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En mourir de tant de grandeur


 

 

 

Sarah, comment ?

Sarah était une grande femme dotée, il apparait même aprèsune lecture littérale des versets, de tous les dons de la nature. Intelligente, belle et vertueuse, tellement qu’elle dépassa son illustre mari en matière de prophétie. Tout cela ne l’empêche pas de suivre son mari aveuglément au point de ‘’mériter’’ d’être comparé dans le Midrach à un …veau ! En effet, Rabbi Yo’hanan veut illustrer ce qu’affirme le Midrach Rabba à son propos (début de ‘Hayé Sarah), qu’elle était témimaparfaite. Il ne trouve de meilleure comparaison à Sarah, que le veau qui suit sa mère sans la questionner. Ce que veut dire rabbi Yo’hanan est, qu’elle a mérité sa grandeur par son abnégation. Elle a suivi son mari et a permit une fusion parfaite entre les époux dans le schéma désiré et conseillé par la Torah au point de s’en retrouver une géante spirituelle, dépassant en certains point son mari.

Cette introduction redouble l’intensité d’une question dont la réponse reste assez trouble. Pourquoi cette femme qui n’a jamais rechigné contre tous les ordres de D. à son mari, n’a pas été concernée et concertée pour le sacrifice de son fils. Pourquoi D. a-t-Il demandé à un père d’immoler son enfant et non à sa mère ? 

D’autre part, nous devons savoir, que la grandeur de Sarah n’a pas suffit à lui faire surmonter le nissayone, l’épreuve de la akédadu sacrifice d’Isaak. En effet, le Midrach établit que le Satan a communiqué la nouvelle du sacrifice de son fils unique mais en falsifiant l’aboutissement : ton fils est mort, lui affirma-t-il. La Matriarche ne put supporter la terrible épreuve et elle en mourut. Pourquoi ne supporta-t-elle pas cet ordre plus que les autres ? Elle savait pourtant qu’il venait de D. sinon Avraham ne l’aurait jamais fait ! Devons trouver en cela une raison suffisante pour justifier sa ‘’mise à l’écart’’ ?  

Ce passage du Midrach est en réalité très intriguant. En effet, les Patriarches étaient certes des êtres humains, avec des sentiments et la douleur les atteignait comme nous autres, les hommes du commun. Nous pourrions tout à fait admettre que Sarah mourut suite à l’effroi que lui produisit la mort de son fils. Mais pourquoi le Midrach prend-il le soin de nous apprendre les détails de son décès (la Torah et nos Sages sont tellement avares en détails en autres occasions) ? Est-ce simplement pour nous apitoyer sur la peine d’une mère ? Assurément pas! Quel est donc l’enseignement de nos Sages dans ce passage, puisque le Midrach ne se contente jamais de raconter, il enseigne à travers ce qu’il raconte. En nous disant que le Satan réussit à atteindre Sarah par sa réaction au sacrifice d’Isaak, nos sages nous ont sans aucun doute légué de grandes connaissances sur la personnalité spirituelle de notre Matriarche. Quelles sont-elles? (voir Or Ha’hayim à ce sujet et ce qu’il en déduit).

Il faut pour le comprendre mieux ce que signifie être églata, un veau. Nos Sages véhiculent ici un magnifique enseignement sur la dimension de Sarah. Elle était entièrement vouée à son mari et à son œuvre et cela jusqu’à la perfection. L’idée de perfection dans ce domaine est véhiculée par le verset que veut illustrer Rabbi Yo’hanan yodé’a Hachem yémétémimimD. apprécie les jours des gens parfaitsC’est le verset qu’a choisi le Midrach Rabba comme oraison pour Sarah. Et à ce propos Rabbi Yo’hanan rajoute ‘’telle un veauparfait’’. Que veut-il rajouter et éclaircir ? Il vient dire, comme nous l’avons déjà compris, que c’est grâce à son abnégation qu’elle a pu se  parfaire et atteindre une telle dimension. Or, la perfection est essentielle dans cette vertu d’abnégation plus que dans d’autres domaines, pourquoi ? Car s’il y a manquement même minime, la vertu est défaillante et n’a plus aucune valeur puisqu’il y a double allégeance.

Le propre de la femme est d’avoir les yeux fixés sur son mari, vers son seul et unique homme. Si la moindre attention est accordée à autrui, ce n’est pas une union presque parfaite, ce n’est pas une union du tout ! C’est toute la différence entre les autres vertus et celle-ci. Un homme calme peut se mettre en colère de temps à autres et mériter quand même d’être attribué de calme et pondéré car dans la plupart des situations il sait de maitriser, etc. Mais une femme ne peut être consacrée à moitié ou même presque entièrement à son mari. Cette relation n’admet pas le moindre manquement. Sarah était parfaite en ce domaine.

C’est bien pour cela qu’elle a été qualifié de tsénou’a, pudique et pas n’importe quand : avant d’annoncer la naissance d’Isaak. Ils le questionnent en effet, ‘’ où est Sarah ta femme ?’’. Et Rachi de commenter, ‘’afin qu’il réponde qu’elle est chez elle car elle est pudique’’.  Qu’elle est Tsénou’a, qu’elle était pudique signifiait  qu’elle était entièrement réservée à son mari. Cette vertu (qui est une qualité et une finesse de l’âme et non une conduite extrême,telle celle à laquelle nous assistons dernièrement en Israël dans certaines nouvelles sectes. Nos femmes n’ont jamais eut besoin de se camoufler derrière des châles épais car nos hommes n’ont jamais été bestiaux. Ils n’ont pas eut besoin qu’ont enferme les femmes pour conserver leur sainteté), lui a valu de pouvoir recevoir le meilleur, le plus profond de son mari : un enfant tel Isaak. Les Anges promettent donc à Avraham d’engendrer un enfant qui sera à même de rentrer dans le jardin d’Eden de son vivant mais ils lui font à cela une introduction. ‘’Ta femme est pudique’’, manière de dire que le mérite revient à Sarah. Il est le fils de Sarah avant d’être le tien. Cette vérité est énoncée en mains endroits (or ha’hayim, rabbi tsadok Hakohen de Lublin (Hayé Sarah) et aussi LikoutéMoharan 74). C’est la dimension de Sarah qui a produit Isaak.    

AhavaIrha : l’amour et la crainte

L’abnégation parfaite, la pudeur est toujours accompagnée d’une autre vertu ou en tous cas d’un autre sentiment : la crainte, celle de ne pas être entièrement vouée, totalement amoureuse et consacrée. En effet puisque chaque manquement dans la vertu de pudeur détruit tout l’édifice, comme nous l’avons compris précédemment, quoi de plus naturel que de vérifier constamment la perfection de la relation ?

Sarah avait cette vertu de ir’ha de crainte comme le disent de nombreux livres de pensée juive. Nous l’admettons aisément puisqu’elle est essentielle pour la tsniout, la pudeur. Elle vivait dans la crainte de gâcher la relation magnifique à laquelle elle avait droit et mérite. C’est ainsi qu’elle servait son Créateur.

Isaak qui est le Patriarche symbolysant la crainte de D., pa’had Its’hak est donc le digne fils de sa mère. Ce sera en très bref la conclusion de ce développement qui mériterait beaucoup plus de mots.

Le sacrifice d’Isaak

La première chose que fit Avraham le matin du sacrifice fut de seller lui-même son âne. Rabbi Chimon bar Yo’hay (MidrachRabba) commente cet acte, ‘’l’amour fait bafouer les convenances’’. Il aurait du, en effet laisser travailler ses valets ! Rabbi Chimon enseigne par ces brefs et apparemment insignifiants mots, une grand secret de la Torah. La vertu avec laquelle Avraham opéra en ce jour fut la ahava, l’amour. C’est ce qu’il devait faire en ce grand jour, montrer et exprimer l’amour parfait d’un homme pour son D. il n’y avait donc aucune place pour déléguer sa tâche à un valet. 

Continuons à analyser cette journée historique. Isaak a peur quand il se retrouve sur l’autel. Abba, Papa ! je crains, parce que je suis encore jeune et dynamique, de bouger pendant que tu m’égorges avec un couteau. Attaches moi donc très fort à l’autel ! Ce que fit Avraham.(Midrach Rabba vayéra)

Que veulent enseigner nos Sages par ce dialogue bien poignant ? Et pourquoi Avraham n’y a-t-il pas pensé tout seul ? Ce Midrach dénote en réalité toute la différence entre Avraham et Isaak . Avraham en effet, n’est qu’amour pour D. Il vit une ‘’idylle’’ dans laquelle la crainte, parce qu’il sait qu’il agit parfaitement, n’est pas à la première loge. Il est come une bien aimée sûre de bien agir et assurée de l’affection de son mari. Ce n’est pas lui qui a pensé à ligoter son fils. Ce n’est d’ailleurs pas ce que l’on fait quand on offre ou s’offre par amour. Isaak est comme sa mère. Il est le serviteur parfait de D.qui vit toujours dans la crainte de ne pas être le réceptacle parfait de la gloire divine. Il craint donc de bouger.Il aime certes Hachem et accepte de s’offrir mais la crainte de chuter, de ne pas être parfait est son quotidien. Nous allons, grâce à cela, mieux comprendre un passage très célèbre du Zohar.

Le Zohar nous enseigne qu’Isaak était noukva, féminin. (‘Or Ha’hayim voit cela come une punition et l’attribue au fait que Sarah ait rit à l’annonce de la naissance d’Isaak). Il fallait la akéda, le sacrifice pour lui donner sa nouvelle et définitive dimension. Que signifie noukva dans ce contexte et comment le sacrifice a-t-il procédé à son élévation. Noukva, féminin désigne le fait de servir D. comme un réceptacle parfait.  Un réceptacle fendu ou troué, si petit soit le trou, ne vaut plus rien. C’est le propre de la femme : elle est toute attention pour son mari. 

En lui faisant accomplir un acte entièrement basé sur l’amour, la complicité avec D., son propre sacrifice,  Avraham mêlait, chez son fils Isaak, l’amour à la crainte. Il devenait moins noukva, féminin.

Sarah et le sacrifice d’Isaak

Nous nous sommes demandé au début de notre développement pourquoi Sarah n’avait pas été concertée pour le sacrifice de son fils. N’était-elle pas telle un ‘’veau parfait’’ qui accepte docilement toutes les décisions de son mari parce qu’elle sait qu’il est un Tsaddik ?

La réponse est que c’est justement pour cela qu’elle n’était pas concernée par cet acte. Elle était parfaite dans la vertu de pudeur, d’abnégation et cela donne en équation, une perfection aussi dans la irhat Hachem la crainte de D. Or, le sacrificeétait de l’amour pour D. Le but était d’édulcorer la conduite D’Isaak régie par la crainte de D., y mêler de l’amour aussi. Il était le digne fils de sa mère et il fallait comme le dit le Zohar, mitouk hadinine, adoucir la rigueur. Sarah avait pour but de servir D. par la crainte, ce qu’elle fit au point de mériter d’être comparée de …veau. 

Sans beaucoup d'assurance, il nous est cependant permis de comprendre que le message de nos Maîtres au sujet de la mort de Sarah, est qu'elle mourut en effet de savoir que son fils avait été  offert en sacrifice à D. mais nous l'avons dit, si cette peine avait éét causé par la peine, les Sages n'auraient pas trouvé d'utilité à le raconter. Pourquoi parler du chagrin d'une mère, c'est tellement naturel! Ils ont peut être voulu laisser transpirer cette grande vérité. Sarah personnifiait la crainte de D. A l'instar de son fils, qui demande à son père de prendre davantage de précautions en le ligotant, le sacrifice humain est une notion tellement difficile qu'elle ne peut admettre qu'il ait été parfait. Un animal ne rechigne pas et se laisse faire sans l'ombre d'une question puisqu'il ne s'en pose pas. C'est le veau qui va se laisser égorger sans questions puisqu'il n'en pose pas. C'est cela un sacrifice. Mais un humain comment demander tant d'abnégation. Elle ne peut saisir et elle est désespérée de savoir que peut être non pas que son fils ait servi de sacrifice, mais qu'il n'ait pas été une offrande parfaite, tel un veau sur l'autel. A méditer…   

 

 

 

 

 

 

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