· 

Roch hachana Commenté par Rabbi Na'hman De Breslev

 

 

Roch Hachana selon Rabbi Nahman de Breslev 

( Vous pouvez téléchargez ce texte au format PDF en cliquant sur le bouton ''télécharger'' au bas de cette page)

 

1.      Roch Hachana un jour pas facile

 

Roch hachana est sans aucun doute le jour le plus intense de l’année. Un jour chargé d’une émotion très forte et presque incompréhensible quand on vient à l’analyser rationnellement. Car, mises à part la prière et la sonnerie du chofar, qui sont certainement des moments très solennels, ne devrions nous pas nous réjouir de ces repas en famille et de ces réunions communautaires ? Et pourtant que ce jour est pesant !

 

Nos Sages ont dit ‘’Ori véich’i’’, ‘’ma lumière et ma délivrance’’, ma lumière, c’est roch hachana et ma délivrance c’est yom kippour ’’. Il y a donc une lumière en ce jour et nous n’en doutons pas, car nous la ressentons aussi. Mais cette pesanteur…. Quelle est-elle ?  Rabbi Na’hman l’explique de la manière la plus claire et aussi la plus détaillée dans le chapitre 35 du likoutei MoHaran.  

 

Commenter un chapitre de ce livre n’est pas une chose aisée car il y a beaucoup de notions kabbalistiques, mais aussi parce que la pensée de ce Rav est simplement très profonde. Je ne pourrais donc que proposer ce que j’ai pu, avec l’aide de D., en prendre. Je n’ai pas hésité à rajouter des passages de Midrach ou de Talmud et de Zohar qui me semblaient dans le sillon de la pensée de Rabbi Na’hman. Ils complètent l’idée citée de manière succincte dans le Likoutei MoHaran et la mettent en valeur.   

 

2.      Likoutei MoHaran

 

Avant d’aborder l’étude de cette Torah, comme les hassidim de Breslev désignent chaque chapitre, il convient de connaitre un peu mieux l’approche qu’il a adopté dans ce livre. Les notions qu’il utilise sont souvent celles de la kabbale, mais elles sont entremêlées avec celles du Talmud, du Midrach, des Prophètes et des écrits (Psaumes etc.). Ceci n’est pas encore ce qui fait sa particularité. En effet, nous retrouvons ce mariage entre pchat et kabbale, niglé et nistar chez pratiquement tous les grands de la hassidoute. Ils ont donné un accès, au grand public, aux livres et aux notions de la kabbale en saupoudrant leur divrei Torah de renvois savants et de notes très profondes. Ce qui fait son originalité est, l’idée générale qui se dégage de chaque Torah, sensée être pour le lecteur un élixir et une aide dans son service de D., un guide pour la vie. De ce fait, les notions les plus hautes, celles des sphères supérieures, dont le livre Likoutei MoHaran est débordant, deviennent sous sa plume des conseils de tous les jours et pour chaque dimension. Pour arriver à cette fin, rabbi Na’hman, ramène les choses les plus abstraites à la matière en leur donnant une résonnance palpable en ce bas monde. Il laisse ainsi deviner (laisse  croire que l’on devine) ce qui se passe dans les mondes supérieurs, et nous encourage ainsi à les construire par nos actions et de manière précise.

 

L’homme qui se laisse aller à cette invitation peut, de cette manière, évoluer entre les deux mondes car la matière et le spirituel sont en phase, telle une tête qui suit son corps.

 

Les chapitres de ce livre sont généralement construits selon une méthode d’enchainement d’idées, qui s’emboitent et s’actionnent en menant à un but ultime et prédestiné. On assiste à une sorte de trame ou de tableau d’une grande finesse dont chaque élément ne peut être ignoré. L’effort intellectuel à fournir est intense pour saisir l’intention, même primaire, de l’auteur. Il faut revenir plusieurs fois sur le texte et les références et réaliser que certaines adjonctions anodines parfument davantage la conclusion.

 

Chaque idée est étayée par un ou plusieurs versets et par un ou des passages du Talmud ou d’autres sources midrachiques. Rabbi Na’hman fait preuve d’une immense savoir et d’une grande minutie dans le choix de ses références. Souvent, le talmudiste ou le midrachiste, pour ne pas mentionner le kabbaliste, pourrait penser à d’autres éventuelles références pour l’idée présentée par rabbi Na’hman. Mais avec le temps, avec l’approfondissement de la Torah étudiée, l’on s’aperçoit que le choix de la source était précis et bien pesé, beaucoup plus que l’élève puisse l’imaginer.

 

Les problèmes et les solutions proposées sont de l’ordre de la guérison car cet homme devenu légende a eut pour vocation d’aider les êtres humains. Son livre est le reflet de son œuvre et il en est aussi l’outil.

 

3.      Torah ל"ה

 

Le but de cette Torah est de fournir une explication, non sur le premier jour de l’année, mais plutôt, sur l’ensemble de la vie. Car selon rabbi Na’hman, roch hachana est un condensé de la vie. L’homme veut arriver à la lumière et à lui-même. Mais qu’est-ce donc que la lumière et qui est-ce, ce lui-même ? Une fois les réponses intégrées, le Rabbi ne laisse pas le juif errer. Il lui donne la méthode de travail.

 

Roch hachana, selon la version que Rabbi Na’hman donne à l’existence, n’est ensuite qu’un concentré de l’année ou des années de vie que D. va nous accorder par la suite. La méthode de travail en ce jour est la même ou plutôt elle est aussi un concentré de la méthode des autres jours. Et que faire ? Un concentré est toujours plus prononcé.

 

4.      Le but de l’existence

 

Le but, c’est la  sfira de hokhma, la sphère céleste de la sagesse.  La téchouva, le retour, le repentir est le moyen à employer pour cela. Si vous étiez des kabbalistes même débutants, l’affirmation ne vous aurait pas fait sourciller. La hokhma, c’est la sagesse. C’est celle de D. qui a planifié le monde. ‘’Koulam béhokhma assita, Tu as tout créé avec la sagesse’’. C’est le début de la création non pas dans le sens d’embryon, mais plutôt dans celui du ‘’tout’’ parfait, mais bien trop profond pour que nous puissions le saisir. Les kabbalistes comparent la hokhma, au plan très ordonné d’un architecte brillant. Lui seul, sait très bien où il veut en venir mais les dizaines de chantiers qui s’affairent à leurs tâches n’en ont aucune idée. Ils travaillent et un jour, le bâtiment fera son apparition en coordonnant leur résultat. Nous devons donc tous retrouver notre place et notre lieu d’être dans tout ce puzzle qu’est la hokhma.

 

Mais nous ne sommes pas des kabbalistes ! Ce sont des notions abstraites, bien trop pour nous, les gens du commun.

 

Rabbi Na’hman rapporte donc ces vérités à une dimension matérielle, accessible. Il faut un retour à la ‘hokhma, à la sagesse de la Torah. Il faut étudier, connaître, encore mieux : acquérir la sagesse, kné hokhma, acquiert la sagesse. Cela c’est le but. La manière de le faire, le parallèle et la dimension matérielle de la téchouva, du retour, c’est l’amour de cette sagesse. Des explications….

 

5.      Quoi de neuf ?

 

Il y a déjà un élément nouveau dans cette idée. En effet,  allier la téchouva à la hokhma n’est pas très commun. Nous aurions pensé que le repentir est davantage lié à l’acte plutôt qu’à la sagesse. Mais comme Rabbi Na’hman  définit la téchouva  par un retour à la source, à sa source, et non pas comme un repentir, alors c’est à la sagesse qu’il faut revenir car tout a débuté depuis cet élément et tout doit y revenir.

 

La sagesse est le début, le réchit,  de tout ‘’Koulam béhokhma assita, Tu as tout créé avec la sagesse’’.  Le juif aussi n’est-il pas appelé réchit , (Jérémie 2) ‘’réchit tévouato’’, ‘’les prémices de Sa moisson’’? Cette analogie permet à rabbi Nahman de conclure que le juif n’est en fait autre que la sagesse hokhma, le plan initial, rien de moins. Tant pis pour les humbles ! Le retour à soi, au juif, est donc synonyme de retour à la sagesse. Je ne suis, tu n’es, il n’est que sagesse, début et source du tout !!!

 

Salomon a été sage. Il est donc retourné, plus que quiconque, à lui-même. Et comme pour démontrer son axiome, à savoir qu’avoir la sagesse n’est qu’un retour à soi et non un élément qui se rajoute sur son soi, Rabbi Na’hman cite le verset, vatérev hokhmat Chlomo, la sagesse de Salomon s’est agrandie ou élargie (Rois 1 ;5). Elle ne s’est pas rajoutée à lui, elle est  revenue et est apparue dans ses véritables dimensions. Rabbi Na’hman en déduit que la sagesse est déjà en l’homme et qu’elle attend d’apparaitre pleinement selon les efforts qu’il fournira. On n’a pas la sagesse on est la sagesse.         

 

6.      La sagesse de D et celle des nations

 

Dans cette deuxième partie, rabbi Na’hman va amorcer sa démonstration du retour. Elle va consister à expliquer que le retour à soi ne se fait que par le cœur, l’amour et l’aspiration à cet état de sagesse. Dans les prochains passages, il va mieux définir cet amour en le poussant aux confins du possible et de l’imaginable. Il faut qu’il soit tel un besoin naturel, un amour incontrôlable comme la respiration.

 

Il a va commencer par expliquer de quoi il faut s’écarter pour trouver cet amour en soi, pour que ce sentiment dévoile sa véritable face, celle de fonction primaire de la machine humaine. Car encore une fois, on ne fait que retrouver son soi-même qui est le tout, la source. Cet amour est enfoui en nous. 

 

Il faut s’écarter car, comme dans toute loi spirituelle, ici aussi la démarche est en deux mouvements sour méra vaassé tov, écarte toi du mal et fais le bien.  Quel est le mal ? Puisque la sagesse de la Torah est l’essentiel de l’homme, sa destruction ne pouvait venir que d’une véritable rivale : la sagesse des nations. Celle, à propos desquelles il est pourtant dit : ‘’hokhma bagoyim taamin, si tu vois de la sagesse chez les nations crois-y’’. Elle existe, dit-il, mais selon le contrat effrayant de zé léoumat zé, ‘’D. les a fait les unes en face des autres’’, autrement dit, à forces égales. Le saint et le bon face au mal et au profane ou à l’impur. C’est une guerre au quotidien, des batailles qui se succèdent et que Rabbi Na’hman va nous apprendre à aimer, à désirer.  

 

La sagesse des nations existe, ‘’crois-y’’ mais elle n’est pas ‘’méchivat néfech’’, elle n’est pas un retour à l’âme, à son soi-même. Elle est, tels les aliments, une chose indispensable à la vie dans ce monde mais dont l’abus est nuisible. La sagesse de la Torah c’est le juif. En l’étudiant, il revient à lui et son âme se repose. Les sagesses des nations n’atteignant et en ne retournant pas à l’âme puisqu’elles ne sont pas issues d’elles, plombent l’homme vers le bas, vers le néfech, quand il s’en passionne. Elles ne sont pas méchivat néfech, un retour de néfech vers l’âme, mais le contraire. L’amour qu’il leur portera, sera un préjudice pour sa Torah. Il n’aimera pas autant la sagesse de D. que s’il n’avait le cœur libre.  

 

Il faut savoir que le néfech est le côté bestial de l’homme. Il pousse l’être vers le bas mais il n’est pas incompatible avec la néchama, l’âme. Bien au contraire leur alliance est la perfection. Quand la néchama domine les passions let les guide vers le bien, les deux forces se complètent ainsi que le recommande le verset, ‘’tu aimeras ton D. bekhol lévavékha, avec tous tes cœurs’’. Nos Sages, l’ont déjà dit : ‘’Tes deux cœurs’’ ce sont le penchant vers le mal et celui vers le bien. Torah HaCham témima Méchivat néfech, la Torah de D. est parfaite, elle est méchivat nafech,  méchivat est dérivé de téchouva, et selon l’acception de Rabbi Na’hman, donc le retour du néfech vers ses  racines. La sagesse des nations, à propos de laquelle il n’est pas dit méchivat naféch,  laisse le néfech là où il l’est, et au contraire l’ancre davantage sur terre. Le danger c’est de devenir un être bestial et peu raffiné. Les qualités de cœur ne seront pas atteintes.  Nous allons le voir.   

 

7.      Le Roseau et la fille du Pharaon

 

Rabbi Na’hman reprend le verset kné hokhma, ‘’acquiert la sagesse’’ et le rend kané hokhma, le roseau de la sagesse. Ce n’est pas une nouveauté. Le Talmud l’a déjà devancé (Bérakhot 56). Pourquoi la sagesse est-elle comparée au roseau ?  

 

Selon le livre du Zohar (Pin’has 232), il y a en l’homme deux forces motrices : la trachée archère et l’œsophage, le kané et le véchet. L’une absorbe de l’air, symbole de spirituel et l’autre les aliments, le matériel. L’une symbolise le monde futur et l’autre ce monde. Et le Zohar de conclure qu’à ce titre le Talmud (Bérakhot 56 ; b) stipule que voir un kané, un roseau, dans le rêve, annonce la sagesse. Le roseau laisse passer l’air et il le fait naturellement sans le vouloir ni pouvoir ne pas le faire. L’air est le spirituel. C’est ainsi que l’homme doit aimer la Torah : de manière naturelle, comme il respire. Mais Il y a aussi un kané pour la sagesse des nations. Rappelez-vous de la règle : zé léoumat zé, ‘’D. les a fait les unes en face des autres’’, à forces égales. Le saint et le bon face au mal et au profane ou à l’impur. La sagesse des nations est donc aussi tel le kané le roseau. Il laisse passer l’air. Elle semble être elle aussi indispensable comme l’air. C’est pour cela que la sagesse est tellement attrayante car elle est trompeuse. L’homme éclairé choisira celle qui est méchivat néfech.  Voici comment il le démontre :      

 

Salomon le Sage parmi les Sages a vécu une véritable idylle avec la fille du Pharaon. Rabbi Na’hman, dit que la fille de Pharaon est une allusion aux sagesses autres que la Torah. Car ces sagesses sont certes valables mais elles ne sont pas méchivat nafech, elles ne te mènent pas à un retour vers ton toi-même. Bat, fille, fait, en effet, allusion à une jeune fille. A l’âge tendre, elle est un peu étourdie, pas vraiment sage et posée (Talmud). Le d’a’at, l’âme des jeunes filles n’est pas méyouchevet alehem, n’est pas bien stable, posé. Elles sont ‘’fille de Pharaon’’, de la racine de lé’afria, qui signifie déranger, empêcher quelqu’un de faire son travail, d’arriver à son but en le rendant incapable. La ‘’fille de Pharaon’’ signifie donc une sagesse qui n’est pas posée, pas méchivat nafech,  qui n’est pas reposante pour l’âme car elle est bétéla, incapable de fournir cela.

 

Rabbi Na’hman choisit l’exemple de Salomon aussi, parce les sagesses imagées par la fille de Pharaon,  ont occupées une place dans le cœur de Salomon. Il les a aussi aimées. En effet, le Talmud raconte qu’il a aimé cette femme passionnément (Yébamot).  Elles l’ont donc dérangé à atteindre le but suprême. Parce que le grand message de cette Torah 35 est l’enseignement l’amour qu’il faut porter au bien afin de l’atteindre, et combien il faut le désirer. Aimer les autres sagesses, signifie faire pénétrer une rivale dans notre cœur.   

 

8.      Ancrer le néfech au lieu de méchivat néfech

 

C’est ce que fait remarquer rabbi Na’hman. Salomon a été rendu responsable de la naissance de Rome. Et pas dans n’importe quelles circonstances ! Le Talmud raconte en effet, que le jour où Salomon épousa cette femme, l’Ange Gavriel planta un roseau, un kané dans la mer et il se forma autour de lui un pays devenu Rome qui fit tant de mal à Israël. Rome est né de l’amour de la sagesse des nations par Salomon. Ce pays est d’ailleurs l’emblème de cette sagesse.

 

Et pour démontrer que la sagesse des nations n’est pas bénéfique, Rabbi Na’hman, remarque la façon dont s’est construite Rome. Gavriel a planté un kané, un roseau dans la mer, qui a retenu autour de lui des résidus et il s’est formé un pays. Ce kané, attire les résidus. Il plombe l’homme dans sa matérialité et le néfech bestial devient lourd. Il ne s’élève pas vers le haut pour un retour vers l’âme dans uns alliance de méchivat néfech avec la néchama.

 

9.      La sagesse comment ?

 

Maintenant que Rabbi Na’hman nous a prévenu des dangers des sagesses autres que celle de la Torah, il va nous faire pénétrer dans les secrets  de la recherche du soi-même, de la sagesse. Voici comment il la décrit : Dans Likoutei moHaran comme dans Likoutei moHaran, c’est par analogie que Rabbi Na’hman va l’apprendre.

 

Puisque le juif est réchit (Jérémie 2), début du tout, il est donc hokhma sagesse, puisque la sagesse a été le début de tout, réchit de tout, comme il est dit ‘’Koulam béhokhma assita, (Psaumes 104) ,’’Tout a été créé avec la sagesse’’.

 

La recherche est lancée. Comment ce koulam, ce tout, vit-il et évolue-t-il ? Si nous le décelons nous saurons comme le juif le fait. Il se renouvelle. Il trouve la réponse assez aisément :  ‘’Ouvetouvo  mé’hadech békhol yom tamid maassé béréchit’’, par Sa bonté, Il renouvelle, chaque jour, la création du béréchit’ .  La création, le tout fonctionne ainsi, il doit se renouveler.

 

L’énigme a donc été résolue : Le réchit, qui est le début, le tout, la sagesse, la néchama, le juif,  fonctionne ainsi, il lui faut un renouvellement constant. Celui qui reste comme il était hier ne fait pas partie du réchit, du plan initial et du tout ! Cela aussi est inhérent à la nature de la création, du béréchit et donc du juif de sa néchama, son âme, puisque c’est elle la hokhma la sagesse.

 

Rabbi Na’hman va maintenant expliquer qu’il existe plusieurs sortes de renouvellements qui ne sont qu’une seule chose : la recherche et l’obtention de la lumière de D. Se renouveler est synonyme d’être en possession d’une nouvelle dose de lumière, de sagesse grâce à laquelle tout va être perçu à travers un autre prisme et donc vécu complètement différemment.

 

Rabbi Na’hman va être très concret dans ses conseils.    

 

10.   La néchama, l’âme se renouvelle-t-elle ?

 

Oui, tous les matins. ‘’hadachim labékarim raba émounatékha, renouvelés aux matins, grande est Ta émouna, Ta confiance. L’âme, durant la nuit, ou plus exactement le sommeil, pénètre dans la émouna, la reconnaissance de D., dans la lumière. Elle revient au matin revigorée. Le corps peut repartir avec de nouvelles forces. Car selon Rabbi Na’hman, la fatigue n’est pas le signe d’un affaiblissement du corps mais de celui de l’âme. D. lui manque, elle a besoin de voir Sa lumière. La néchama est en effet, celle qui nourrit le corps, ‘’de même que Le Saint béni soit-Il nourrit le monde, l’âme nourrit le corps’’, (Talmud Bérakhot ; 10). Quand elle se fatigue, c’est par le corps que nous le savons. C’est dans cet esprit que nous récitons chaque matin la bénédiction, ‘’hanoten laya’ef koa’h’’, ‘’celui qui donne la force à l’affaibli’’. ‘’L’âme T’as admiré durant mon sommeil et elle est en mesure de me donner de la force’’. Mais cette vigueur est un cadeau qui est accordé à tous les hommes. Il faut maintenant passer à ce qu’il doit fournir comme effort pour recevoir la lumière. En d’autres termes comme le juif se renouvelle-t-il d’en bas ?

 

11.   Il n’est de lumière sans obscurité

 

Le renouvellement est la recherche d’un nouvel état obtenu par le refus de stagner. L’homme se refait par le questionnement et le doute constant. Il ne doit accepter la situation présente car chaque instant qui est révolu nous oblige à avancer vers la lumière, vers son soi-même. Ce doute est certainement l’obscurité, mais n’est-il pas de joie plus grande que de s’en libérer en savourant une nouvelle lumière. Certes, il faudra replonger dans une autre période d’obscurité mais le ‘’jeu’’ se fait forcément de plus en plus aisé (peut-être parce qu’un général se sent mieux sur un terrain de guerre).

 

La bataille aurait été trop dure si le cerveau du juif n’avait pas été formé, des siècles durant, par cette douleur de plonger dans le doute pour en ressortir vainqueur à chaque fois et surtout… ‘’refait’’. Rabbi Na’hman définit ainsi le Talmud Babylonien ou plutôt se sert-il tout simplement de ce que le Talmud dit sur lui-même. ‘’Il m’a assis dans les ténèbres’’ (Eikha), c’est le Talmud babylonien’’ (Talmud traité Sanhédrin, 24). Rachi commente qu’il est obscur car il est plein de doutes et laisse le lecteur et l’étudiant dans le questionnement.

 

La nouveauté dans la lecture de Rabbi Na’hman, dans  ce passage, réside dans le fait qu’il ne lui donne aucune résonnance péjorative. Le Talmud est ainsi, l’obscurité et c’est tant mieux. Il est la Torah qui est faite pour l’homme de ce monde. Il doit se renouveler en passant par des ténèbres, des périodes de doutes desquelles il va ressortir vers une plus grande lumière, la émouna, la croyance qui suit les épreuves vaincues. L’homme étudie une Torah qui le purifie et qui le formate.

 

De cette manière la difficulté et la contradiction sont esquivées. En effet, la Torah n’est-elle pas comparée à la lumière dans de nombreux textes ? Ki ner mitsva vétorah or, car la mitsva est une bougie mais la Torah est lumière, beaucoup plus puissante que la bougie. Alors pourquoi le Talmud, qui est la Torah orale, est-il définit obscurité ? Selon cette compréhension tout se rejoint pour le meilleur.

 

Le Talmud dit ‘’si tu as vu un talmid ‘hakham qui a fauté la nuit ne le soupçonne pas d’être resté avec sa faute jusqu’au lendemain matin car il a sûrement regretté’’. La vertu de l’érudit n’est pas celle de ne pas fauter. Il n’est pas invulnérable. Elle est celle de savoir se remettre en question et de regretter, de savoir dire je me suis trompé. Il a fauté la ‘’nuit’’, durant une période de doute et de faiblesses, de questionnements. Quand il verra le ‘’matin’’, la émouna, il ne sera plus le même.  ‘’’Hadachim labékarim raba émounatékha, renouvelés aux matins, grande est Ta émouna, Ta confiance’’. L’érudit, c’est celui qui passe sa vie à étudier le Talmud et ses commentaires. Il est habitué aux ténèbres du doute et il sait combien il est bénéfique pour lui.

 

La méthode de déduction par analogie de Likoutei MoHaran revient : Le Talmud est hochekh, ténèbres, ‘’Il m’a assis dans les ténèbres’’ (Eikha),  hochekh c’est la nuit car il est dit ‘’vélahochekh kara layla’’, ‘’et il a appelé le hochekh, la nuit’’, (Genèse). Le Talmud est donc définit comme la nuit. La nuit est porteuse d’émouna, comme dit le verset, véémounatékha balayla, et ta émouna durant la nuit (Psaumes). C’est un peu comme la néchama qui monte durant la nuit et qui admire la lumière pour en revenir remplie d’émouna, ‘’hadachim labékarim raba émounatékha, renouvelés aux matins, grande est Ta émouna, Ta confiance. Cette fois, ce n’est plus un cadeau mais une recherche et un travail personnels. Vouloir pénétrer dans la nuit dans les ténébres des méandres du Talmud pour en absorber l’essence et la méthode et vivre ainsi. Le Talmud est donc émouna, lumière puisqu’il est nuit, véémounatékha balayla, et Ta émouna durant la nuit (Psaumes).

 

 

 

Cela ne veut pas dire qu’en apprenant pas le Talmud, le cerveau sera apaisé et vivra en paix. Les ténèbres existeront de toute façon, mais elles seront esquivées et toute la vie passera sans savoir ce qui a dérangé le quotidien. L’homme moyen stagnera toute son existence durant, dans la même strate de ténèbres sans jamais avoir vu ce qu’il aurait pu s’il s’était dépassé, ‘’refait’’.   

 

Le Midrach (Rabba Parachat, bo) cite le verset dans les Psaumes, ‘‘hochekh sitro sévivotav soukato’’, ‘’les ténèbres de Sa cachette, autour de Sa demeure’’. D. cache les ténèbres car ils sont précieux. Ils ne sont pas accordés à tout le monde. Il faut les mériter, pourquoi ? Car ils mènent à Sa demeure.      

 

12.   La Royauté et Le Tsaddik et la plèbe

 

Le mouvement de la hassidoute ne serait pas ce qu’il a été, s’il n’accordait la lumière qu’aux érudits. Les maitres de cette tendance ont en effet, toujours recherché à rallier les gens du peuple avec ceux de l’aristocratie du savoir. Ils l’ont fait parce qu’ils y croyaient et ils l’ont enseigné parce que les masses perdaient du souffle et de l’entrain. Rabbi Na’hman n’échappe pas à cette description. En promettant la lumière aux érudits et aux fervents adeptes du Talmud, c’est la plus grande masse du peuple qui est écartée du bien ! Comment les y amener ?

 

Vous y êtes maintenant habitués : par l’analogie. Le Talmud ce sont les ténèbres, les ténèbres c’est la nuit, la nuit c’est la émouna, la lumière qui vient par le sommeil, chéna, ou plutôt les différentes sortes de sommeil (le vrai de la nuit et celui de l’étude mais attendez, il en existe un autre).

 

La émouna c’est Jérusalem comme il est dit, ‘’ir hatsédek kirya néémana’’ ‘’ la ville de la justice, cité de émouna’’. Jérusalem est donc vectrice de émouna tout comme le Talmud. Il suffit d’y habiter !!!

 

Rabbi Na’hman ne pouvait pas donner un conseil qui n’est pas applicable à chaque juif. Il faut donc  trouver la bé’hina, la notion et la dimension de cette ville à la portée de tous. Encore une fois par l’analogie. Jérusalem est synonyme de malkhout de royauté qui est elle-même synonyme d’émouna. Il le démontre par les versets, Malki tsedek roi de chalem, Malki tsedek roi de Jérusalem (Genèse 14). Le malkhout, la royauté et Jérusalem sont donc synonymes.

 

Rabbi Na’hman a donc fournit la solution à ceux qui ne savent pas le Talmud. Car le malkhout, la royauté, nous rabbi Na’hman existe partout ou presque, c’est le Tsaddik. Le Talmud (guitine) ne dit-il pas : ‘’Qui sont les rois ? Ce sont les talmidei hakhamim’’.

 

Nous avons compris en quoi le Talmud est bénéfique pour le renouvellement. Il est doute et obscurité qui mène à la émouna, car à la résolution de ces doutes et nous offre ainsi la lumière.  Qu’en est-il de Jérusalem et de la royauté ?

 

La terre d’Israël, et en particulier Jérusalem, est à ses habitants ce que le Talmud est aux juifs. La vie y est énigmatique. Pour s’en convaincre, il faut (premièrement y vivre ou) relire les versets, décrivant l’épisode des espions,  ainsi que les midrachim qui s’y réfèrent. Ils y ont vu des choses étranges, tellement qu’ils ont préféré conseiller à leurs ouailles de ne pas y pénétrer. Ils n’ont pas voulu passer les ténèbres de ce pays. Ils n’ont pas saisi que toutes ces énigmes les auraient mener au bien suprême. D. guide Sa terre comme Il l’entend et Ses enfants se laissent aller au gré des événements qui s’y déroulent. Ils doivent les vivre et les dépasser et en sortir grandis.

 

Le Malkhout , la royauté aussi donne la possibilité de se laisser guider sans le décider vers le but qui n’aurait pas été forcément le sien s’il n’avait pas été contraint par le roi. Le Tsaddik va donc remplacer le Talmud pour ceux qui n’en sont pas initiés. Ils vont se laisser guider par lui vers là où il les mène. Ils ne vont pas toujours comprendre ni savoir là où il les guide, ils vont errer dans la nuit, mais ils finiront par voir la lumière, la émouna. 

 

Mais il faut savoir que recevoir la Torah du Tsaddik ne fournit pas autant que si l’on étudiait cette sagesse par soi-même. Car Jérusalem est appelée ‘’la petite ville’’ (Kohélet 5), qui fait allusion au petit astre (Genèse 1). Il est possible de jouir de la lumière de la face du Tsaddik, pné tsaddik, mais il vaut mieux recevoir celle des soixante dix faces de la Torah, chivim panim.

 

13.   Dernière étape : se protéger des assauts   

 

Et même si l’on suit toutes ces recommandations, le danger est encore présent. Le doute est bénéfique mais il y a l’influence des nations sur notre manière de penser de résoudre nos énigmes. Amalek, est la source du mal. Il essaye d’inspirer les nations au lieu de les laisser se faire guider par la Torah d’Israël. Amalek est en valeur numérique safek, doute. Il sème le doute et ses ténèbres ne sont pas celles qui entourent D. Elles sont plutôt de la nature de celles qui sont aux géhennes (Midrach Rabba Bo). Elles ne mènent nulle part. Comme le décrit si bien le Midrach (Id.), ils sont telle une maison dont les fenêtres s’ouvrent sur l’obscurité : aucune issue !

 

Dans notre recherche de la vérité Amalek, inspire comme il peut les nations et quelquefois nous ne sommes pas imperméables à ces assauts. Ses doutes deviennent les notre et ils nous ancrent dans le nefech, dans la bestialité au lieu de nous laisser voir la lumière. Tout se passe comme si, la particularité d’Amalek à savoir le doute existait selon le contrat de zé léoumat zé, ‘’D. les a fait les unes en face des autres’’, autrement dit, à forces égales. Le saint et le bon face au mal et au profane ou à l’impur. Le doute bénéfique en face de celui qui ne mène à rien. Quelle est la solution Rabbi Na’hman ?

 

14.   L’honnêteté poussée à ses confins

 

La solution c’est l’amour de la vérité de cette lumière que nous attendons à travers cette recherche du soi-même. Il faut aimer cette lumière et la désirer plus que tout. En d’autres termes, jusque là c’est la tête qui a fonctionné, la hokhma, la sagesse mais il faut allier le cœur.

 

Quand la Torah nous prévient de ne pas écouter le faux prophète même s’il accomplit des miracles, la raison invoquée, est l’amour de D. Car en réalité D ; est en train de t’éprouver afin de savoir si tu l’aimes (Nombres). Quand on aime passionnément on ne se laisse pas tromper même par des miracles. La manière d’éviter Amalek prophète du doute et ses assauts, c’est aussi  l’amour de la vérité. Si on l’aime et on la désire, on ne se laissera pas déséquilibrer par les doutes des forces extérieures.     

 

Cet amour, il faut l’atteindre par la pratique, laquelle ? Celles des lois monétaires.  En d’autres termes la vie pratique et le commerce de tous les jours. Cette fois encore la méthode  est celle du passage par le doute avec la volonté d’y pénétrer et d’en sortir. Des explications :

 

La partie la plus dure du Talmud, en tous cas à mettre en pratique, est sans aucun doute celle des lois monétaires. Il faut l’étudier pendant des longues années et chaque cas est criblé de doutes car il est un échafaudage de lois et de paramètres. Pour s’en tirer d’affaire et voir la lumière, il faut connaitre ces lois et puis, avant tout, aimer l’honnêteté à outrance. En effet, chaque cas demandant une grande somme de réflexion, comment arriver à tisser toutes les mailles, si le cœur n’y est pas. Un juge monétaire ne doit pas recevoir de pots de vins même les plus minimes car ils fausseraient sa réflexion. Pour voir clair il faut se dépouiller de sa carapace matérielle, de son néfech. Un juge est appelé dans la Torah ‘’Eloquim’’, comme il est dit ‘’Eloquim lo tékalel’’, ‘’tu ne maudiras pas un juge’’. Pourquoi Eloquim ? Car il est à l’image de D., dépouillé de matériel. Quand il juge, il n’est qu’esprit. Il faut aimer la vérité pour la mettre en évidence par le jugement.

 

Rabbi Na’hman reprend donc la méthode de l’analogie. Le réchit, le début c’est le juif, le réchit c’est aussi la sagesse, la hokhma. La hokhma c’est la néchama qui se renouvelle par la nuit par la émouna. La hokhma c’est aussi les lois monétaires comme il est dit celui qui veut acquérir la hokhma, la sagesse, qu’il s’adonne aux lois monétaires (talmud Baba Batra 175b). Et c’est donc pour cela que nos Sages ont dit en maints endroits, ‘’massa oumatan béémouna’’, faire du commerce avec émouna. Car la hokhma, la sagesse mène à la lumière de la émouna.

 

Pour illustrer à quel point il faut aimer la vérité, rabbi Na’hman cite l’épisode de rav Safra. Il voulait vendre un objet et un non juif qui désirait l’acquérir l’accosta avec une offre durant sa prière. Rav Safra ne réagit pas et le non juif le saisit comme un refus à son offre. Il monta les enchères jusqu’au moment où le Rav finit sa prière et lui dit qu’il est prêt à lui céder l’objet selon la première somme. Le talmud cite à son propos le verset, védover emet bilvavo, il parle de vérité en son cœur (Psaumes). Rav Safra aurait pu faire un beau bénéfice et cela aurait été permis selon la halakha. Mais son amour de la vérité lui faisait considérer cet acte comme un mensonge. Un tel homme est capable de vaincre tous les doutes.  

 

15.   Téfilines à quel point on doit aimer cette vérité

 

 Rabbi Na’hman conclu sa démonstration en laissant deviner à quel point il faut aimer et rechercher la vérité afin de la trouver au bout du tunnel et afin de se protéger des assauts étrangers. Rav s’adresse à rav Chmouel fils de Chilat, un enseignant des petites classes et lui dit comment il faut corriger, tim’hé en araméen, les enfants : ‘’avec les lacets de tes chaussures’’. Or, selon la méthode de l’analogie que vous connaissez et qui est celle du likoutei MoHaran, les lacets de chaussures signifient les lanière de téfiline. En effet c’est ainsi que nous enseigne le Talmud (Sotah 17) sur le verset, depuis une ficelle jusqu’au lacet d’une chaussure (Genèse). Il s’agit D’abraham qui refuse de prendre une récompense de la part du roi de Sodom pour l’aide qu’il lui a apporté. Et le Talmud de comenter que par cette parole, ‘’au lacets de chaussure’’,  ses enfants ont mérité les lanières de téfiline.  Rabbi Na’hman complète son explication en disant que le mot tim’hé utilisé par Rav pour désigner l’acte de corriger,  veut aussi dire, purifier. En effet, ne dit-on pas ma’hiti ké’av pécha’ekha, J’ai purifié, tel un nuage, tous tes péchés’’ (Isaïe 44). La purification de l’homme est liée aux lanières des téfiline.

 

Nous savons, par le Midrach, que les lanières de téfiline sont comparées aux ailes des colombes. C’est d’ailleurs pour cette raison que nous les plions avant de les ranger, à l’image de deux ailes (voir Michna béroura, ). La source à cela est le Talmud qui raconte à propos d’Elicha qu’il se sauva d’un garde romain car il avait enfreint le décret interdisant le port des téfiline. Il les enleva de sa tête et les cacha dans la paume de sa main. Quand le soldat lui demanda ce qu’il avait dans la main, il lui répondit : ‘’des ailes de colombes’’. En ouvrant sa main c’est ce qu’il trouva. Le Talmud conclu en disant qu’il faut, pour porter des téfiline, un corps propre comme celui d’Elicha.

 

Que signifie cette anecdote et quel est le symbole d’un corps propre ? C’est le Midrach (Rabba) qui nous l’enseigne. Yonati bé’hagvé haséla’h, Ma colombe dans les méandres des rochers (Chir Hachirim.). D. est fier de son peuple : ‘’Avec Moi ils sont dociles comme des colombes. Ils plongent dans la mer rouge sans savoir si Je vais leur faire un miracle. Ils acceptent Ma Torah en clamant ; naassé vénichma’’, ‘’nous feront et ensuite nous comprendrons’’. Mais avec les nations ils sont sauvages et refusent d’abandonner Ma Torah comme des bêtes sauvages. Ils sont yonati, Ma colombe  et non celle des nations’’. Selon ce Midrach, un gouf naki, un corps propre signifie un corps prêt à suivre D ; aveuglèment sans faire de calcul, tout comme Elicha. Cet homme ne réfléchit pas longtemps avant de mettre les téfiline alors qu’il risquait sa vie. C’était presque sans décider, son corps l’y poussait malgré le danger qu’il encourrait. C’est ce qu’il répondit au soldat, ‘’je suis telle une colombe, incapable de refuser à D quoi que ce soit. Mais face à toi je me dresse comme une bête sauvage. Je me défendrai jusqu’à la mort pour les mitsvot’’. 

 

Ainsi rabbi Na’hman, quand il choisit de donner la dose d’amour qu’il faut pour se purifier et résister à l’assaut des nations, pour lutter dans les ténèbres et afin de voir la lumière, ne trouve que le symbole des téfiline qui sont imagés par nos Sages par une colombe. Car nous sommes la colombe de D. complètement dépourvu de résistance quand il s’agit de suivre D. C’est ainsi qu’il faut vouloir avancer : sans résistance, avec passion comme nos ancêtres quand ils ont plongé dans la mer rouge.

 

16.   Et la plèbe ?

 

Rabbi Na’hman n’est pas encore satisfait. Il n’a pas donné la recette à tout le peuple. Exercer le commerce avec autant de rigueur, à la manière de Rav Safra, n’est pas donné à tout le monde. Il faut connaitre les lois monétaires, savoir les appliquer et aller au-delà de la halakha avec un cœur pur. Cela aussi n’est accordé apparemment qu’aux érudits ?

 

Rabbi Na’hman cite donc la suite du passage du Talmud. Dans une classe, pas tous les enfants ne suivent. Rav donne donc une recommandation : ‘’Ne les force pas à étudier plus qu’ils ne le peuvent. Ceux qui ne suivent serviront de compagnie aux autres’’. La lecture de rabbi Na’hman selon son commentaire est très original. Les meilleures sauront inspirer les moins bons, ceux qui sont de la même racine de l’âme, chorech néchama.  En langage moderne cela s’intitulerait, un effet de groupe, d’émulation. Les plus enflammés vont inspirer les autres. Les amoureux de D. imprimeront la société dans laquelle ils évoluent de leur passion.

 

La solution que rabbi Na’hman a trouvé pour les gens simples qui ne savent pas lire le Talmud revient pour la passion et le feu qui embrase les cœurs des hassidim, des esclaves de D. Le tsaddik leur vient en aide.  

 

   

 

17.   Roch Hachana

 

Roch hachana est aussi comparé au sommeil dans les sources. Rambam cite en effet, le verset, ‘’ourou yéchénim, réveillez vous de votre sommeil’’, et commente qu’il s’agit de roch hachana. Nous serions dans le droit de comprendre qu’il s’agit d’une torpeur et d’un laxisme dans le service du Créateur. ‘’Réveillez-vous’’, préviens le Prophète. Roch hachana est le moment propice car D. vous appelle et vous donne une chance. Mais Rabbi Na’hmam comprend qu’il s’agit du sommeil bénéfique. Le même que celui du Talmud, ou de l’application des lois monétaires. Il mène lui aussi à la émouna, à la lumière. Nos Sages n’ont-ils pas dit que le verset ‘’léDavid Hachem Ori véich’i, D. Tu es ma lumière et ma délivrance’’ (Psaumes). Ma lumière, le jour de Roch hachana et ma délivrance, le jour de kippour’’ ?

 

La nouveauté de Rabbi Na’hman consiste à commenter ce sommeil d’une manière tout à fait positive. Nous sommes dans le sommeil, dans les ténèbres en ce jour car le chofar doit nous en sortir. Il va nous faire arriver à nous même. Il va nous faire aboutir à la lumière. Car le jour de roch hachana est tellement chargé de tous les événements de l’année et de tout ce qu’elle nous réserve, qu’il ne pouvait en être autrement, que par les ténèbres. C’est la voie et la méthode, nous le savons maintenant. Mais la voix du chofar, est message de la lumière de D. comme le dit le Talmud, (roch hachana), ‘’le chofar c’est comme pénétrer dans le Saint des Saints’’. Il est porteur de lumière, de toutes les délivrances.    

 

C’est d’ailleurs pour cela que nous le sonnons cent fois chacun de ces deux jours. Car dans la pensée juive, cent est synonyme de source et de racine. Celui qui étudie cent fois un passage de la Torah ne l’oubliera jamais car il est arrivé jusqu’à la source et s’y est lié à jamais. Le chofar nous mène à la source et il vient au moment de l’année où nous sommes dans les ténèbres, dans le sommeil annonciateur de celui de toute l’année à suivre. Tout le programme, toute l’ADN des ténèbres de la prochaine année est en filigrane dans ce jour. C’et pour cela que la pesanteur est grande. Mais le chofar apporte la lumière quand on se laisse guider par lui, par le kol hachofar, la voix du chofar. Il faut savoir qu’il y a une différence entre kol, voix et dibour, parole ; la voix est une fine expression sans limite de compréhension. Le dibour c’est la parole. Les paroles sont limitées à ce qu’elles veulent dire alors que la voix en dit beaucoup plus long. En se laissant guider par cette voix nous découvrirons la lumière en sortant vainqueur de toutes les batailles et verrons la lumière.

 

18.   Roch hachana et la colombe

 

Nous parlions de colombes. Le Midrach (Chir hachirim rabba 3) cite le verset ‘’Efraïm yona pota’’, Israël est telle une colombe naïve qui se laisse séduire’’. Nous avons étudié précédemment ce passage dans lequel D. est fier de voir comment des êtres opiniâtres envers les nations, restent sans défense face aux commandements divins. Ils sont telle cette colombe ‘’pota’’, qui se laisse séduire naïvement. ‘’Pota’’ est dérivé de péti, naïf, mais aussi de pitouy, séduction. Nous l’avons compris, les enfants d’Israël aiment tellement D. qu’ils se laissent séduire par Lui. Un sentiment tellement ancré qu’il est devenu un élan naturel. Dès qu’ils entendent Sa voix et Son commandement, c’est sans réfléchir qu’ils accourent.

 

Voyons à l’inverse. D. se laisse-t-Il séduire par Ses enfants ? Nous n’aurions pu le penser et encore moins l’écrire si le Midrach Rabba (Emor Rabba 29) ne l’avait pas établi. Le jour de Roch hachana D. se laisse séduire, comment? Par le chofar : ‘’Heureux est le peuple qui sait sonner le chofar’’ (Psaumes), les nations ne savent-elles pas sonner des trompettes ? Et le Midrach de répondre : ‘’Heureux est le peuple qui sait séduire leur Créateur avec le chofar’’. C’est ce que nous faisons le jour de roch hachana : un travail de séduction. Cela demande un commentaire.

 

Ce que nous demandons à D. en ce jour de jugement est de nous pardonner plus facilement que la vertu de rigueur ne l’exigerait. ‘’Il faut que Tu trônes sur Ton siège de Miséricorde et non sur celui de la rigueur’’. Comment convaincre Le Créateur de changer les règles bien précises inhérentes à Son œuvre ? En effet, D. n’a-t-Il pas créé le monde afin de nous donner l’opportunité de mériter une récompense ? Cela implique donc un jugement droit et équitable ?

 

La réponse se trouve dans un autre passage. Abraham vient d’accomplir un acte sans précédent. Une sorte d’antithèse à toute sa théorie du monothéisme. La croyance en un D.  miséricordieux, constant etc. ‘’Hier, Tu me disais, Ton fils Isaac te donneras une descendance, et aujourd’hui : ‘’Prends ton fils et offre le Moi en holocauste’’. Avraham se trouve face à un dilemme intellectuel. Comment va-t-il réagir face à une telle contradiction ?  Obéir ou non ? Abraham, en réalité, ne se pose même pas la question. Il ne le peut tant il aime son Créateur. ‘’Je suis devenu comme sourd et muet’’ dit-il à D. ‘’Alors Toi aussi c’est ainsi que Tu vas réagir le jour de roch hachana quand les enfants d’Isaac comparaitront dans Ton tribunal’’, exige-t-il à la suite de son acte. ‘’Tu vas te lever du trône de rigueur et siéger sur celui de miséricorde’’. Ce qu’il demande au Juge Suprême c’est de lui accorder la même mesure de laquelle il s’est servi. ‘’J’ai fais fi de l’intellect et je ne me suis servi que du cœur. Toi aussi, laisse Toi séduire’’.

 

D. doit accepter car Son bien aimé le lui demande, mais le laissera-t-on ? Nos fautes ne vont-elles pas dépasser toutes les murailles de la reconnaissance envers l’homme qui Lui installé un trône sur terre ? Oui, peut-être. Alors que faire comment s’engager ? Non moins que par le serment : ‘‘hodech hachéviyi’’, le septième mois’’. C’est le mois de tichri de roch hachana. Mais chéviyi signifie aussi chévou’a, serment. Le mois du serment, celui de D. envers Abraham pour ses enfants.

 

D. a donc juré qu’il se laisserait séduire. Il se laissera guider, tel Avraham, selon Ses sentiments, pour Son peuple. Abraham a été la première colombe de l’histoire et il a obtenu que D. pardonne plus aisément nos fautes, en se laissant séduire.

 

C’est toute la puissance de roch hachana, celle de pouvoir espérer un traitement de faveur. Mais, pas trop de fausse exaltation, le travail du juif est quand même considérable. Il faut qu’il puisse clamer à son D. : ‘’Laisse-Toi séduire par mon amour’’. Il faut donc aimer et pouvoir le dire sans mentir.

 

C’est de cet amour donc parle rabbi Na’hman. Il faut venir avec un cœur brûlant pour la Torah, pour le spirituel. On ne vient pas à roch hachana demander une autre voiture, un plus grand appartement ou d’autres biens matériels. Cela le Zohar le compare à des chiens qui ouvrent leur gueule pour y attraper quelques victuailles. Le juif demande la vie, la vraie, tant il l’aime et y aspire, ‘’sab’énou mitouvakh, rassasie-nous de Ton bien’’, de lumière.                  

 

Roch hachana est donc le sommeil réparateur, ’ourou yéchénim, réveillez vous de votre sommeil’’, car le juif vient à la synagogue avec cet amour de la lumière et l’espoir de l’y trouver par ses prières. D. va l’exaucer par le chofar. Une voix qui purifie et qui bonifie. La lumière promise à tous ceux qui veulent s’engouffrer dans les ténèbres d’en haut, ‘‘hochekh sitro sévivotav soukato’’, ‘’les ténèbres de Sa cachette, autour de Sa demeure’’.

 

19.   Roch hachana un jour de renouvellement

 

La comparaison entre Roch hachana et le développement précédent est très claire. Elle le sera encore davantage après l’analyse des paroles d’Abraham. En effet, selon Rabbi Na’hman, roch hachana, chéna, sommeil, est à l’image de tous les sommeils, une opportunité pour se renouveler. C’est ainsi que doit procéder le juif durant toute sa vie car il est à l’image de la création à propos de laquelle il est dit, ‘’Ouvetouvo  mé’hadech békhol yom tamid maassé béréchit’’, par Sa bonté, Il renouvelle, chaque jour, la création du béréchit’’.  ‘’Réchit’’, c’est le juif comme il est dit (Jérémie 2) ‘’réchit tévouato’’, ‘’les prémices de Sa moisson’’. Le juif se fait une nouvelle vie spirituelle après chaque passage dans les ténèbres. Il en ressort un autre homme. Car vivre selon une dimension supérieure n’est pas comparable à une existence selon celle d’auparavant. Tout est différent. L’homme ne juge plus et ne pense plus la même de la même façon avant ou après une année d’étude de Torah. Il n’a plus besoin des mêmes choses etc. Il est nouveau, il pense nouveau et ressent autrement toute l’existence. Cette faculté est offerte à ceux qui aiment la Torah et empruntent le chemin tracé par nos Sages comme décrit, entre autre, dans cette Torah 35.

 

Cette vérité est écrite en filigrane dans le Midrach cité plus haut. En effet, quand Abraham plaide la cause de ses descendants, il demande à D. de faire une faveur aux enfants d’Isaac. Il ne la demande pas pour ses enfants mais pour ceux de son fils. Pourquoi ? Parce que nos Sages ont dit qu’un nouvel Isaac est né de ce sacrifice. Une sorte de nouvelle créature capable de rentrer dans le jardin d’Eden et d’en sortir librement (Rachi). C’est comme si les cendres du précédent étaient posées devant le trône de D. comme nous le disons tous les matins dans nos prières : ‘’ Comme si les cendres d’Isaac étaient posées devant Toi’’. La difficulté de l’épreuve a fait de lui un nouvel homme. L’autre est dans ses cendres.

 

C’est dans cette optique que le Patriarche implore son Créateur. ‘’Quand mes enfants, le jour de Roch hachana, viendront implorer Ton pardon, accorde le leur. Et même s’ils ne le méritent pas vraiment, fais le en vertu de celui qui a su complètement se renouveler au point  de devenir un autre homme’’. ‘’Ses enfants aussi en auront la vertu puisqu’ils sont ses dignes descendants’’. C’est leur vertu mais aussi la condition pour un roch hachana réussi.       

 

  

 

Heureux est le peuple qui sait sonner le chofar, à la lumière de Ta face ils iront (Psaumes 89).   

 

Chana tova oumétouka

 

Yossef Simony, Har-Nof, Jérusalem

 


 

 

 

 

 

Télécharger
Téléchargez ici ce texte en format PDF
ROCH HACHANA.pdf
Document Adobe Acrobat 848.0 KB

Écrire commentaire

Commentaires: 0