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Vayigach: Mieux comprendre notre destinée

 

 

 

 

 

 

La mort est occasionnée par la reconnaissance de la gravité de la faute

 

Le Talmud nous enseigne que l'Ange de la mort est entièrement parsemé d'yeux. L'œil, dans les textes, est souvent synonyme de compréhension. Ainsi, les yeux de l'assemblée évoquent les anciens de la communauté, ceux que l'on consulte pour la guider en période de doute. Tout se passe comme si la mort n'était ''que'' l'effet d'une prise de conscience, celle de s'être mortellement (sic) trompé durant toute ou une partie de son existence. Le choc de ces révélations est insupportable car on ne peut plus réfuter la vérité ou la refouler derrière le voile du subconscient. Ce phénomène est vrai pour tous les hommes et à tous les niveaux. Chacun commet une erreur dont la reconnaissance provoque ce mortel ébranlement. De rares personnes ne fautent pas, ainsi que  certains Justes, et meurent de la néchika, du baiser de D. Le Saint béni soit-Il, s'occupe de les accueillir tant ils sont unis à Lui.

 

Mais le Midrach nous enseigne que cette prise de conscience est encore plus douloureuse. En effet, l'erreur est humaine dit l'adage et D. le sait. Il n'est donc pas question de réprimander l'homme parce qu'il a agi en tant que tel! On ne lui reproche pas vraiment de n'avoir pas été quérir la Torah à Jérusalem. Ces terribles yeux lui montrent plutôt comment il a refusé volontairement ces vérités venues jusqu'à chez lui, et ce à cause de ses inclinations. Ce sont ses appétits qui l'ont empêché de suivre le bon chemin et non des lacunes de compréhension qu'il aurait du combler. L'Ange de la mort explique en un instant comment toutes les philosophies ne sont que des montages visant à permettre au corps d'assouvir ses penchants. Une sorte de bouclier barrant les messages constant qu'il devrait percevoir. D. donne, en effet, dans chaque situation de la vie, tous les éléments nécessaires à une réflexion juste mais on les ignore de plein gré. Lisons ce passage du Midrach.

 

Joseph veut imposer sa domination

 

Vayigach  élav Yéhouda, Juda s'est avancé vers lui pour démonter toute la mise en scène de Joseph. Il y avait, à ses yeux, trop d'incohérences dans la conduite du despotique vice roi. Tel un puits profond rempli d'eau froide et limpide mais que personne ne pouvait atteindre. Un homme est venu et il a attaché une ficelle à une autre, une corde à une autre, un lacet à un autre et il a pu puiser et en boire. Tout le monde en a fait de même. Ainsi Juda n'a pas cessé d'argumenter avec Joseph jusqu'à qu'il arrive à sonder son cœur.

 

Ce passage est très intéressant car il nous donne une toute autre interprétation de la conduite de Joseph. Il ne s'est, en effet, pas dévoilé dans un accès de sentiments envers ses frères comme une lecture littérale le laisserait penser. Il a été contraint de le faire grâce à l'habilité de l'argumentation de Juda. Celui-ci lui prouva qu'il n'y avait aucune logique dans son acharnement envers eux. La réaction ne pouvait être autre que ani Yossef, je suis Joseph. Cette proclamation s'imposait après tous ces bouts de ''ficelles'' dévoilant la mascarade et menant au dénouement incontournable du frère retrouvé.

 

Mais une question doit nous interpeller: Si Joseph ne pouvait s'esquiver en fabriquant un nouveau réquisitoire, pourquoi en est-il autrement pour Juda? Pourquoi lui aussi n'a-t-il pas deviné que Joseph se tenait face à lui? Il possédait pourtant tous les éléments du puzzle: un inconnu à la conduite incompréhensible s'intéressait étrangement à eux. Il n'avait aucune justification à son acharnement et c'est justement Juda qui le lui démontrait. Il était beau comme un …Joseph. Roi, comme celui-ci les avait prévenus, par ses rêves, qu'il allait devenir. N'importe quel homme sensé aurait conclu que c'était bel et bien le frère vendu si cruellement!

 

Ce Midrach nous apprend que quelquefois la reconnaissance de la faute est si grande qu'elle devient impossible à moins d'en mourir. C'est d'ailleurs ce qui se passa. En entendant le dramatique ''ani Yossef'', je suis Joseph, les tribus ont rendu leur âme selon le Midrach Tan'houma. Il a fallu les ressusciter. Juda possédait véritablement tous les indices qui auraient mené n'importe quel autre homme à la vraie conclusion, mais pas celui qui a si gravement fauté. Ils ont vu l'Ange de la mort car lui seul atteint ces secrets enfouis volontairement dans le subconscient.

 

Mais ce qui nous intéressera davantage dans le cadre de notre développement est la démarche de Joseph. Il ne semble pas vouloir leur dévoiler son identité jusqu'au moment où il en a été contraint par le discours déroutant de Juda. Il fallait mener les frères jusqu'à une parfaite incompréhension de lui-même et de ses actions envers eux et ensuite leur faire savoir la vérité, pourquoi?

 

Car justement Joseph désirait arriver placer ses frères dans cette situation. Il fallait qu'ils aient toutes les indications et qu'ils ne soient pas capables de dénouer eux-mêmes cet imbroglio. Uniquement de cette manière, ils comprendraient que leur dispute de jeunesse n'a pas été intellectuelle. Ils ne voulaient simplement pas comprendre et la preuve en est leur impossibilité de le reconnaître aujourd'hui. C'est une mission impossible car elle les remet en cause dans toute leur stature. Ils se sont égarés en refusant sa domination parce qu'ils ne voulaient pas évoluer. Ils ont préférer se complaire dans leur dimension encore imparfaite. S'ils s'étaient laissé abuser par une fausse philosophie, ils n'auraient pas éprouvé un si grand avilissement et il n'aurait pas été impossible de revenir sur leur décision. Joseph fait honte à ses frères car il leur démontre que leur corps a légiférer et non leur esprit. Une telle reconnaissance est impossible par soi-même car elle entraine la mort. C'est l'Ange de la mort qui a du faire cette besogne pour eux.      

 

La royauté de Joseph

 

La démarche de Joseph, nous le comprenons maintenant un peu mieux, a été d'obtenir ce qu'il n'a pu il y a une vingtaine d'années plus tôt. Il voulait, par tous ces stratagèmes, les astreindre à accepter sa domination. Ils ont acquiescé  car ils ont fini par comprendre que leur refus a été provoqué par leurs inclinations.

 

Mais quelle est donc cette royauté de Joseph face à celle déjà détenue par Juda et qu'il ne revendique apparemment pas? Pourquoi, d'autre part les frères la contestent-elle, en d'autres termes quelles sont ces inclinations?

 

Le Midrah résume en quelques mots toute cette histoire et en fait celle de toute l'humanité. Vénigach 'horech, le laboureur s'approchera, il s'agit de Juda qui s'est approché de Joseph (vayigach élav Yéhouda). Békotser, du moissonneur il s'agit de Joseph. Bémochekh hazéra, qui tire la semence, c'est Joseph qui attire la descendance de son père et la descend en Egypte. Juda laboure et Joseph moissonne. Voilà, en résumé, le partage des rôles. Que signifie labourer et moissonner dans ce contexte? Que veut dire attirer la descendance de Jacob en exil?

 

Joseph a prévu en rêve, son futur pouvoir et sa domination sur les siens. Il fit deux songes significatifs. Dans l'un, il est représenté comme une gerbe de blé et celles qui évoquent ses frères se prosternent à la sienne. Dans le second, ils sont tous des astres, qui eux aussi, se prosternent au sien. Le message est clair, ils seront dépendants de son blé. Celui-ci est de toute évidence le symbole de la subsistance de l'homme et de sa dépendance au matériel en général. Les astres sont au contraire  le symbole de la spiritualité. En effet, quand Israël est méritant il est comparé, dans les textes, aux étoiles du ciel (Midrach). En réunissant les deux rêves, le message devient clair. Joseph leur propose un accès au matériel leur permettant de se hisser jusqu'aux plus hautes sphères. Le danger qu'il peut constituer, pour qui veut évoluer et ressembler à son D., sera évité grâce à l'intervention de Joseph. Il sera le roi du corps pendant que Juda sera celui de l'esprit.

 

Mais il y a une double idée dans ce thème. La première est que le matériel ne gênera plus puis aussi et surtout qu'il fournira une source de bienfaits. La nature ne veut en effet, servir que le Tsaddik, le Juste (voir plus loin). Alay yania'h Tsaddik rocho, le Juste posera sa tête sur moi, fait dire le Midrach aux pierres que Jacob aligne autour de lui avant de s'assoupir. Il posera sa tête signifie, il aura de la satisfaction. Car, qui ne sait pas que posséder n'est pas forcément synonyme de jouir. La création offre ce qu'elle a de mieux à ceux qui le méritent et non à ceux qui semblent la diriger. Il y a ceux qui labourent et ceux qui moissonnent. Ceux qui ne font que brasser et ceux qui jouissent réellement! Joseph leur promet cette jouissance et cette plénitude à une condition: suivez mon exemple en devenant mes sujets. Ils ne feront pas que labourer, ils en profiteront aussi car ils récolteront.

 

Mais Joseph les prévient du prix à payer. Il faudra une période d'apprentissage qui durera le temps de l'exil. C'est le sens du Midrach précédent, qui tire la semence, c'est Joseph qui attire la descendance de son père et la descend en Egypte. Il faut imputer l'exil à Joseph parce qu'il est le kotser, le moissonneur. Les autres tribus n'étant que des 'horech, des laboureurs, il fallait réunir les deux vertus en les hissant à la dimension de Joseph par l'endurance et les épreuves. Le Midrach au début de la sidra Mikets annonce d'ailleurs la fin des temps par le verset, kets sam la'hochekh, D. a mis un terme à l'obscurité. Ce même verset est commenté à propos de la souffrance de Joseph, comme pour dire qu'exil et Joseph ne font qu'un. Son destin est celui de toute l'humanité puisque nous nous hissons jour après jour, à sa dimension.

 

Les opposants au régime de Joseph

 

Les frères ont mal réagit à l'annonce de cette nouvelle domination. La décision de le vendre n'a pas été prise au hasard. Elle a été dûment mûrie. L'étude de ce verdict est intéressante car elle va nous permettre de deviner leur opinion sur les prétentions de Joseph. Le Midrach commente leur décision de la manière suivante: Canaan a fauté et a été vendu, toi aussi tu as fauté et tu devras être vendu. Quel est le rapport entre le petit fils mécréant de Noé et le fils préféré du Patriarche?

 

Canaan a convaincu son père 'Ham, de châtrer Noé parce qu'il ne voulait pas diviser encore plus son héritage. Adam a eut deux enfants et ils se sont disputé le partage du monde, ton père en a déjà trois, qu'en sera-t-il s'il en rajoute d'autres? Son châtiment a été de le priver de toute propriété. Un esclave n'a en effet, aucune possession personnelle car tout appartient à son maitre. D. a créé le monde afin de le peupler selon les termes du verset, lo tohou béraha, Il ne l'a pas créé pour le laisser dévasté. C'est ainsi que Sa gloire resplendit réellement. Canaan n'avait que faire de la Royauté de D. et de sa manifestation à travers la création. A ses yeux, l'univers n'est qu'une source de plaisir et de domination pour l'homme. Il n'y avait aucune raison de le peupler de serviteurs pour D. Il en a donc été privé totalement.

 

Joseph veut s'approprier les prérogatives en matière de matériel. C'est d'ailleurs ce qui se déroula quand il devint roi, Yossef hou hamachbir, Joseph dispose de tous les biens d'Egypte. Ses frères ne croient pas en ses bonnes intentions. Ils le soupçonnent de convoiter le pouvoir et la richesse à ses propres fins. Ils le jugent comme Canaan! L'attitude de Joseph en Egypte a été de leur démontrer leur erreur et sa source. Ils ne voulaient pas évoluer pour devenir si saints. (Il faut comprendre que nous traitons de très grandes dimensions puisque nous parlons des pères des tribus. Ils étaient donc convaincus que la leur suffisait à D. et ne saisisaient pas pourquoi ils devaient encore plus évoluer.)

 

Qui est Joseph dans la vie de tous les jours?

 

Les frères se sont trompé en confondant Joseph avec son exact opposé, Canaan. Ce dernier a été relégué au rang de dominé et sans possession alors que Joseph a fini roi et dominant toutes les richesses du monde (Midrach). Canaan est donc l'antithèse de ce Juste car il est égoïste et ne veut pas partager. Il est un homme de plaisir alors que Joseph est, dans toute la littérature juive, le symbole de la chasteté et de la privation.

 

Or et c'est un paradoxe, le monde et ses plaisirs appartiennent à ceux qui ne les recherchent pas. Ces gens sont des moissonneurs alors que ceux qui les convoitent ne sont que des laboureurs, pourquoi? Contentons-nous dans le cadre de ce dvar Torah de deux brèves interprétations.

 

Salomon a dit: ''Celui qui rend le mal pour le bien, le malheur ne délogera pas de sa demeure''.  Il ne s'agit pas, malgré les apparences, d'une malédiction mais d'un constat. Quand on rend le mal contre le bien et que l'on manque à son devoir de reconnaissance, il y a là un signe évident d'un grand défaut d'égoïsme. En effet, à force de ressentir que tout lui revient de droit,  l'égoïste n'en reçoit jamais assez. Il n'a donc aucune véritable raison d'être reconnaissant puisqu'il n'a presque pas obtenu ce qu'il escomptait! En rentrant chez lui, un tel homme ne voit que la dévastation. Comment D. a pu, à lui, accorder une si petite maison, une femme aussi peu … et des enfants tellement… etc. il n'en n'a jamais assez et n'est donc jamais satisfait. Il ne voit que le manque autour de lui, le malheur ne délogera pas de sa demeure''. Un homme à l'affut des plaisirs ne jouit pas du monde.

 

Le donateur, au contraire, est celui qui se contente de peu pour lui-même car il préfère offrir. Il est donc toujours satisfait de son lot. Le monde le contente pleinement! Il n'a que le bonheur autour de lui. L'homme atteint cette dimension à force de chasteté et de privations (et non mortification!!). Il ne cherche pas le plaisir et le contentement à longueur de journée. C'est l'exemple et la force de Joseph. Il jouit du monde, il est un moissonneur.

 

Mais il faut comprendre les choses avec davantage de profondeur. L'univers est au service de D. Celui qui se confond à son Créateur en adoptant Sa conduite, peut jouir du monde. Tout se passe comme si, la création refusait de servir un autre que Le Saint, béni soit-Il. Devenir un donateur, un baal 'hessed, nous associe à D. et nous permet l'accès à Son domaine: la création. Un homme de plaisir, un égoïste ne ressemble en rien au Créateur, Source de tous les bienfaits. Le monde ne reconnait pas en lui un maître à l'image du Maitre des maitres et ne se donne pas à lui. A méditer!

 

Les notions que nous avons développées sont très complexes. Nous les avons abordées en comptant sur l'intelligence du lecteur qui saura remettre la dispute de Joseph et ses frères dans la proportion qu'elle mérite: celle d'hommes plusqu'anges qui argumentent.

 

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