· 

Noa'h ''Une rabbanoute manquée''

Noa'h

''Une rabbanoute manquée''

 

 

Chabbat Noa'h 5770

 

Le mérite de ce cours est consacré à la prompte guérison de

'Hayim Chmouèl ben Léa

 

 

 

Que reproche-t-on  à Noa'h?

La sidra de Noa'H est un moment difficile de l'année. Nous sommes redevables à ce grand homme d'avoir préservé le genre humain. Il a réenclenché le cycle de la nature en préservant la faune au prix de grands efforts. Il est en vertu de cela, après Adam, le deuxième père de l'humanité. Il mériterait toutes les louanges mais comme récompense il est nous présenté sous des facettes peu glorieuses. En effet, d'emblée le verset l'introduit comme ''Tsaddik dans sa génération''. Rachi commente cette expression selon les paroles du Midrach: S'il avait vécu à l'époque du Patriarche Avraham, il n'aurait pas été considéré davantage que le commun des mortels. Le verset lui reproche aussi de n'avoir pas imploré D. d'annuler le décret. Et puis, en passant sur bon nombre d'autres allusions des versets le concernant, le célèbre épisode où ses enfants le trouvent soul et dénudé dans sa tente. Qui est cet homme ou faute de vraiment le savoir, que lui reproche-t-on principalement?

Avant toute analyse, il est primordial de rappeler que l'étude des personnages de la bible, quand il s'agit de Justes, est de la même proportion que celle de la fourmi observant une montagne. Logiquement, il ne nous est pas permis d'émettre une quelconque opinion sur l'un deux. En effet, comment pourrions-nous évaluer leur conduite quand nous sommes si loin de leur dimension. Nos sentiments ne sont pas les leurs et nos pensées non plus. Leur donner un jugement de valeur ou leur offrir une interprétation serait aussi ridicule que de lire un dossier médical, pour qui n'aurait aucune compétence en la matière et puis de contredire le médecin. Nos Sages du Midrach ont eut cependant ce droit et ce mérite et ils nous ont légués des trésors d'informations scellés dans la terminologie du langage talmudique. Il ne reste plus qu'à les étudier et à les interpréter selon les règles de ce langage.

La filiation de Noa'h n'est pas celle qui véhicule le message universel

Le Midrach est formel: nous ne sommes plus les enfants de Noé. Avraham est né de nouveau en reconnaissant son Créateur. Il a dépassé les facultés que peut déployer un fils, celles qu'il a hérité de ses parents. Par cet évènement la filiation de Noé s'est brusquement arrêtée. Tout se passe comme si le Patriarche voulant donner au monde un message de croyance et de dévouement  pour D., ne pouvait le faire en se servant du patrimoine reçu génétiquement. Il lui a fallu se réinventer, se renaître!

L'idée peut paraître confuse mais elle est en fait très rationnelle. La notion de respect des parents implique une donnée immuable: Le fils ou la fille renferme une partie ou toute la richesse de ses géniteurs. Il leur doit toutes ses réalisations et ne peut en aucun cas prétendre à une supériorité de potentiel par rapport à eux. Il a peut être mieux utilisé cette richesse mais il ne l'a pas inventé. C'est ce que Rabbi Tsaddok désigne par la notion de ''corps sanctifié'' hérité des parents, en provenance directe de nos Patriarches. C'est lui qui nous ouvre les portes de la réussite spirituelle et matérielle.

Avraham ne l'a pas vécu ainsi. Ce corps spiritualisé, il se l'est fait tout seul. Il a du, par ses efforts, recommencer une nouvelle ''dynastie''. Celles qui le précédaient ne lui ont pas légué un corps assez purifié  lui permettant de se délivrer de toutes les tentations matérielles. En ce  sens il est considéré par le Midrach comme ''s'étant fait naître''. Conclusion: Nous ne sommes plus des bné Noa'h, des fils de Noé, mais les fils des Patriarches comme leur nom l'indique si bien (en Hébreu Avot).

La rabbanoute et ses deux aspects

L'erreur de Noé est donc mise à nu: Son corps n'a pas été spiritualisé.  La preuve en est qu'Avraham n'a pu s'en servir pour son projet universel. Une étude des midrachim nous laisse pourtant deviner que l'homme a été prévenu par …D. Lui-même. Hashem l'a averti de son défaut et lui en a communiqué le remède.  Relisons donc les textes selon les midrachim:

Noé est un dirigeant. Il possède la terre entière et doit reconduire l'humanité sur le chemin de vérité. C'est une charge, celle de la communauté, le tsibbour.  Cette fonction, vue de l'extérieur, peut être considérée  comme un honneur, en tous cas par celui qui la convoite pour cette raison. La réalité est différente. Le tsibbour  est une épée tranchante. Notre plus grand prophète, Moïse, en a fait l'expérience et a du en assumer les conséquences.  Nos Sages ont résumé ce danger en une terrible sentence: La rabbanout enterre.  

Pourtant ce serait mentir que d'évoquer uniquement la moitié de la vérité. Cette fonction est un mikvé, un bain rituel. L'homme sent qu'il est pris en charge par D. et que le tsibbour le pousse aux confins de ses possibilités et bien plus loin. Il se dépouille petit à petit de ses soucis mesquins et devient l'homme de D., Son émissaire.  Il est l'associé du Créateur puisqu'il fait, à une autre échelle certes, le même travail. Il se soucie d'autrui et il leur donne leur nourriture spirituelle et souvent matérielle.

Noa'h comparé à Moïse

C'est ce qui semble être la signification du midrach si peu flatteur envers Noé. Il met en comparaison deux dirigeants, Moïse et Noé. Le premier a d'abord été qualifié par les textes de Ich mitsri, ou en traduction littérale homme égyptien (La notion d'égyptien est dans le midrach l'opposé de la forme spirituelle. Elle est la situation de l'homme à l'état brut vivant du plaisir sans aucune ambition. Nous en reparlerons en détail si D. le veut). La suite est connue de tous. Moïse devient Ich Eloquim, ''un homme de D.'' Il y a une évolution chez l'être choisi pour devenir un dirigeant.

Le parcours du second s'effectue dans le sens contraire. Noé est dans un premier temps qualifié dans les versets de Ich Tsaddik,  ''un homme Juste'' pour finir Ich adama, un homme de la terre.

La comparaison n'est surement pas fortuite. Le Midrach n'a pas choisit Moïse au hasard des mots qui apparaissaient de part et d'autre: ich Eloquim et ich adama. Ce n'est pas parce qu'ils sont désignés respectivement par Ich, homme de …, qu'on les met face à face. La vérité est que leur destinée était semblable. Ils ont eut respectivement entre les mains, la responsabilité de l'humanité entière. Les deux ont été rois et ont disposés de  toutes les richesses et de tous les pouvoirs. L'un aurait pu rester le prince Egyptien, tout puissant et despote. Il s'est cependant hissé à la stature de Roi d'Israël. L'homme de D. qui a marqué toute l'histoire du genre humain par le message de D. Il a obtenu cela par sa position de Rabbanout, de dirigeant. C'est elle qui fait ou qui détruit. Dans son cas elle l'a forgé dans toute son immense stature d'homme presque D.

Noé a eut les avantages du pouvoir, du moins ceux qu'ils considéraient comme tels. Il est devenu l'homme le plus puissant du monde. Le texte révèle alors qu'il avait une certaine attache à la terre, adama au point d'en associer son essence puisqu'elle est rattachée à son nom, sa désignation. Cette ''tache'' est sans aucun doute infinitésimale mais elle a empêché le grand homme de devenir le Patriarche escompté. Le midrach nous apprend en effet en établissant cette comparaison entre Moïse et lui, qu'il aurait du y accéder aussi à cette stature de ich Eloquim. Mais cette attachement à la terre, à l'autre facette que concède la Rabbanoute , le pouvoir, l'en a empêché.

Il est inutile de poursuivre le commentaire de ce midrach car le lecteur ne retiendra de toute façon que la part d'erreur de Noé. Et celle-ci n'est-elle pas assez explicite? C'est elle que l'on veut voir chez le dirigeant de n'importe quelle envergure soit-il! Le Talmud nous abasourdit quand il affirme que Moïse se confectionna une tunique sans ourlais pour les huit jours d'inauguration du Tabernacle. Pourquoi? Afin qu'on ne le soupçonne pas d'avoir dérobé les pièces consacrées par les enfants d'Israël.  Mais la beauté de cet enseignement réside dans le fait  que les soupçons sont aussi une étape par laquelle l'égyptien doit passer pour se hisser à la dimension d'homme de D.

Un homme prévenu

Hachem avait prévenu Noé de ce danger. Pendant le long périple des eaux, Noé du nourrir avec des efforts qu'il serait difficile de décrire par le plume, toute la faune qu'il recueillit dans l'arche. D. aurait pu le surmener un peu moins, nous en sommes convaincus. Ce grand homme devait-il absolument s'occuper d'un zoo géant pendant des dizaines de jours? Une autre interrogation a suscité beaucoup d'interprétation. Pourquoi D. a-t-il précisé, quand Il ordonna Noé de nourrir les animaux: ''Prends de chez toi''. N'est-ce pas évident qu'il ne doive pas voler à cet effet?

En vertu de notre développement, la réponse à ces deux interrogations est la suivante: Noé était en danger de ''Rabbanout''. D. le prévient des risques de chute que cette fonction occasionne. ''Tu vas diriger et tu devras en retirer le meilleur. Tu pourras, en t'adonnant jour et nuit à tes ouailles, devenir le semblable de D. Un être attentif et respectueux du besoin d'autrui et ignorant du sien. Un donateur et non un receveur. C'est pour cette raison qu'il reçoit un ''baptême'' aussi cruel. Il va donner des jours durant dans le souci de préserver l'équilibre du cycle naturel. Aucune bête ne doit disparaître. D. lui demande davantage: ''Donne-leur de tes possessions''. ''Sépare-toi de tes biens pour la communauté car dans le service de tes fonctions tu dois te consacrer à ton peuple''. Noé devient néanmoins Ich adama, l'homme de la terre à la déception de son Créateur.

Noé n'a pas spiritualisé son corps. Il a laissé à Avraham le soin de le faire. La patriarche ne pouvait offrir à l'humanité la chance de devenir des serviteurs de D., amoureux de l'esprit et non du corps, sans renaître de nouveau.    

 

      

 

 

   

Écrire commentaire

Commentaires: 0