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Vayéchev: Comme la Torah est belle!

 

 

 

 

Jacob finit, après les nombreuses péripéties que nous connaissons, par habiter la terre de ses pères. Il a vaincu la perfidie de l’homme Lavane, la douleur d’un père dont la fille Dina a subit un tel traitement, la perte de sa bien-aimée puis la ténacité et la puissance de l’Ange. Notre Patriarche aspire dès lors, à une vie plus sédentaire, dans le calme spirituel qu’offre la terre d’Israël. ‘’Bikech Yaakov lachevet béchalva’’, Jacob a souhaité s’installer. Il faut comprendre, il a désiré le repos du guerrier.

 

‘‘Vayechev’’, il s’installa, nous dit le verset, dans la terre où habita son père. Il est donc arrivé à destination. Car, même si nos Sages nous apprennent que son désir n’a pas été exaucé entièrement, cette nouvelle étape de sa vie mérite néanmoins l’appellation de ‘’vayéchev’’, il s’installa. En effet, la Torah, très précise dans sa terminologie, n’aurait pas qualifié ce séjour  de cette manière  s’il n’avait pas le caractère sédentaire d’une installation. Il est donc arrivé d’une certaine manière à destination.

 

Le Midrach le félicite pour avoir su obtenir son droit de résidence en terre d’Israël. Cet extrait est d’une importance cardinale pour nous qui sommes si près de ce but, mais en même temps qui sentons que la tâche reste encore inachevée. En effet, Ésaü nous la conteste encore, en invoquant le besoin d’Ismaël, comme si des continents entiers ne pouvaient le contenter. (Au passage ne manquons pas de noter ce magnifique compliment pour notre terre qui attise la convoitise des plus ‘’gâtés’’ par le sort). Comment Jacob a-t-il réalisé cette prouesse ?  

 

’Kinousso vékinouss banav’’, son rassemblement et celui de ses enfants, est ce qui l’a mené à son but (Rabba, vayéchev). Le terme ‘rassemblement’ fait allusion à la prière, comme le traduisent les commentateurs du Midrach et ainsi qu’en témoignent les versets à l’appui, qui y sont rapportés. Ce Midrach, d’une actualité étonnante, affirme que l’obstacle à cette installation n’était pas Ismaël mais plutôt  Ésaü. Ce ne sont pas les menaces bruyantes d’Ismaël reniant à Isaac le droit d’aînesse afin de s’emparer de son héritage ou lui lançant ses flèches en feignant de s’amuser innocemment dans les champs (voire midrashim sur Ismaël), qui font peur au Patriarche. Ismaël n’est qu’un détail de l’histoire (sic). Ésaü reste le danger le plus redoutable.

 

Mais D. lui a promit de l’aider, nous en avons traité dans notre dernier dvar Torah (cours de pensée vayichla’h). Al tirah avdi Yaakov’’, ne craint rien Mon serviteur Jacob. Cette promesse est le témoignage des craintes du plus téméraires des hommes. Il a peur de son frère car il sait que l’exil, sous sa domination, va être le  plus ‘’sanglant’’, spirituellement parlant. Le Saint, béni soit-Il, le réconforte en lui promettant d’intervenir. ‘’Je le destituerais’’ lui dit son Créateur. Cet engagement est l’attestation de notre impuissance face à la force assimilatrice d’Ésaü. Il n’y a que notre D. pour nous en préserver, comment ? Par la prière, ‘’Kinousso vékinouss banav’’ son rassemblement et celui de ses enfants est sa force contre l’oppresseur. Il faut prier afin de barrer les attentes d’Ésaü concernant la terre d’Israël.

     

 

Rapprocher chaque juif afin de mériter la terre

 

Kinousso vékinouss banav’’, son rassemblement et celui de ses enfants exprime aussi une autre idée, celle du souci de chacun. En effet, le midrach par cette répétition où l’on insiste sur son rassemblement et sur celui de ses enfants ainsi que le choix du terme ‘’rassemblement’’ laisse deviner qu’il est une condition indispensable pour finaliser ce projet. Il faut rappeler chaque juif à son rôle et c’est par ce mérite que l’on revendiquera notre terre. Il ne s’agit pas d’ignorer ceux qui se sont éloigné où ceux qu’Ésaü a attiré par ses paillettes.  L’accomplissement de cette mitsva, dans le sens de mérite, jointe à celle de la prière, aboutira à l’obtention de la terre. Il faut la prière du Patriarche et celle de tous ses enfants. Pour cela, il faut s’être soucié de les avoir rassembler tous, pour une prière commune afin de contrer Ésaü, en d’autres termes, unis dans le souhait d’être un juif authentique .

 

Une autre évocation à cette grande vérité s’est infiltrée dans ce même verset. En effet, Jacob ne s’installe pas seulement en erets Israël, il s’installe dans la terre où a habité son père, Isaac, erets mégouré aviv. Le Midrach traduit de manière étonnante et très différemment le terme mégouré. D’habitation, dans sa traduction littérale, il le transforme en ‘’méguiyouré’’, lui attachant ainsi une idée de prosélytisme. Isaac convertissait ses contemporains à la foi unique.

La Torah  n’a pas introduit au hasard des versets cette notion tellement importante qu’est le souci d’autrui. En effet, Avraham en a fait sa principale occupation et le midrach ne pouvait admettre que son fils n’en ait fait autant ou plus. Il fallait trouver une évocation à cette partie intégrante de son œuvre et de sa spiritualité. On ne construit pas un grand homme sans s’y être consacré. L’allusion est détectée par nos Sages qui savent lire les secrets de la Torah, mais elle est inscrite en filigrane dans le mot ’’habiter’’. Comme pour dire qu’il n’est de sédentarité pour le juif s’il ne soucie de ses frères. La terre d’Israël est donnée à un peuple uni dans projet spirituel et actif dans ce sens.

 

Le troisième temple et le ‘’zikouy harabim’’, rapprocher chaque juif

 

Cette belle vérité est énoncée dans un autre épisode, très célèbre, de la vie d’Isaac. Il essaye en vain de s’installer en terre d’Israël (ou plus exactement pour l’époque, Canaan). En effet, comme condition préalable à tout projet d‘habitation, il lui faut une source fiable d’eau. Il creuse à deux reprise des puits, mais il se les fait consécutivement dérober par les philistins. C’est la troisième tentative qui portera ses fruits. Il prend  enfin possession de points d’eau que personne ne les lui conteste.

 

Le Ramban analyse ces péripéties à travers la perspective de la règle du ‘’maassé avot siman labanim’’ ce qui est arrivé à nos Patriarches est, pour les enfants, un signe annonciateur des évènements à venir. Deux Temples vont être érigées puis contestés et détruits. C’est seulement avec le troisième que la paix s’instaurera, avec la reconnaissance de la descendance élue et son droit sur la terre.

 

Ce qui va nous intéresser dans le cadre de notre étude est la remarque du Sforno. Elle complète le commentaire du Ramban en le rendant tellement d’actualité. Il dit en effet, que la réussite du Patriarche a dépendu d’une certaine activité qu’il apprend du verset ’’vaykra béchem hachem‘’, il a divulgué le nom de D. Isaac a imité son père en s’intéressant au sort spirituel de ses contemporains. Il a entreprit de les influencer vers la vérité. Il en a lui-même bénéficié puisque les puits creusés avec tant d’effort n’ont plus été volés. En d’autres termes sa présence en terre promise est conditionnée par son souci pour ses frères. Le Juste n’aura une véritable assise, même dans un territoire qui lui est interdit de quitter, qu’en remplissant cette tâche sacrée.

 

Mais poursuivons la réflexion. Rien ne nous empêche de réunir les deux commentaires, celui du Ramban et celui du Sforno. Pour le Ramban, les puits font allusion aux trois Temples et le Sforno explique d’autre part que sa réussite a dépendu du zikouy harabim, de ses actions de prosélytisme. Tout se passe donc comme si le verset voulait nous communiquer une donnée de première importance. Comment les enfants arriveront-ils à attiser la guéoula, la délivrance? Comment le troisième Temple sera-t-il  reconstruit? En rappelant chaque juif à la charge. En dirigeant les ignorants parmi nos frères, vers le chemin de vérité.

 

Esaü en la personne des dirigeants de la descendance d’Edom semble maîtriser la situation. Il est une force assimilatrice qui constitue le principale des dangers actuels pour notre peuple. D’autre part, il accuse Israël de vouloir voler une terre qu’Ismaël revendique. Telle une femme qui sait reconnaître son bien aimé, Israël ne s’est jamais offerte à quiconque. Ses champs sont restés arides jusqu’à la venue de son bien-aimé. Elle a alors offert tous se charmes. Mais sa conquête est  loin d’être achevée.

 

Les Midrachim précédents nous ont permis de discerner la manière de ‘’séduire’’ erets Israël et de contourner Esaü: par l’association de la prière au zikouy harabim, au souci de rapprocher chaque juif. C’est D. qui a décidé que cette démarche est la seule qui puisse nous aider à cette fin. Il ne nous est pas donné de comprendre pleinement pourquoi les chose doivent avancer uniquement de cette manière. En effet, pourquoi ne pas nous avoir imposé en ces temps messianiques de se parfaire dans une autre mitsva, un autre précepte? Mais certains Midrachim vont néanmoins éclairer notre chemin dans cette recherche. Nous allons mieux saisir pourquoi il nous incombe  de nous préoccuper de chacun de nos frères en cette fin des temps.

 

Esaü fait le beau. Il faut le contrer par ses armes

 

Jacob bénit Efraïm et Ménaché, les deux fils de Joseph. Il accorde la meilleure bénédiction au cadet. Joseph considère que son père se trompe et il veut l’inciter à changer d’avis. C’est en principe le premier né qui prime dans ce domaine. Le Patriarche reste fermement sur sa décision et il la justifie. Il est vrai que l’aîné a ses mérites mais le cadet va compter Josué dans sa descendance. Or celui-ci va arrêter le soleil à Guivon produisant une effet de ‘’publicité’’ incomparable pour D. Josué lui-même en jouira puisqu’il deviendra célèbre, au point de frapper une pièce internationale à son effigie. Que veut dire ce Midrach et en quoi cela justifie-t-il la conduite de préférence apparemment inadmissible de Jacob?

 

Il faut savoir que Joseph est la flamme spirituelle pouvant elle seule éliminer Ésaü. En réalisant cette vérité à  la naissance de ce fils, Jacob se sent prêt à quitter la maison de Lavane et affronter son frère ennemi. Joseph le protégera de son influence néfaste et de ses dangereuses menaces.

 

Or Esaü, nous l’avons dit dans les dernières études sur sa personnalité n’est qu’apparence. Il n’a pas réellement d’intériorité. Il n’est que ‘’renaissance‘’, à savoir un retour à l’hellénisme dans sa forme la plus dépouillée. Il n’a repris que sa carapace. Nous sommes loin  de la  sagesse profonde et constructive de Yavan, grecque. Celle à propos de la quelle il est dit ein nistar ma’hamato, personne n’est à l’abris de Son soleil. On parle de la sagesse de Yavan, grecque, et pourtant elle est qualifiée de soleil ardent de D. Ésaü n’en a pris que le prestige et non ce qui la rend construction de l’homme, quoiqu‘incomplète.

 

Même sa spiritualité est un semblant de volonté de rapports avec La Divinité, quand l’espoir n’est que le bénéfice qu’il reçoit contre ses bonnes actions (se référer à nos textes précédents). Ésaü fait donc le beau et c’est de cette manière qu’il assimile nos frères et autres.

 

Yossef est beau et sa mère Rachel l’est aussi. Ce n’est pas un hasard. C’est un atout qui leur a été donné car il fait partie de leur armure contre celui qui lutte par sa beauté. La différence notoire est que la leur est profonde et témoigne d’une essence attirante car parfaite. Ils éliminent l’ennemi sur son terrain et par sa stratégie. Josué a été rendu mondialement célèbre. Nos Sages ne l’ont pas félicité de yatsa lo monitine baolam, sa notoriété internationale car elle est un bien en elle-même. Il a tout simplement suivi le sillon de ses ancêtres Rachel et Joseph qui sont beaux de l’extérieur aussi. Il a eut besoin de cette arme pour accomplir la mission de la descendance de Joseph.

 

Le dernier exil, celui d’Ésaü. Chaque juif doit être beau

 

Nous vivons le dernier exil, celui d’Esaü. Toute la société n’est qu’artifice et publicité. La réalité est bien différente des affiches et des panneaux tellement prometteurs. Nous aspirons à la délivrance mais il faut passer avec succès les étapes si difficiles de ce long parcours. Les midrachim nous ont dévoilé la nature des derniers efforts. Le peuple réuni doit prier à savoir désirer ce moment final ’Kinousso vékinouss banav’’, son rassemblement et celui de ses enfants, . Il faut pour cela attirer nos frères vers ce désir. Cette idée de zikouy harabim  implique une notion de vouloir plaire à autrui pour en devenir le maître ou le guide spirituel. Chacun doit s’efforcer de convaincre le juif qu’il côtoie avec la méthode d’Esaü: en faisant le beau. Ce’st combattre l’ennemi par ses armes. Voici, un très petit peu de compréhension de la marche des choses.

 

 

Mais cette idée en impose une autre. Il faut constituer un pôle d’attrait. Notre conduite doit être remarquable même selon les critères d’Ésaü. La Torah doit tenir le discours qu’il est nécessaire d’entendre aujourd’hui. Sans, à D. ne plaise, changer une virgule à notre tradition, les soixante dix  facettes de la Torah permettent d’adapter un discours pour chaque génération.    

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