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Vayéchev: Copier coller? Sur qui?

Vayéchev Ya’akov, Jacob veut s’installer en terre de Canaan après des années de pérégrination. Il ne fait que reprendre le parcours  de son grand père. Car il semble n’y avoir qu’un moule unique pour le juif, une destinée incontournable. Celle gravée, par les Patriarches, dans nos gènes spirituels.  Avraham est, en effet, passé lui aussi du lekh lékha, vas-t-en, de la condition d’itinérant à celle de sédentaire, véAvraham yochev péta’h aohel, Avraham est installé à la porte de sa tente. Il s’installe enfin après des années où D. l’a astreint au voyage de pèlerin, propagateur de la Divinité unique.  Et à ce moment précis, son message va enfin se cristalliser en recevant une vitalité pour toutes les générations futures : Les Anges lui annoncent la naissance d’un fils. Une continuité pour une œuvre comme si D venait de la consacrer aujourd’hui (nous allons mieux le comprendre par la suite).

Jacob est donc, lui aussi, sorti pour un long voyage et des périples dont il sorti vainqueur et enrichi. Il était seul et maintenant, il a trois femmes, une fille et douze garçons, sans parler d’une belle fortune amassée à la sueur de son front.

Tout se passe comme si l’homme juif devait suivre un parcours obligatoire dans lequel deux séquences vont immanquablement se suivre, dans une succession de cause à effet. D’abord marcher, aller dans des sentiers inconnus, glaner des choses indispensables à sa construction puis s’assoir pour en jouir en communion avec… sa terre. Quelles sont ces choses et que signifie communier avec sa terre ?

Le Midrach Rabba (Vayéchev 84 ; 1) nous livre ce secret : ‘’Nos Sages ont enseigné : ‘’kinousso vékinouss banav,  Son rassemblement et celui de ses enfants est ce qui l’a sauvé d’Esaü comme il est dit (Isaïe 57; 13) ‘’à ton heure de détresse tes rassemblements te sauveront, ‘’et tous seront pris par le vent (Id.), ce sont Esaü et ses princes’’.  Cet enseignement est cité au sujet de l’aspiration de Jacob à s’installer en terre de ses pères. Il le mérite parce qu’il a effectué deux tâches : il s’est ‘’rassemblé’’ et en a fait de même pour ses enfants. Les princes d’Esaü sont peut-être puissants mais ils sont chassés de la terre sainte par un simple petit vent, même pas une tempête ! Ce mécréant s’est sauvé de la terre de Canaan sans que personne ne le chasse, comme il est dit, ’’ il est allé en terre de Seïr’’ (Midrach ; id.). Pourquoi ? Parce qu’ils ne sont pas rassemblés, ils sont restés dispersés.

Il ne semble pas que l’on parle ici d’union comme condition pour faire la force. En effet, le Midrach évoque un rassemblement avec soi-même, ‘’son rassemblement et celui de ses enfants’’. Il n’y d’union qu’entre, au moins, deux choses. Ce passage décrit plutôt la nature du Juste et celle du mécréant et leurs implications sur le mérite de s‘assoir, véyéchev, en terre d’Israël. Jacob est ‘’rassemblé’’, donc il va s’installer, ‘’vayéchev’’, en Israël. Esaü est dispersé, il va donc s’en aller de la terre de Canaan, ‘’vayélekh’’. Une manière de dire qu’il n’a rien à y faire, a y chercher.  

Car le Kinouss, rassemblement, est la réunion de tous les éléments, de toutes les forces, l’inverse de la dispersion. Chaque juif a son propre destin et celui de tous les juifs sont entremêlés. Et, parce que nous voulons le vivre et que nous ne cherchons pas à y échapper, toutes les étapes vont y participer. Chacune va nous fournir de nouvelles forces pour poursuivre le but connu.

La vie n’est pas constituée d’événements épars. L’homme aussi n’est pas fait de forces contradictoires. C’est plutôt lui, qui les utilise de cette façon. Esaü, celui dont nous subissons la domination aujourd’hui, est le symbole de l’éparpillement. Il ne laisse pas l’homme faire l’inventaire de toutes ses capacités et de les utiliser pour se réaliser. Il vit au gré de ses désirs et le temps passe sans que rien n’ait été fait et construit. Certes, on érige quelquefois des empires financiers mais beaucoup plus ? Où est l’homme, l’individu ? Il est au service du global et non de lui-même. Il s’ignore et ne sait pas pourquoi et en quoi il est différent de l’autre. La femme est l’égal de l’homme et maintenant dans un autre registre l’homme est devenu celui de la femme.  L’animal a autant de droit que l’être humain. Pourquoi pas, puisque lui aussi respire, dort aime et mange? Il n’y a plus de singularité donc plus de possibilité de fournir de vraie définition. Ce n’est évidemment pas le discours ambiant, mais c’est ce qui se pratique.

‘’Son rassemblement et celui de ses enfants’’ signifie que l’homme est lui-même car il a regroupé toutes ses énergies, ses vertus et il les connait. Il va savoir les utiliser à servir son destin au singulier. C’est le sens du rassemblement vers un point connu et défini. Il a aussi donné cette opportunité à ses enfants. Et tous ensembles, ils forment une véritable société soudée et forte enracinée …dans sa terre.

Car Israël n’est pas une terre comme les autres. L’homme qui y vient est tel un arbre qui prend racine. Sa singularité peut s’y affirmer si seulement il le désire. Habiter en terre d’Israël est la finalisation de ce travail de regroupement de cette recherche obstinée de singularité pour servir à un but, un destin, le point central de chacun. Esaü s’en va d’Israël sans que personne ne l’en chasse car il n’a rien à y faire puisqu’il ne se recherche pas. Ce n’est pas une terre d’accueil pour de tels gens.     

Jacob a mérité ‘’vayéchev’’, de s’installer, parce que son exil lui a servi d’apprentissage. Il ne l’a pas vécu comme un châtiment, et son arrivée en terre de Canaan n’a pas été pour lui l’occasion d’aspirer simplement à la sédentarité, aujourd’hui appelons cela, l’autonomie, la retraite. Il a, durant toutes les années où il était éloigné, puisé toutes les données de son intériorité et il les a fait convergé vers un but ultime : le kinouss, l’inverse de la dispersion. La terre va donc lui servir d’emplacement pour rayonner. Ki haadam ets hasadeh, car ‘’l’homme est tel un arbre du champ’’ dit le verset, et à juste titre. Il lui faut sa terre de laquelle il va produire ses fruits grâce à sa singularité qu’il désire et recherche.                 

Avraham aussi ne s’installe qu’au lendemain de sa brit mila, de sa circoncision désignée par bérit, alliance, véAvraham yochev péta’h aohel, Avraham est installé à la porte de sa tente. La circoncision est une alliance avec D. car elle est la marque de la pureté et de la moralité. Un homme immoral perd son temps à rechercher ce qui est éphémère. Il vit au gré du vent,  ‘’et tous seront pris par le vent’’, ce sont Esaü et ses princes’’. Il ne fait pas converger sa vie vers un but suprême, il s’éparpille. Abraham mérite de s’installer en terre d’Israël quand il atteint cette dimension d’homme détaché des contingences, capable de se concentrer sur son destin sans en dévier.  

La vie du juif est un copier/coller de celle de ses patriarches. Son existence est partagée en deux séquences, qui peuvent parfois se vivre en simultanée, durant lesquelles il rassemble ses forces et les gère pour s’installer dans son intériorité.

 

Mise en garde : Evitons de faire du copier/coller avec Esaü !  

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