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Fils d'Avraham ou Babélien? L'élève ou l'école?

Fils d'Avraham ou Babélien? L'élève ou l'école?

 

Avraham et les promoteurs de la Tour de Babel sont deux adversaires

La présentation du premier Patriarche est quasiment inexistante dans les textes. Avraham doit déménager et quitter ses repères afin de s'installer en terre sainte, sans que nous sachions réellement pourquoi il a été désigné par D. pour être Son prophète. Quelles sont ses aspirations, ses orientations ou bien encore ses qualités? Tout cela, le verset ne nous l'explicite pas.

Mais nous sommes cependant curieux de le savoir. Davantage que chez une autre ascension précédant une gloire universelle, car elle a été celle de notre Père et elle doit nous servir d'exemple.

Nos Sages nous ont légué des trésors d'informations à ce sujet, mais cette fois-ci plus que jamais, leur enseignement est sous le couvert du secret car ils ont deviné que le Saint béni soit-Il ne désirait pas divulguer certains épisodes peu glorieux de l'histoire du genre humain. Il s'agit de la tour de Babel. L'analyse de leurs méfaits et de leurs intentions est en effet primordiale car ils se postaient en  opposants directs de la doctrine d'Avraham selon le Midrach. 

En effet, le texte biblique reste très silencieux concernant les délits de cette génération. Pourquoi ont-ils décidé de se réunir, de construire une ville et une tour et pourquoi ont-ils été châtiés de la sorte? Le tout est enveloppé  d'un mystère que même les Sages du Midrach admettent: Leur faute n'a pas été divulguée contrairement à celle de la génération du déluge!(Midrach Rabba Noa'h) Pourquoi? Cela aussi n'est pas très clair. Il semblerait que la raison soit car il s'agit d'apikorsout, de philosophie subversive. Ils ont voulu lutter contre D. Pourquoi donc épiloguer sur des idées qui sont fausses et peut-être séduisantes pour les petits esprits? La Torah a donc laissé le soin aux Sages de dévoiler ce qu'il leur semblait permis de connaître et même après sous la forme de… puzzle.

La tour de Babel est une dose maximale d'apikorsout qui de dilue dans le cours du temps

Les midrachim qui s'y rapportent sont eux aussi très difficiles d'accès et il faut un véritable travail de reconstruction pour les assembler. Deux passages vont ainsi se compléter de manière étonnante.  

Le premier est dans le Midrach Rabba. Il affirme que cette tour a subi trois différents châtiments. Le premier tiers a brûlé, le deuxième a été enfoui sous la terre et le troisième est encore en place.

Le second extrait est dans le Midrach Tan'houma: En trois époques les humains ont lutté contre D. La première est celle de la tour de Babel. La deuxième est celle de la génération de Josué et la dernière est la redoutée guerre de Gog et Magog.

Ces deux textes ont un trait en commun. Ils partagent en trois l'apikorsout, le soulèvement contre D. L'un utilise cependant un paramètre de temps (en trois époques etc.) et l'autre d'espace (la tour). Cette ressemblance dans le fait de partager en trois laisse deviner qu'ils se réfèrent à la même chose. La conclusion est que cette tour représente en fait, une quantité d'apikorsout qui a été divisée en trois et se répand dans l'histoire du monde en se manifestant par des guerres contre D.  C'est ainsi qu'il faut réunir ces deux affirmations. Deux manifestations ont déjà eut lieu. La première à Babel. Elle a été réprimée par le feu. La seconde est encore présente. La dernière attend patiemment, enfouie sous terre mais elle est bien là.

Nous allons comprendre qu'il s'agit d'une promesse de sagesse et de découvertes scientifiques. S'est-elle déjà déterrée et dévoilée? Apparemment oui! Lisons les textes qui étayent notre affirmation.

 

La science leur sert d'arme contre D.  C'est elle, l'apikorsout

Quelle a été leur philosophie, leur apikorsout ? Le Midrach Rabba dit qu'ils étaient de brillants scientifiques. Forts de leur savoir ils se sentaient à même de contrer les plus grands cataclysmes naturels. Le déluge, selon leurs constatations, n'était un phénomène d'affaissement des cieux qui apparaissait tous les 1600 ans. Ils avaient la réponse scientifique à ce fléau (se référer au Midrach). Ils accordaient à la science un pouvoir exceptionnel et refusaient à D. le Sien, celui de décider la place et l'heure des événements. Selon eux, tout était contrôlable et prévisible Comme le Midrach le dit si bien  ''ils renvoyaient D. de chez Lui et prenaient Sa place''.

Il fallait protéger le genre humain. Ils en étaient tellement soucieux qu'ils prévoyaient les catastrophes à plus de mille ans à l'avance. En effet, ils s'aimaient les uns les autres. Les versets sont clairs à ce sujet. Leur crainte ''de peur que nous nous séparions'' est ouvertement énoncée. Ils voulaient vivre ensemble et construire une méga ville, car ils avaient une même langue, un langage en commun et bien davantage comme nous allons le voir.

Ce qui nous interpelle donc est l'affirmation du Pirké déRabbi Eliézer. Ces gens pleuraient la casse d'une brique et non la mort d'un ouvrier.  Ils se souciaient bien de savoir si l'un d'eux mourrait au travail. S'aimaient-ils donc ou non?

Avant de répondre, il est primordial de lire ce passage du Midrach Rabba: 

''Ils proférèrent quelques paroles'', (dévarim a'hadim) dit le verset à leur sujet. A'hadim se traduit aussi de manière littérale par ''uniques'' (pluriel de ''é'had'', un), pour dire qu'ils parlaient  contre le D. unique. Ils disaient: ''Pourquoi habiterait-Il en haut et nous en bas?'' Ils décidèrent donc de construire une tour et en son sommet une idole brandissant une arme vers D. ''Uniques'' pour dire aussi qu'ils méprisaient Avraham est qualifié d'unique dans les textes. Ils disaient: ''Il ne produit rien, il est stérile comme une jument''. Et enfin, ''uniques'' car ils avaient un compte commun une sorte de…  banque mondiale. Personne ne refusait rien à l'autre tant ils étaient riches  et s'aimaient.

Ce texte est très important dans le cheminement de notre raisonnement. En effet, comment pouvaient-ils reprocher au Patriarche d'être stérile et en quoi serait-ce une imperfection susceptible d'éloigner le peuple de lui? Un homme qui n'a pas mérité la paternité est-il moins respectable pour autant?

Qui est au service de l'autre: l'homme ou la ville?

Voici donc l'interprétation: La ville, la réunion d'hommes, est une merveilleuse invention. Elle permet à la diversité des qualités dispersées dans le monde de cohabiter et d'évoluer pour un enrichissement mutuel. Ce phénomène est accentué quand la langue pratiquée est la même. Les contemporains d'Avraham aimaient cette cohabitation car elle leur offrait ces opportunités. La science et la sagesse humaine avançaient et l'humanité en jouissait.

Leur erreur a été leur conception de la ville en tant que société: Est-elle au service de l'individu ou à l'inverse, l'homme en est-il son esclave? Est-ce que la société, en fonctionnant globalement, satisfait et peu importe l'homme qui lui a fait le sacrifice de sa vie? Les Sages du Midrach ont tranchés: ils se souciaient peu de l'homme, c'est la brique qui les intéressait. Lui pouvait mourir pourvu que la pierre perdure.

Dans cette optique, le prophète ne pouvait apparaître autrement qu'un parasite. Lui, venu pour clamer au monde que chaque individu est acteur dans le projet universel. Chacun des actes de l'homme est comptabilisé et désiré par D. même s'il ne fournit pas vraiment à la société ce qu'elle attend de lui. A ce titre le pauvre et le riche, l'intelligent et le simplet sont à la même enseigne. Car, selon la règle talmudique: ''Nous n'avons aucun indice nous permettant de dire que le sang de l'un est plus rouge que celui de l'autre!''. Il offrait donc une place de choix même à ceux que l'ont qualifie de second choix, d'assistés, dans une telle société.

Les Babéliens constituaient l'antithèse du prophète et les ennemis de D. L'antithèse du Tsaddik, car celui-ci prônait l'importance de l'individu, mais aussi rappelait sa dépendance envers D. En ce sens, ils étaient aussi en guerre contre le Créateur. L'ampleur de leur sagesse leur laissait croire que la limite de l'humain était à l'infini. Ils pouvaient gérer tous les phénomènes car ils en avaient l'intelligence. Dans cette vision ils ne laissaient aucune place à Hachem. Avant de rentrer dans leur laboratoire de recherche, ils ne se seraient jamais demandé si D. était d'accord de leur dévoiler tel ou tel secret de la physique. En constatant que la couche d'ozone avait diminué, leur seul souci aurait été de former… une banque mondiale permettant des recherches illimitées sur le sujet. Eux aussi ne se seraient jamais laissé aller à des considérations d'ordre religieuses à savoir si c'est un châtiment ou un avertissement de D. Qui penserait à organiser une banque mondiale de la prière ou du repentir afin de convaincre D. de dévoiler le secret de l'ozone?

En conclusion ils aimaient et croyaient en leur science et c'est pour cela qu'ils voulaient vivre en communauté et non pas pour l'amour  du prochain. Ce mode de vie leur permettait de s'enrichir mutuellement. Dans cette vision, l'individu ne comptait pas mais uniquement l'avancée de la ville et de la sagesse.  Cette philosophie est opposée à la Torah car elle met l'homme au centre des décisions et de la marche du monde. La science est un cadeau de D. qu'il dévoile selon ses propres critères et non par l'effort et la persistance de l'être humain.

Le troisième tiers, encore enfoui? 

Selon notre raisonnement la tour de Babel est donc la somme des sciences de toute l'histoire humaine. C'était leur arme contre Hachem. Le Midrach, rapporté plus haut, affirmant qu'un tiers de la tour est enfouie, attendant patiemment son heure de gloire et celui de la prévision de la troisième guerre contre D., Gog et Magog, nous l'avons déjà dit, semblent se compléter. En remplaçant ''tour'' par ''science'', Tout se passe donc comme si les sciences feront un jour leur apparition et annonceront cette guerre ou plutôt ce lui-même qui feront la guerre contre D., celle de Gog et Magog.

Cela concorde de manière étonnante avec les célèbres paroles du Zohar (Béréchit) selon lesquelles les portes de la science et de la découverte  s'ouvriront avant la venue du Messie. Le caractère de logique de la science éveille en l'homme un sentiment de limites franchissables par l'effort. Il ne sent pas qu'il a besoin d'invoquer D. dans ce domaine. C'est la troisième guerre contre D.

Le Tsaddik veut le bien de la société et de ses individuels

Le Tsaddik dans la philosophie juive est avant tout celui qui est impliqué dans la direction de la société. Il encourage le contrat social et la science mais cette dernière étant avant tout une sagesse dévoilée pour le bien de l'homme. Elle est nécessaire quand D. le décide et l'on ne peut l'atteindre si on ne la mérite pas. Le fonds de cette pensée est que l'homme est au service du Divin et il reçoit à cet effet tout ce qui lui est utile.

En découle aussi que D., dans Sa sagesse infinie, n'a créé que ce qui Lui est nécessaire (pour Son service). Chaque individu l'est donc (puisqu'il est présent dans la création) et a son importance au sein de la société. Celle-ci doit, pour cette raison, fournir le bien être à chacun de ses composants et non pas aux plus importants et aux plus influents. Les Babéliens sont les ennemis d'Avraham car il ne perçoit pas la société comme eux. Il est leur opposant car il aspire à un autre ordre de toute son âme. Lisons le prochain passage de midrach. Il montre que le Tsaddik Avraham a été dans ses premières heures, un amoureux de sa société, aspirant à son bon fonctionnement. Selon Rabbi Its'hak c'est uniquement la raison pour laquelle D. l'a choisit comme Patriarche!!

Hachem a dit à Avraham quitte ta terre etc. Rabbi Its’hak a dit : Avraham ressemblait à un homme qui marchait d’une ville à l’autre, et vit un grand édifice en feu. Il s'exclama: « Est-ce possible que cet édifice n’ait pas d’intendant ! » Le propriétaire des lieux l’observa et lui dit : « Je suis le propriétaire de ce bâtiment ! » De même Avraham Avinou se demandait si ce monde n’avait pas de dirigeant ? Hachem l’observa et lui dit « Je suis Le Créateur de ce monde ». 

Avraham Avinou  ne se demande donc pas si le monde a été créé. Ce qui le désoriente est la confusion régnante, sans réplique apparente de la part du Juge suprême. Doit-il en déduire qu'Hachem s’est désespéré à jamais de Ses créatures? Le Créateur s'est-Il éventuellement écarté de la direction de l’histoire de l’humanité ? Telles sont ses pensées à l’aube  de sa vie de prophète.  Il est en cela comparable à cet homme qui dans son passage voit un édifice se consumer sans personne pour enrayer l’incendie. Il ne se questionne pas sur l’existence d’un propriétaire des lieux. Un si beau bâtiment n’a pu s’ériger de lui-même ! Ce qui le préoccupe est de savoir s'il y a un intendant. Car s’il en est un, pourquoi ne se manifeste-t-il pas pour arrêter le ravage?

Avraham Avinou aspire avant tout à un ordre social. Il veut une réponse à ses interrogations car il faut au plus tôt établir une constitution, qu’elle soit  d’origine humaine ou divine.

Si D., ne pouvant plus supporter les déviances de l’homme sans le châtier, s'était retiré, il nous incombe, à nous les humains de remettre les choses en ordre. Mais Si le Créateur ne s’est pas écarté du cours des évènements, comment pouvons-nous attendre l’heure du courroux sans réagir ?       

Le Tsaddik est dévoilé dans ses premières heures de gloire. Non comme un être entièrement voué à l’élaboration de sa propre spiritualité, mais tel un sauveur de toute l’humanité. C’est cela qui lui vaut l’amour de son Créateur. Car le Tsaddik est avant tout  celui qui est mû par un sentiment de fraternité. Il souhaite agir à l’échelle universelle si besoin est. Sans ce sentiment l'homme ne peut aspirer au titre de Tsaddik car il n'en a pas l'étoffe. La spiritualité est en effet l'expression la plus avancée de la bonté envers autrui. Celui qui ne possède pas cette vertu ne peut accéder aux dimensions du spirituel (se référer à Chira Midrach du couple où nous avons longuement expliqué cette vérité)

Lekh lékha, suis-Moi, lui dit D. C'est un amoureux des hommes comme toi qui enseignera ma Torah.

Et au passage… quelques interrogations

Ce sont les questions que nous devons nous poser constamment. Sommes-nous au service du peuple ou bien nous servons-nous d'eux? En d'autres termes, des Babéliens ou des enfants d'Avraham?  

 Nos écoles sont-elles des institutions de nivellement (pourvu que le prestige soit sauvegardé) ou des services personnalisés fournissant des serviteurs de D.?

Nos Synagogues, nos centres d'étude, nos scientifiques et maintenant par la grâce de D., notre pays?

 

 

 

 

 

 

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