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Esaü, cherchez l'erreur

Ce n'est pas tous les jours que notre Patriarche a si peur. Il a affronté un Ange et le plus rusé des hommes, Lavane, mais sa prochaine rencontre avec Esaü le terrorise. Vayéra Yaakov méod, Jacob a eut très peur. Ce mécréant semble avoir assez de puissance pour l'anéantir, Je crains qu'il ne m'attaque et ne me frappe, joignant la mère aux enfants. Même une fois le danger passé, il feinte, en promettant à son frère de le rejoindre, ce qu'il ne fera jamais. Il lui demande de s'éloigner jusqu'à Séïr, une façon de dire, comprennent nos Sages, que nous nous rencontrerons à la fin des temps sur le mont de Séïr pour un dernier combat, ad avo el adoni Séïra, jusqu'à que je rejoigne mon Maître à Séïr. Avant cela, il ne veut guère de promiscuité. Esaü présente un grand danger spirituel et matériel pour sa famille. En se conduisant de la sorte, Jacob nous en a prévenu. Quel est ce danger et comment nous en préserver?

Jacob craint plus que quiconque Esaü

Esaü est de plus loin le plus grand ennemi de Jacob. Al tira avdi Yaakov, n'ai pas peur, Jacob mon serviteur,  lui a été dit par D., selon le Midrach (Rabba; vayétsé), au moment où il vit en prophétie l'ultime exil, celui que nous vivons. Esaü nous asservit de la manière la plus insidieuse et la plus dangereuse possible. N'ai pas peur, même s'il monte et s'assoit à côté de Moi, Je le descendrais. Il escalade en effet, dans le songe du Patriarche, les marches de la fameuse échelle et semble ne pas vouloir s'arrêter. Tous les autres empires, la Grèce, la Médie et la Perse, finissent leur ascension. Leur ange respectif franchit quelques échelons dont le nombre ne dépasse pas celui des années de sa domination sur Israël. Celui d'Esaü paraît aller vers l'infini. Il escalade l'échelle du temps mais ce qui fait peur au Patriarche est la puissance de son frère: Il veut trôner aux côtés de D., et s'assoit à côté de Moi… Le paramètre de temps devient celui de l'espace. Il veut occuper toute l'atmosphère en la polluant de sa philosophie. Il veut masquer D. C'est le sens, clair et incontestable, de l'image du mécréant voulant siéger à côté de D. Il veut dominer le monde et voiler le Créateur.

Sa conduite et son exemple sont tellement néfaste pour ses enfants que Jacob craint le pire. Que restera-t-il de mes enfants s'ils se font tellement bernés? D. a besoin de le réconforter en lui promettant Son intervention, Je le descendrais. Il faut comprendre, J'interviendrais et J'enverrais un vent de pureté et de clairvoyance qui permettra à tes enfants de discerner le vrai et le bon. Le mouvement de la téchouva, du retour à D. et aux valeurs de la Torah, est le meilleur témoignage de l'accomplissement de ce midrach. L'attrait vers le grand monde est si puissant que le juif, laissé à l'abandon n'aurait pu y résister. Jacob en a peur!  D. nous en protège jour après jour en nous rappelant à Lui.

Qui est Esaü, l'ennemi qui se camoufle derrière le masque du frère?

Qui est Esaü et que devait faire la bénédiction?

L'épisode qui, parmi tous les autres, nous en donne une description exacte est sans aucun doute celui de la bénédiction d'Isaac. Le vieux Patriarche a eut, nous le devinons, une bonne raison de choisir l'aîné de ses fils pour lui accorder sa bénédiction. Il savait la puissance de son fils, ancêtre de la grande nation d'Edom et il voulait l'associer à Jacob dans l'aventure spirituelle. Il pouvait, dans une certaine mesure, seconder Jacob. Il ne s'agissait sûrement pas de donner toute la suprématie au mécréant en délaissant le Juste. Isaac a simplement voulu ennoblir le destin de son fils en lui allouant un rôle que la bénédiction allait déterminer. Lequel?

Il y a deux indices menant inéluctablement à la conclusion suivante: La bénédiction a donné une place de choix aux renégats d'Israël au lieu d'intégrer les actes défaillants d'Esaü. Tout se passe comme si, Jacob dans sa vraie dimension, celle d'Israël, ne pouvait agir véritablement qu'à la condition d'être lui-même: un homme immergé dans le service de son Créateur et sans aucun compromis. La bénédiction a offert le droit de résidence à la médiocrité spirituelle dans l'aventure d'Israël. Eux aussi, les …renégats vont compter et agir. Ils seront utiles et indispensables car ils vont devoir remplir leur tâche sans laquelle le puzzle sera manquant.

Cette idée est très profonde et il ne faut pas se méprendre. Il ne s'agissait pas avant la bénédiction d'exclure une partie de notre peuple. L'idée était d'exiger de Jacob la pureté dans l'acte et l'intention car autrement ils n'auraient pas compté et agi dans la monumentale œuvre qui débuta avec Adam et finira avec le Messie. La nouvelle ère est celle où l'on accueille les actions spirituelles de tout composant de notre peuple. Chacune est valable pour la bonne raison qu'elle a une … bonne odeur! Laissons-nous guider par les midrachim.

Yom kippour et l'odeur des renégats 

Rivka guide son fils jusqu'aux plus infimes détails le jour où elle le contraint à dérober la bénédiction de son frère. Elle sait qu'Isaac a demandé à Esaü de lui présenter un repas quand il viendra se faire bénir par lui. Elle demande donc à Jacob de lui apporter deux bons chevreaux car elle veut en faire un plat tel que l'aime son mari. Ces deux bons chevreaux évoquent, dit le Midrach, les deux boucs offerts durant le service de Yom Kippour. L'un était destiné à D. L'autre représentait le Satan et il était propulsé depuis la falaise d'Azazel. Ils sont bons pour toi et pour tes enfants fait dire le Midrach à Rivka.  Ils sont bons pour toi, car tu vas recevoir, grâce à eux, la bénédiction convoitée. Et ils sont bons pour tes enfants, car ils mériteront les deux boucs du jour de Kippour, dans le Temple.

La difficulté que soulève ce passage est flagrante. Quel est le rapport entre cet épisode et le service de Kippour?

Cet extrait est d'une grande utilité pour notre raisonnement. En effet, si la bénédiction du Patriarche avait constitué son accord pour offrir toute la primauté en matière de spiritualité, le Midrach aurait du conclure qu'ils sont ''bons'' car ils nous ont permis l'accès à toute la Torah? Non! Jacob avait déjà cette suprématie. Ils ne nous ont accordé que l'expiation de Kippour.

Parce qu'il manquait une notion à Jacob: la médiocrité. Jacob est en effet, tam, parfait, dans l'acte et dans la pensée. Il ne pouvait offrir à D. que cette sorte de conduite et c'est d'ailleurs celle qui lui aurait été exigée. La bénédiction d'Isaac a  permis la médiocrité au sein de notre peuple. Elle a ouvert la porte aux renégats et leur a accordé une place de choix. Leurs bons actes comptent et ils s'associent à ceux du Juste tam, parfait. Le jour de kippour est le témoignage de cette nouvelle orientation de Jacob. En ce jour nous demandons à Hachem de prendre en compte les pécheurs et de se contenter des actions les plus insignifiantes, pourvu qu'elles aient …un tant soit peu de spirituel. 

Car pourquoi Rivka a-t-elle précisément choisi le symbole des deux chevreaux pour évoquer le jour de Kippour?

Il faut savoir que les deux boucs devaient être identiques. Ils étaient de la même taille et de la même valeur. Une manière de dire que D. et Satan sont …à égalité!! Que signifie cette comparaison? Elle véhicule le message des deux boucs, à savoir la raison suffisante et nécessaire pour qu'ils fournissent l'expiation convoitée en ce grand jour. Ils semblent clamer: ''Si Tu n'avais pas accordé à Satan une force égale à la tienne, jamais le juif n'aurait fauté''. Le juif est, dans son essence, amour et feu ardent pour D. Il n'a aucune chance de pécher si on ne l'y ''contraint''. Pour laisser une place au libre arbitre, Le Saint, béni soit-Il, a volontairement ''exagéré'' son pouvoir. C'est ce que nous proclamons en présentant deux boucs de la même taille. 

Certes les actes de certains de nos frères laissent à désirer mais ils sont une manifestation de leur extériorité. Leur essence n'est que pureté et aspiration au bien suprême. C'est ce qui va justifier la bénédiction du Patriarche et le choix de Rivka. Chaque élément de notre peuple mérite grâce à cette vérité de produire et de s'associer au Justes. Un acte du juif n'est jamais foncièrement mauvais ni entièrement dénué de vrai. Tout se passe donc comme si notre Matriarche justifiait son choix quand elle remplaça Israël par Edom. ''Tes actes manquants à toi seront agréés et non ceux de ton frère parce qu'ils proviennent d'un endroit pur''. La preuve en est: les deux chevreaux! Si celui de Satan, représentant la tentation au mal, n'était pas égal à celui de D. le Juif n'aurait jamais fauté.

Isaac nous surprend d'ailleurs quand il s'émerveille de la bonne odeur des habits de Jacob. Il huma l'odeur de ses vêtements est en hébreu réa'h bégadav. N'y avait-il rien de plus important à faire que de se délecter en ce moment précis des bons effluves de ses habits? Le Midrach transforme, pour cette raison, bégadav en bogdav, traduit de la manière la plus littérale, par renégats. Que vient faire cette exclamation en introduction à la bénédiction?

Nous le savons maintenant. Isaac a accordé une place à chacun en bénissant Jacob. Les actes, médiocres ou bons, seront unis dans un même but. Le vieux Patriarche est heureux de constater que même les renégats de notre peuple ont une bonne odeur. Ils sont amoureux de leur D. et méritent donc pleinement leur statut d'associés. Leurs actions, si insignifiantes soient-elles, convergent vers la même vérité.

Essayons de mieux comprendre ce que signifie accepter la médiocrité. C'est en analysant de la manière la plus précise la tâche manquée d'Esaü que nous saisirons le mieux cette notion. Car, en effet, c'est la place de cet homme et sa fonction qui ont été attribués à Jacob par ce subterfuge.      

La tâche manquée d'Esaü

Le Talmud (Avoda zara) anticipe le jugement dernier. Comment va-t-il se dérouler? Le Saint béni soit-Il va convoquer les nations et celles-ci vont devoir se défendre comme elles le peuvent. Esaü, fier de ses accomplissements, s'avancera en premier et revendiquera ses droits. J'ai aidé Tes enfants à étudier la Torah. Je leur ai construit des ponts et des rues afin qu'ils puissent aller plus facilement dans leurs maisons d'étude etc. Le point le plus intéressant de ce débat est la réplique de D. Il ne les traitera pas de menteurs mais de chotim, d'idiots. Chotim, ce que vous avez construit, vous ne l'avez fait que dans votre intérêt! On se serait attendu à une réponse beaucoup plus véhémente dans laquelle Le Créateur aurait condamné leurs mensonges bien plus ouvertement. Menteurs, telle aurait du être la répartie du Créateur.

Il faut en déduire que leur réclamation n'est pas aussi déplacée qu'elle n'en paraît. Ils désirent réellement notre étude. Pas eux, leur essence, car eux nous les connaissons bien après quelques centenaires de ''bon'' voisinage! L'ange d'Edom aspire à cette spiritualité et il revendique son mérite. Il semble dire: ''C'est moi qui ais inspiré mes ouailles afin d'aider Tes enfants à mieux étudier''. Le Saint, béni soit-Il, rétablit la vérité. C'est absolument vrai, mais il manque un paramètre important à ton raisonnement. Ton amour de la spiritualité n'égale pas celui de ton confort. Tu veux que Mes enfants étudient mais tu attends en retour les bienfaits de la Torah. Tu  sais qu'elle est un élixir de vie et c'est pour cela que tu l'accueilles chez toi''.

Les actions d'Esaü ne sont pas entièrement fausses, elles sont manquantes. Le terme Chotim, en hébreu, désigne d'ailleurs souvent une chose à qui il manque la perfection.  Il n'est pas toujours utilisé pour définir l'état de l'idiotie. Un premier né, parce qu'il n'est pas toujours assez calculateur, est traité, par le Talmud, de béchor (premier né) choté dans le sens de défaillant. Esaü ou Edom n'a pas une aspiration véritable à la spiritualité. Il la convoite car il sait qu'elle est accompagnée d'abondance. Il construit des villes pour les juifs mais il prévoit de recevoir en retour l'aisance qui le contente réellement. C'est un choté.

Cette dimension, proche et en même temps si loin de la perfection lui a valu d'être l'élu d'Isaac pour recevoir la bénédiction. Il allait, selon ses vœux, s'allier à Jacob et constituer son bras droit. Hayadaym yédé Essav, les mains sont celles d'Esaü. Il produira et fera les mitsvot, les préceptes et construira le monde pendant que Jacob sera confiné aux maisons d'étude. Quant à son insuffisance de lichma, de sincérité, Jacob y palliera!  

Rivka refuse à Esaü le statut d'associé de Jacob. Elle le passe à nos renégats

Rivka en a décidé autrement. Esaü ne sera pas réuni à Jacob dans le grand projet. Avant cette décision, ne mériteraient le nom d'Israël et compteraient vraiment que ceux qui se conduiraient parfaitement. Le reste n'auraient pas tenu un rôle dans le déroulement des événements. Après la bénédiction du Patriarche, tout juif devient acteur principal et chacune de ses actions, même médiocre, est agréée.  

Le juif est amoureux de son D. Le Talmud établit que celui qui donne l'aumône à condition que son fils vive, accomplit malgré tout un acte parfait et désintéressé. Il ne regrettera jamais son acte même si sa requête n'est pas agréée. Ce qui a été fait pour D., par un juif, l'est toujours du fonds du cœur. C'est l'odeur des bogdav, des renégats dont parle Isaac. Derrière leurs actes se cache une essence parfaite et intouchable par les forces du mal. Quand ils accomplissent l'un des préceptes, même s'ils en escomptent un bénéfice, il est toujours parfait dans son essence. C'est le choix et l'argument de Rivka. Nous devons cette nouvelle situation à notre mère. Nous sommes des justes parfaits même quand nous escomptons un bénéfice de la mitsva car D. regarde notre vraie nature.

Jacob a peur d'Esaü. D. le réconforte

Jacob craint plus que tous les autres, l'exil d'Esaü. Il sait que ses enfants n'auront pas la fermeté  nécessaire pour résister à son influence. N'ai pas peur, même s'il monte et s'assoit à côté de Moi, Je le descendrais. Il n'a pas peur des années qui passent et qui semblent ne plus vouloir s'arrêter. Il craint son emprise sur nous. Il voudra dominer notre mode de pensée. C'est le symbole du siège mitoyen à celui de D., à côté de Moi. Il convoite la place du Créateur. C'est lui avec sa philosophie qui doit diriger le monde et non Le Saint béni soit-Il!

Jacob a raison d'avoir si peur. Il ne pourra rien entreprendre de lui-même, dans ce terrible combat. Il sera désemparé devant cette hégémonie intellectuelle et spirituelle. L'attraction vers Esaü est très grande. Il aime l'aisance au point où il inscrit sur son véritable emblème, ''In G. we trust'', une façon de dire: c'est uniquement pour cela qu'on Y croit! Israël tend à lui ressembler à force de cette longue galoute, exil. Notre sincérité est de plus en plus ébréchée.   Nous devenons, nous aussi, des machines à sous.

Jacob promet de le rencontrer à Séïr, ad avo el adoni Séïra, jusqu'à que je rejoigne mon Maître à Séïr. Il ne ment pas. Il sait que l'échéance viendra. Véalou mochiim béhar Tsion lichpot et har Essav … et les sauveurs escaladeront le mont de Sion, afin de juger la montagne d'Esaü et puis la royauté sera à D.  Ce verset renferme la promesse de la défaite d'Esaü.

Il est très intéressant de constater que l'histoire de cette guerre finit sans trop de batailles et encore moins de discussions. Ils voudront juger Esaü et escaladeront la montagne puis …silence, point de jugement ni de verdict. La royauté reviendra déjà à D. On s'arrête de parler d'Esaü un peu trop brusquement?

Ce verset est d'une merveilleuse profondeur. Edom alias Esaü n'est en fait qu'un artifice. Il trompe celui qui est aux pieds de la montagne de Sion. Celui qui l'a escaladé, s'aperçoit qu'Esaü n'était qu'un mirage. Il n'y a plus personne à juger. Las Vegas, Hollywood et Wall Street ne sont que des appâts sans rien de consistant derrière. Il suffit de monter au beth hamidrach, à la maison d'étude pour le réaliser. Une fois en haut, Esaü n'existe réellement pas. On ne trouve plus personne à juger car il est devenu inexistant depuis cette dimension. 

 

D. console Jacob et lui promet d'intervenir, Je le descendrais. Sans cette aide, le peuple risque la perte et l'assimilation. Nous sommes témoins de l'accomplissement de cette promesse. D. rappelle chacun de Ses enfants en lui donnant la chance de Le suivre au sommet de la montagne de Sion. Le vent de pureté, que d'aucun intituleront le mouvement de la téchouva, du retour aux sources, bat son plein. Laissons-nous, chacun à son niveau, emporter par lui. 

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