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La potion magique

 

 

La 'Hannoukiah  symbolise la divulgation la royauté de D. associée à la puissance d'Israël

La notion de pirsoum haness, la divulgation du miracle de 'hannoukha, a une interprétation évidente. Chaque occasion où le juif rencontre la main bienveillante du Créateur, il a le devoir et il ressent le besoin de Le remercier publiquement. C'est ce que nous faisons le jour de Pourim entre autres mitsvot du jour. Nous lisons la méguila, récit de tous les évènements de l'époque de la reine Esther. Après avoir voyagé en avion ou suite à une guérison etc., on récite devant dix hommes réunis la bénédiction de hagomel. Elle est un remerciement public à D. de nous avoir épargné des malheurs. A l'époque du Temple on offrait le sacrifice du remerciement, le Toda. Le dénominateur commun entre toutes ces actions est de devenir un être reconnaissant envers Le Saint béni soit-Il, et de proclamer Sa grandeur.

Le pirsoum haness, la divulgation du miracle de 'hannoukha, revêt cependant un caractère encore plus grandiose. En allumant ces lumières nous évoquons la royauté de D. et Sa relation particulière avec Son peuple. Il a en effet, volontairement laissé dépendre Sa conduite de nos actes. En agissant de la bonne manière, nous Lui donnons la ''force'' de déverser Ses bienfaits sur Ses créatures et inversement.  Cette vérité est communément appelée ténou oz lEloquim, donnez de la force à Eloquim. Il est évident que cette conduite est une décision volontaire de Sa part et non une réelle limite. Telle a été Sa volonté en créant l'univers, de n'agir qu'en vertu de la sainteté des actes de Son peuple.

La 'Hannoukia véhicule donc un double symbole ou plutôt un seul sous ses deux facettes indissociables: La royauté puis la condition unique et indispensable pour sa manifestation qu'est la conduite des enfants d'Israël.

Cette idée est clairement énoncée dans le Midrach (Rabba; béalotékha). L'extrait suivant va nous éclairer en fait sur la signification profonde de la Ménora, le candélabre du Temple. Mais nous avons fait appel à cet enseignement car, selon le Midrach, rapporté par le Ramban, le précepte de 'Hannoukah est la continuation de celui de l'allumage du candélabre dans le Temple. Il est porteur du même message. Il en diffère en cela qu'il remplit sa fonction en toute occasion, même après la destruction de la maison de D., ce qui n'est pas le cas pour la Ménora.

''Erigez un candélabre et allumez-le. Eclairez-Moi de la même façon que Je vous ai éclairé'', demande D. à Ses enfants dans le désert du Sinaï en réponse à leur étonnement: ''Comment est-ce possible d'éclairer Celui qui illumine le monde''? Le Midrach, comme à chaque fois qu'il est difficile de le comprendre, rajoute une parabole. Un aveugle marche sous la direction d'un bien voyant. Quand ils arrivent à destination, ce dernier demande à l'infirme de tenir une bougie afin de l'éclairer. L'aveugle ne le comprend pas: ''As-tu réellement besoin de mon aide''? Il rétorque: ''Oui, car je ne veux pas que tu me sois reconnaissant''!

Le sens littéral de ce Midrach est incompréhensible. En effet, il n'est pas admissible que D. ne veuille pas de notre reconnaissance! L'univers entiers est au service du Divin et la Torah n'est que reconnaissance envers Ses bienfaits!  En voici donc  l'interprétation:

Un aveugle est un être amoindri par son infirmité. Il le devient d'autant plus quand il est assisté. Pour y remédier, il faut donner dans un esprit où celui qui reçoit est aussi considéré comme un donateur. Il peut être, en effet, parfois, quand on a besoin de lui, aussi utile qu'un autre membre de la communauté. C'est ce que lui fait ressentir son ami en lui faisant tenir une bougie. Son intention est d'introduire son acte de charité dans l'esprit d'un contrat social où de toute façon chacun est dépendant de l'autre, quelque soit son activité ou son degré de validité.

A sa sortie d'Egypte le peuple d'Israël fait figure d'assisté. Il a été sauvé des griffes du plus grand des dictateurs de son temps. Cette délivrance aurait pu être logiquement perçue comme un acte de compassion ou encore mieux comme une intervention du Créateur pour remettre de l'ordre dans la hiérarchie des humains. La Ménora, le candélabre remet les idées en place. Israël illumine Le Créateur et c'est pour cette raison qu'Il l'a sorti d'Egypte et qu'Il l'a guidé dans le désert. Il en a …besoin!!

La puissance d'Israël est principalement par l'étude de la Torah. Il faut aussi que l'humanité le sache

Or, la Ménora symbolise, selon nos Sages, la sagesse de la Torah. Elle en est la représentation dans le Temple. En nous disant que sa lumière illumine D., le Midrach dévoile le caractère cardinal de l'étude. C'est la force d'Israël et en même temps celle du Saint béni soit-Il. Quand Son peuple étudie et accomplit les préceptes, il peut en vertu de la règle du ténou oz lEloquim, donnez de la force à Eloquim, déverser ce qu'Il souhaite au monde.

Mais ce Midrach révèle une autre indication beaucoup moins connue au sujet de la Ménora. Cette relation bilatérale entre D. et Ses sujets doit être divulguée. C'est en effet la suite du texte: ''Et pourquoi? Afin de vous élever aux yeux des nations. Qu'ils puissent dire: ''Regardez comment Israël éclaire Celui qui illumine tout le monde''. Il ne suffit pas de fournir l'élément indispensable au bon fonctionnement de la Royauté, il faut aussi que cette dépendance soit connue de tous. C'est le deuxième aspect du pirsoum haness, la divulgation du miracle dont on parle tant durant la fête de 'hannoukah.

L'allumage en public de la 'hannoukiah est donc la proclamation du règne divin mais aussi de la règle instituée par D. selon laquelle la Torah étudiée et pratiquée par le juif rend Le Roi plus ''capable'' d'agir. Il faut une royauté ainsi que ses codes en représentation et c'est pour cela que la chose doit être divulguée. Il ne s'agit donc pas que d'un signe de reconnaissance et de divulgation de la gloire de D. comme à Pourim. Le pirsoum haness de 'hannoukah est singulier en cela.

La petite fiole…de potion magique

L'image de la Ménora inaugurée par Mattatiah est indissociable de celle de la petite fiole d'huile pure et gardée par le sceau du grand Prêtre. Les commentateurs expliquent en effet, que l'allumage aurait pu s'effectuer avec de l'huile impure puisque la majeure partie de la population l'était. Pourquoi avoir insisté pour que tout se fasse dans la pureté?

Car c'est justement ce qui fait la différence entre Israël et les peuples: La sagesse de D. à savoir pure et sainte et non l'hellénisme et l'humanisme. Elever l'homme vers D. grâce au savoir ou parfaire son image et celle de la société, telle a été la discussion entre Yavane, la Grèce et Israël. Commençons par Israël.

La capacité d'Israël de ténou oz lEloquim, donnez de la force à Eloquim, lui a en effet été offerte depuis qu'il a accepté le commandement de la brit mila. Tout se passe comme si, avec l'apport de sainteté qu'octroie la circoncision, l'homme était en mesure de côtoyer Le Divin. Son étude et l'exercice de ses mitsvot prennent une telle ampleur que l'on peut les associer à l'action du Créateur dans l'univers. Un manquement dans cette vertu entraine la mise à l'écart des actes du juif et il ne peut prétendre à de si hautes ambitions. La Ménora est donc le symbole de la Torah, sagesse de D. partagée avec le peuple élue et étudiée dans la plus grande des puretés. Autrement ce savoir ne saurait nous différencier des autres peuples et en particulier de Yavane, le grec qui et lui aussi très sage.

C'est le message du très célèbre passage dans lequel D. vient rendre visite à Avraham, le troisième jour suivant sa circoncision. Le vieil homme veut se lever en signe de respect mais D. le fait rassoir. La version du Midrach Rabba est la suivante (elle diffère de celle de Rachi): ''Assis-toi et Je me tiendrai debout. C'est un signe pour tes enfants. Ils seront assis dans les maisons d'étude te dans les synagogues et Moi Je serai debout''.

Ce passage introduit cette notion de ténou oz lEloquim, donnez de la force à Eloquim. Car il est évident que D. ne libère pas le Patriarche de respect face à la Présence divine quand il lui demande de ne pas se lever. L'idée est plutôt que la descendance d'Avraham devra principalement agir par sa ''passivité'' à l'étude et aux mitsvot, en laissant ou plus précisément en donnant à D. la  possibilité de produire Son œuvre. C'est l'idée du Saint béni soit-Il, se tenant debout alors que Ses enfant s'assoient. Il est debout, lisez: Il peut agir, construire et déverser Ses bienfaits parce que Ses enfants sont acharnés à l'étude et aux mitsvot.

Or cette révélation est parvenue à Avraham au lendemain de sa brit mila car elle en est la condition. Aucune action ne sera d'une si grande importance si elle n'est pas accompagnée de sainteté. La Ménora donc aussi qui est le symbole de la Torah et de l'association de D. et de son peuple, prend toute son ampleur et sa véritable définition quand elle est allumée avec de l'huile pure. C'est le secret de la force d'Israël, sa…potion magique.

Yavane est sage mais il s'aveugle par tant de savoir

La Grèce helléniste a trouvé en Israël un farouche opposant. Nos Sages nous enseignent qu'ils n'en voulaient pas à leur corps mais seulement à leurs esprits. Ils y voyaient une contradiction et un obstacle à l'hellénisation du monde. On a l'impression qu'il fallait faire un choix entre ces deux forces qui ne pouvaient cohabiter dans un même monde. Une sagesse sanctificatrice contre un savoir dominateur, cela pourrait être le nom de cette guerre. Comprenons le plus en détail par le Midrach.

Le Midrach Rabba énumère les quatre empires qui vont dominer Israël et l'asservir durant l'histoire de l'humanité jusqu'à la rédemption. Yavane est, selon le Midrach, évoqué dans le verset de la Genèse 'Hochekh al péné téhom  ''et l'obscurité planait sur le néant''. L'obscurité, c'est Yavane enseignent nos Sages. Pourquoi? Parce qu'ils ont assombrit les yeux d'Israël en leur demandant de graver sur la corne du taureau, ''nous n'avons pas de part dans le D. d'Israël''.

Ce symbole de l'obscurité et du taureau sont certainement remplis de sens. Nous allons un peu ébrécher le secret de ces deux notions et comprendre qu'ils se complètent ou plutôt s'opposent dans un même thème.

Joseph est désigné dans les textes par le taureau, Nombres (33;17). La corne du taureau symbolise plus que tout, sa puissance. Tout se passe comme si, les grecs avaient voulu dévier Israël de cette puissance (la corne) héritée de Joseph (le taureau) en la dépouillant de son caractère sacrée (nous n'avons pas de part dans le D. d'Israël). Or, nous savons que Joseph est le Tsaddik yéssod olam, le Juste pure et éloigné à l'extrême de la luxure. Il le démontra par l'épisode le confrontant à la femme de Putiphar. L'hellénisme s'est donc attaqué à la brit mila. Ils ont voulu mêler Israël à leurs agissements impurs et les empêcher de cette manière de communier avec D. et d'être aussi puissants que la corne du taureau. Karné réém karnav, ses cornes sont celles du taureau, bahem amim ynaga'h, il s'en sert pour encorner les peuples. Ils savaient que dans la pureté associée à la Torah réside notre force.

Eux, sont comparés à l'obscurité.  Il y a pourtant un autre Midrach dans lequel Yavane est étrangement qualifié de soleil. Ein nistar mé'hamato zé yavane, personne ne peut se protéger de Son soleil c'est la Grèce. Ce verset est d'une intensité particulière. Il qualifie en effet, la science des grecs de soleil de D.!! De surcroît, il est en apparente contradiction avec le précédent Midrach qui la qualifie d'obscurité. Comment les concilier?

La Grèce a jouit d'une science incomparable. Elle a été la source d'inspiration des humanistes de la renaissance et du monde moderne. Elle éclaire le monde jusqu'aujourd'hui. Mais ce savoir est aveuglant car il mène l'homme à sa perdition puisqu'il ne veut pas y mêler D. Il s'aveugle par sa propre sagesse qui est pourtant un cadeau du Divin comme en témoigne le verset cité ''personne ne peut se protéger de Son soleil''.  Il ne veut pas arriver au Saint béni soit-Il par la sagesse car il ne veut pas de la pureté de la brit mila. Nous, la recherchons car elle est la condition de notre contact avec D. et elle est notre …potion magique.

 

 

 

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