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C'est pas moi, c'est lui

C'est pas moi, C'est lui!

 

    

 

 

Si chaque année nous choisissons d'approfondir le thème d'Esaü en essayant de mieux connaitre sa véritable naturepar l'étude des textes et en suivant les pistes que nous ont tracées nos Sages du Midrach, c'est pour souligner l'importance que lui ont accordé Les Maîtres d'Israël. Les midrachim désignent en effet, Esaü comme le principal responsable de la décadence religieuse d'Israël. C'est lui, parce que nous vivons dans la galout d'Esaü qui est la source des déviations du peuple élu. La délivrance sera marquée par sa déchéance et l'abolissement de sa philosophie. Nous allons voir que nos Sages ont fait preuve à son sujet de la clairvoyance qui est leur est si singulière dans tous les domaines. Ils nous préviennent de ne pas nous laisser berner par leurs beaux discours et même par leurs gestes aux semblants de largesses. Beaucoup de graves accusations, passons aux …preuves. 

Les bénédictions du Justes ne refont certes  pas l'homme mais elles l'aident à poursuivre son chemin en mieux se guidant. Celles du Patriarche Isaak semblaient bien plus déterminantes. Rivka a risqué bien des choses en contrant le souhait de son mari,  quand elle convainquit Yaakov de doubler son frère. Les Sages du Midrach la font parler et dire ses arguments.  ''Va au menu bétail-tsone- et prends moi deux bons chevreaux et j'en ferai pour ton père un ragoût tel qu'il l'aime'' (Béréchit 27,9). Rabbi Lévi a dit va et rend service au peuple qui est comparée au menu bétail, Israël,  comme il est dit ''Vous êtes mon menu bétail (Ezéchiel 34; 31). ''Deux bons chevreaux'' ils sont bons pour toi car tu vas prendre les bénédictions et ils sont bons pour tes enfants car grâce à eux, il leur sera pardonné leurs fautes le jour de kippour''. (Midrach Rabba béréchit 65; 14).

Nos maitres ont été très concis dans ce Midrach mais ils ont dévoilé de grandes et belles connaissances. La bénédiction qui a été accordée à Yaacov avinou a permis l'existence de Yom Kippour. C'est une affirmation difficile à admettre car la téchouva, le repentir est une ''création'' qui a précédé celle du monde et dont se sont déjà servi Adam et son fils Caïn. Pourquoi Israël n'aurait-il pas pu en jouir ? Le raisonnement suivant va percer un peu de ce secret.

La onzième tribu     

Le Midrach (Id. 63;6)  nous apprend que l'ensemble des tribus aurait du naitre de Rivka. C'est elle qui a refusé ce privilège. Rabbi Its'hak a dit Rivka s'enquérait auprès des autres femmes et leur demandaient: ''Avez-vous souffert de cette manière?''. S'il faut souffrir autant pour enfanter, j'aurais mieux aimé ne jamais tomber enceinte! Rav Houna a dit si c'est ainsi que je souffirais pour avoir les douze tribus, je préfère ne pas les avoir! Ceci est évoqué dans le mot  du verset lama  anokhi (25; 21), pourquoi ceci pour moi (pourquoi tant de souffrances pour moi)?   est en valeur numérique 12. La suite du Midrach est dédiée à l'allusion au douze tribus dans la promesse dd grossesse, que fait D. à Rivka. La onzième place a été réservée à EssavNous voilà donc en présence de deux autres énigmes. La première est le choix et la décision de Rivka de ne pas être la mère des douze tribus, considérant les souffrances qu'elle aurait à endurer. Cette philosophie de la vie nous parait trop légère pour l'attribuer à l'une des plus grandes dames du judaïsme. La deuxième, moins préoccupante certes, est pourquoi Essav est-il onzième? Il semblerait comme nous allons le comprendre qu'il ne s'agit pas d'un hasard.

En effet, le onzième enfant de Jacob n'est autre que Yossef. Or celui-ci est justement porteur la dimension spirituelle nécessaire et suffisante pour contrer Essav.C'est ce qu'affirme Rachi en étayant son affirmation sur le verset (Ovadia 1, 18) ''La maison de Jacob sera un feu et celle de Yossef une flamme et la maison d'Essav sera de paille''. Tout se passe comme si l'un et l'autre avaient les mêmes attributs et que l'un les utilisait pour le mal et l'autre pour le bien. L'un désire instaurer son ordre dans un domaine donné tandis que l'autre espère bien l'en empêcher et il y arrivera. Quel est ce domaine? Régir et organiser  la société.

C'est en effet ce que fit Yossef pour sa génération  et pour  ses frères et ce que devait faire Essav si sa mère ne l'en avait pas empêché. Le Midrach de cette semaine nous le dit à sa façon aussi. Yaakov a préparé un plat de lentilles(25, 29) Puis dans le Midrach sur ce verset, Essav lui demanda: ''Pourquoi ce plat aujourd'hui? Il lui répondit parce qu'Avraham est mort! Il dit alors: ''La justice de D.a frappé aussi cet homme! Il n'y a donc ni récompense ne monde futur!

Essav admirait Avraham et imaginait qu'il allait vivre beaucoup plus longtemps. D. aurait du faire une exception pour cet homme en le laissant sur terre pour au moins quelques centaines d'années. Il rejette donc toute sa croyance et adopte une nouvelle philosophie: ''Il faut jouir de ce monde car demain il n'y a rien à espérer''. Nos Sages, en reliant le rejet des valeurs religieuses chez Essav à la mort du Patriarche Avraham, ont tout dit sur sa nature et sur son avenir. En effet, il n'est pas de coïncidence. Il n'a pas rejeté ses croyances à une autre occasion ou par une autre constatation. Selon lui, si Avraham ne vit plus c'est que son message n'est pas vrai et pourquoi vais-je m'y consacrer? Essav selon son raisonnement ne voit plus l'intérêt d'être un Juste à la manière d'Avraham. Il renie son message de 'hessed, de bonté de charité et de société régie pour la grandeur de l'homme. En effet, Avraham, nous l'avons démontré il y a deux semaines, est l'homme qui se soucie de sa société et qui veut le bien être de chaque homme car il a été créé à l'image de D. et mérite de vivre décemment afin de ne pas être avili. C'est en une seule phrase tout son message. Il a rêvé de fournir à l'humanité un ordre social et religieux et D. lui a accordé le statut de père des nations.  Ni du capitalisme ni du communisme ni du marxisme, de l'hommisme. Une société où chaque homme peut s'épanouir sans être avili par le manque financier ou la déchéance morale. 

C'est ce que nous ont enseigné nos Sages en nous décrivant la journée d'Essav quand il apprend la mort de son grand père. Il viole une jeune fiancée, il tue et pille(Id. 63, 12). Les Maîtres du midrach ont voulu nous induire vers cette notion de rejet parfait et total du message d'AvrahamEssav a réfuté le 'hesd, la chariteé et la bonté à tous les niveaux. Il pille, indique qu'il refuse la bonté avec les biens d'autrui. Il tue signifie qu'il refuse la charité à l'âme de l'homme. Il viole, il souille le corps d'autrui.

Pourquoi Essav est-il appelé 'hazir, cochon, parce que le cochon, quand il s'assoit il montre ses pattes et ayant les sabots fendus, il semble dire ''Regardez, je suis pur!'', ainsi Essav Ce royauté mécréante vole et pille mais elle se présente comme une justicière qui met l'ordre et la justice'' (Midrach Rabba 65,1). Magnifique puissance d'analyse que celle de nos Sages qui ne se laissent pas berner par les apparences. Essav a une constitution au travers de laquelle il insiste pour faire face de justicier. Mais il n'est qu'un voleur car tout le regroupement des hommes en société n'a qu'un seul but: s'engraisser en volant les faibles et les sans défense. En nous décrivant son rejet des valeurs d'Avraham nos Sages ont déterminé le point qu'il a renié: le 'hessed, la charité. Essav qui était destiné à être le onzième, Yossef, l'organisateur de la société nie l'héritage d'Avraham. Désormais le chaos et l'inégalité, les faveurs et les injustices sociales sont nés. Car cette puissance qu'est Essav, puisqu'il était destiné à être le meneur de la société, va établir un code social selon son goût, et attention quel goût!

Alors pourquoi n'agit-il pas librement et clairement? Pourquoi faut-il qu'il organise toute une parodie de justice? Pour d'abord des raisons évidentes. On ne peut voler impunément indéfiniment. Les printemps, arabes ou non, viennent tôt ou tard! Il faut donc museler les êtres humain avec des lois qui n'en finissent pas de donner une sensation de liberté et de justice, car enrobés de discours humanistes, mais dont la finalité est l'enfermement dans un régime totalitaire et inégal. 

Mais il ya beaucoup plus dans cette conduite d'hypocrite. Essav a été programmé pour régir la société. Il sait au fond de lui ce qui est bon et vrai. Il ne peut vivre comme un brigand en affichant avec effronterie ses méfaits. Il lui manquerait l'équilibre dont chaque être humain a besoin. Si le fonds n'y est pas au moins la forme, question d'équilibre psychique. Car l'homme a besoin de sentir qu'il est bon et qu'il accomplit sa tâche. Alors quand certains de ses actes lui font perdre sa ressemblance avec D., il se fait une personnalité de son apparence comme si c'était son fonds et sa nature. Tel est Essav, un être puissant digne de diriger la société mais un voleur et un menteur.

Essav est un dirigeant et il en est fier. ''Deux nations dans ton ventre'' s'entend dire Rivka par le Prophète et dans le Midrach (Rabba 63, 7) deux fiers (goyim/nation devient guéhim/fiers) l'un de son monde et l'autre de sa royauté. Essav est fier de devoir et pouvoir régir la société. Cette  dimension et cette stature est inscrite dans son âme.

Le mensonge est lui aussi inscrit dans sa nature. Le Midrach (rabba 63, 6) bien connu de tous, selon lequel Rivka ne comprenait pas pourquoi son enfant cherchait à sortir indifféremment quand elle passait devant une maison d'étude de Torah ou un temple d'idolâtrie. On lui expliqua qu'elle portait deux enfants. Essav avait une tendance dans sa chair à l'idolâtrie. Dans sa chair puisque l'âme n'y était pas encore jusqu'à la naissance. Il aimait l'idolâtrie synonyme de  mensonge (Rabba 65, 15). Il vole et pille mais se camoufle derrière le mensonge de la parure du justicier.

Exclusion

Mais Rivka ne veut pas de lui en tant que chévet, que tribu. Car dans ce schéma, Essav serait actif à l'intérieur du ''groupe'' élu. Il faudrait bâtir et agir avec lui, jusqu'à ce qu'il s'amende. Lui laisser son statut de tribu revenait à décréter que Yaakov devrait conjuguer avec lui et être dépendant de sa royauté comme nous le somme de celle de Yossef, aujourd'hui. Rivka ne voulait pas de cette formule car elle était source de douleur. Le peuple élu ne doit pas, à son avis,  se forger à partir du défaut et du manque. La source devra être pure. C'est à cette souffrance qu'elle fait allusion quand elle refuse de porter les douze tribus. Elle le sait maintenant. Elle ne pourra fournir au monde douze êtres parfaits comme Yaakov l'a fait après elle. Alors que faire? Elle décide d'exclure Essav et de se déchoir à elle même. Elle se résout à l'idée de ne pas être la mère des tribus. Il faut lire dans ce Midrach, non pas une crainte et un refus de souffrir mais une résignation et un renoncement à ses droits et à des lettres de noblesses!  

C'est dans cet esprit qu'il faut comprendre ce qu'établit le Talmud (Kidouchine 17, a), Essav est un Israël apostat.Il avait tout pour agir et régir mais il n'a pas voulu le faire.

Kippour 

Nous nous sommes questionnés sur l'affirmation du midrach ''Deux bons chevreaux'' ils sont bons pour toi car tu vas prendre les bénédictions et ils sont bons pour tes enfants car grâce à eux, il leur sera pardonné leurs fautes le jour de kippour''. La téchouva, le repentir existait pourtant avant les bénédictions d'Isaak.

Il faut comprendre et admettre cette grande vérité, énoncée par Rabbi Tsaddok de Lublin et clairement visible dans le midrach cité plus loin. Israël ne fauterait pas si une force aussi puissante ne l'entrainait pas. c'est le sens des deux boucs que nous offrons le jour de Kippour. Ils devaient être égaux en tous points. L'un était offert en sacrifice et l'autre était le bouc émissaire porteur de toutes les fautes d'Israël. Pourquoi étaient-ils égaux. Pour bien signifier que nous n'aurions fauté si la force contraire n'était égale à celle du bien. Des force …jumelles. Yaacov et …Essav. C'est Essav qui est responsable de toutes nos fautes. Et afin de convaincre les plus sceptiques, lisons le Midrach (Id. 65, 15) suivant: Le bouc (émissaire de kippour), hasayir, c'est Essav qui est appelé sayir, poilu, portera les fautes, avonotam, les fautes de Yaakov avonote tam, les fautes du tam et Yaakov est appelé tam, parfait. Essav est donc porté responsable de toutes les fautes d'Israël car il les appâte par les mille tentations de sa société si ''bien'' régie.

Rivka sait que D. pardonnera à Yaakov si Essav agit de l'extérieur par des tentations. Mais s'il reste avec son statut de tribu, à l'intérieur, Yaacov et lui seront réunis dans un même et seul jugement le jour de Kippour , un seul bouc dont la moitié devra subir les méfaits de l'autre. Elle l'exclu et donne l'opportunité à Israël d'une expiation. C'est pas moi, c'est lui. 

  

 

 

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