dirige tout sans avoir recours à aucune règle. Mais paradoxalement le béréchit est une suite d'évènements qui converge vers la démonstration de l'unité de D. quand à l'époque messianique nous serons à même de décoder cette monumentale énigme. La Torah offre à ceux qui l'étudient une échappatoire à la première erreur. L'homme ne croit plus en l'effort car il évolue dans le maintenant. Tout celui qui accepte le joug de la Torah est libéré de celui des contingences matérielles etc. (Maximes des Pères).  D'autre part il a assez de sagesse pour lire certaines sections de ce code secret qu'est la suite des évènements et y voir l'unité de D.

Illustrations par le Midrach 

Nous allons pouvoir aborder plus aisément les prochains midrachim de nos Sages qui sont une illustration à ce thème. Ils vont nous rendre ces notions beaucoup moins abstraites.

Josué est en pleine guerre de conquête de la terre promise. Il a soudain une apparition en la présence d'un Ange. Le peuple s'est mal conduit car la routine n'a pas été respectée. Le sacrifice quotidien a été délaissé ainsi que l'étude de la Torah. ''Pour quelle faute es-tu venu nous réprimander?'', le questionne Josué. L'ange étonne quand il répond: 'Ata bati, Je suis venu maintenant". Les Sages du Talmud déduisent du terme ''maintenant'' que le courroux de D. est du à leur manque de zèle dans l'étude de la Torah. En effet le terme ''maintenant'' rappelle celui utilisé à propos de la Torah dans un autre verset, cette fois dans le livre Dévarim: 'Vvé'ata kitvou lakhem'', ''et maintenant écrivez pour vous les paroles de cette chanson''. La Torah est ici décrite comme une chanson et on l'introduit par maintenant.

Cet enseignement est typique des lois de la déduction talmudique. Un verset est énigmatique, ''Je suis venu maintenant". On s'inspire donc d'un autre où le même terme est utilisé afin d'élucider le premier. Dans notre cas la Torah est clairement introduite par maintenant dans un verset de la Bible et le résultat apparaît: L'ange est venu les blâmer sur leur délaissement de l'étude en cette période de guerre.

Ce qui nous interpelle est l'ambition de cet Ange. Comment espère-t-il les voir respecter exactement leur routine même en terrain de combat? Devraient-ils prendre l'épée et livre dans une même main? (le Radak, commentateur des livres des Prophètes va beaucoup plus loin dans cette interrogation, s'y référer).

La vérité est la suivante. La Torah est qualifiée par l'Ange de maintenant. Celui qui l'étudie ne fait plus parti de ce monde. Il est relié à une vérité qui ne saurait admettre le béréchit à savoir, combattre par les armes, être un bon guerrier et un bon stratagème et donc vaincre. Le maintenant signifie offrir un simulacre de combat selon les règles du béréchit et faire gagner D. qui se voile derrière ses enfants selon la vérité du maintenant. Comment donc leur pardonner leur manque d'ardeur à l'étude? Est-ce vous qui guerroyez ou Moi? Pourquoi avez-vous l'esprit occupé à la  bataille alors que Je fais tout?  S'ils ont abandonné l'étude durant cette dure période c'est parce qu'ils ne s'y adonnaient pas durant le reste de l'année à la manière désirée du maintenant. C'est la raison pour laquelle le terme maintenant a été choisi pour désigner cette faute et non un autre.

Il est intéressant de remarquer que la Torah est qualifiée dans ce même verset de chanson. Ce n'est pas un hasard. Chira, chanson, en hébreu signifie une forme circulaire. Cela peut être expliqué de la manière la plus littérale. Quand les hommes chantent, ils se mettent à danser et forment alors tous ensemble un cercle. Dans notre cas, la forme circulaire fait allusion à la force de la Torah qui est le décodeur de toute l'histoire de l'humanité. Or celle-ci revient lentement et inexorablement à sa source, au dévoilement de l'unité de D. Tel un cercle qui n'offre qu'un seul trajet: un retour à son point de départ! Le verset semble donc dire: Quand la Torah est étudiée à la manière de maintenant, en se détachant du béréchit  on aperçoit la chira, le chant de l'univers, un ensemble de notes harmonieuses qui mènent à la symphonie finale. Seule cette Torah ouvre les yeux aussi grands.

 

La téchouva, le repentir est aussi appelé 'ata, maintenant. Ce verset se trouve dans la portion de Béréchit. Adam faute et D. lui ouvre les portes du retour: ''Vé'ata pen ichla'h yado'', ''Et maintenant de peur qu'il se serve aussi de l'arbre de vie etc.''. Nos Sages nous disent que le terme maintenant fait ici allusion à la téchouva. Ils ne se justifient pas dans leur commentaire. Pourquoi le repentir est-il ainsi désigné, qui le leur a dit? Nous n'avons pas la prétention de commenter pleinement leurs paroles. Mais en vertu de notre développement, le mystère est un peu moins grand!

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