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Aimez-vous les uns les autres, vous aimerez D.

 

 

Jacob réunit ses fils et il promet  de leur dévoiler la fin des temps. Brusquement, la prophétie s’interrompt et il ne peut rien leur dire à ce sujet. Il leur demande de clamer leur croyance en un seul D pensant que peut-être c’est la raison de cet arrêt d’inspiration. C’est alors que les tribus toutes ensembles ont proclamé ‘’chéma Israël Hachem est notre D. et Il est un ‘’.  Cette phrase que chaque juif dit deux foix par jour depuis des millénaires. Ce passage est très profond, bien entendu. Nous allonc cependant glaner au travers des midrachim quelques éclaircissements. Pourquoi la Chékhina a-t-elle refusé  que cette prophétie nous soit révélée ?

 

La différence entre l'ère messianique et la nôtre: L’union avec D. Devenir un fils du D. vivant et arrêter de n'être qu'un esclave

 

L'intérêt de l'ère messianique par rapport à notre époque, selon le Rambam, (halakhot mélakhim; 12) réside dans la quiétude qui permettra à chacun de s'adonner pleinement à l'étude de la Torah. Certes, les rôles vont changer. Israël ne sera plus dominé, au contraire, il sera apprécié et il commandera. Il n'y aura plus ni guerre ni famine et l'abondance régnera, mais tout cela n'est pas ce qui nous y fait tant aspirer. Le monde entier ne s'intéressera qu'à connaitre D. et c'est pour cela qu'il y aura de grands Sages qui sauront des choses profondes et cachées. Ils atteindront, comme l'être humain le peut le mieux, la connaissance de leur Créateur comme il est écrit etc. ce sont les termes du grand Maître haRambam.

 

Le prophète a résumé ce fabuleux renversement de situation en un seul verset: ''Et le nombre des enfants d'Israël sera come le sable de la mer qui ne peut être mesuré ni compté. Et au lieu de leur dire ''vous n'êtes pas Mon peuple'', il leur sera dit ''vous êtes les fils du D. Vivant'', (Ochéa;2). 

 

Les juifs, durant le long exil,  n'auront pas été traités comme un peuple élu, c'est le moins que l'on puisse dire. Les nations n'auront pas voulu reconnaître ce statut immuable. Comment le pourraient-ils puisque des religions entières ont été fondées sur cette contestation? A la fin des temps, il ne leur sera plus difficile de nous accepter, mais le Prophète promet davantage de leur part. Ils vont pouvoir discerner le nouvel état auquel nous avons été promus. Nous allons devenir les fils du D. Vivant. On ne parlera en effet, plus de peuple élu car cette dimension, bien que très élevée,  est celle de la galout, de l'exil. Le juif va devenir le fils de D.

 

L'état de fils est défini comme une relation franche. Il s'inspire de l'éducateur pour apprendre ce qu'il va lui être nécessaire dans la vie. Le plus souvent –ou plus exactement presque toujours- il va s'agir d'une induction tacite. Le père va, à son insu, imprégner son fils de sa personnalité et de ses aspirations les plus profondes et les plus vraies. On ne ment pas à son fils. Le message passe tout seul tant l'enfant est assoiffé de cet enseignement qui va lui donner sa stature. Il est, tant qu'il est élève, aussi indispensable que la nourriture.

 

A l'époque messianique le juif va accéder à ce rang suprême de fils du D. Vivant. La connaissance de D. va devenir comparable, d'une certaine manière, à celle du fils, Ils atteindront, comme l'être humain le peut le mieux, la connaissance de leur Créateur (Rambam). Le Saint, béni soit-Il, va Se dévoiler autant que l'on peut supporter et assimiler. Notre avidité à Le côtoyer à S'en inspirer va être comparable à celle d'un fils. Sa disponibilité envers nous va être celle d'un père. D. divulguera les choses profondes et cachées qu'Il a dissimulé jusqu'à présent et une grande paix s'instaurera. Une paix intérieure car tous les événements auront trouvé leur sens et il n'y aura plus aucun doute ni questionnement sur Sa conduite et sur Sa création.

 

C'est le sens du passage de Midrach (vayigach), Le Saint béni soit-Il, a dit à Jacob: Tu as enseigné la Torah à tes enfants dans ce monde mais dans le monde futur Moi-même je vous l'enseignerai comme il est dit et tous tes enfants seront des élèves de D. Le Créateur promet de devenir un enseignant mais pas n'importe lequel. Il va devenir tel un père pour Son peuple. C'est en effet le sens de l'introduction, Tu as enseigné la Torah à tes enfants, comme pour dire mais à la fin des temps Je prendrai ta place. Nous allons ''capter'' la Torah à la manière dont un fils capte la nature réelle de son père, tacitement par induction tant le sentiment et la fusion qui s'ensuit vont être intenses. Nous allons aussi la connaitre profondément comme un fils qui connait son géniteur mieux que quiconque. Car, même si quelquefois il ne peut l'exprimer par les mots, sa conduite en est une expression suffisante.

 

Nous cesserons d'être un peuple éved, esclave de D. Parce que, l'esclave ne pose aucune question puisqu'il n'est pas sensé saisir la motivation de son maitre. Son travail est plus dur que celui du fils qui est mêlé au projet de son père. L’esclave travaille sans connaitre le but et les motivations de son asservisseur.  Il agit à l'inverse du fils, qui a le droit de tout comprendre car il est de la maison et il doit pouvoir, un jour, imiter son père. Israël, durant l'exil, est tel un esclave qui obtempère sans sourciller ni même penser à comprendre les desseins de son propriétaire. Les pensées de D. sont trop profondes et secrètes pour notre degré de connaissance! C’est cela la difficulté de l’exil : vers où va-t-on ?

 

Mais nous allons devenir des fils du D. Vivant. C'est la promesse grandiose que nous fait le Prophète. Elle est l'unique raison de notre impatience à vivre ces jours. Les termes de HaRambam résument à merveille cette idée, Les Prophètes et les Sages n'ont pas désiré l'ère messianique pour dominer tout le monde, ni pour commander les nations et pas pour être apprécié par les peuples et pas pour manger, boire et se divertir; Mais pour uniquement pour être libre pour la Torah et sa sagesse et qu'il n'y ait plus d'oppresseurs etc.

 

Jacob a voulu nous affranchir plus tôt que prévu

 

Hikabétsou, réunissez-vous, leur demande Jacob à ses enfants avant de les bénir. On a l'impression qu'il ne s'agit pas seulement d'un dispersement géographique. Les frères, s'ils veulent bénéficier de la bénédiction du Patriarche, doivent s'unir. Quelle est cette idée d'unification? Il nous faudra franchir quelques étapes avant de répondre de manière satisfaisante à cette question.

 

Le Yalkout Chimoni rapporte sur ce verset,  un midrach d'une intensité très particulière. Jacob, avant sa mort, veut dévoiler le secret de la fin des temps. Il convoque ses enfants et entreprend de leur faire partager sa connaissance puis…plus rien. Les versets s'arrêtent brusquement et Jacob change de sujet. Rachi nous dit qu'il en a été empêché car son inspiration prophétique s'est retirée.

 

Le Yalkout Chimoni ajoute une parabole midrachique afin d'expliquer ces versets. Un esclave mourant assembla tous ses enfants et voulu leur dévoiler l'emplacement de leur lettre d'affranchissement. Le roi apparut et quand le vieil homme constata son mécontentement, il se rétracta et recommanda à ses enfants de continuer à fournir de loyaux services.  Ce passage est très difficile. Jacob a-t-il réellement désiré nous affranchir du service divin?

 

Il faut le comprendre de la façon suivante: Jacob a désiré faire de nous des fils de D. Il a voulu mettre une fin à notre statut de eved Hachem, d’esclave de D. C’est le sens de cet affranchissement.

 

Il a voulu leur dévoiler le kets hayamim, la fin des temps. Il n'a sans aucun doute pas voulu leur fournir une date. Il a plutôt désiré associer ses fils à sa compréhension des desseins de D. dans le tricot géant qu'est l'histoire de l'humanité. En leur dévoilant une telle lumière, il voulait les extirper des ténèbres de l'exil. Ils allaient pouvoir saisir le sens de leurs souffrances et de leurs pérégrinations à travers les nations. Ils allaient vivre une sorte de délivrance au sein de l'exil. Ils cesseraient d'être des esclaves à qui l'on ne fournit aucune explication pour devenir des fils de D. L'exil serait plus acceptable et la rédemption aurait amené avec elle d'autres nouvelles connaissances. Ils deviendraient des fils de D.

 

Un ouvrier qui fournit un labeur sans aucun but si ce n’est son salaire n’est pas aussi satisfait qu’un fils qui travaille pour le commerce familial en sachant où chaque effort le mène.

 

Tu attends le messie !

 

Pourquoi alors,  la prophétie s’est-elle estompée ?

 

Il faut savoir que dans cette phrase du chéma, il y a deux notions.

 

La première, est une proclamation de la Divinité unique. La seconde, est l’expression de notre impatience à voir la rédemption. En effet, Hachem é’had, D est unique est, selon Rachi[i] et le Talmud[ii], est une évocation de la révélation du D unique ou plutôt la reconnaissance de son unicité et notre union avec Lui.  Nous disons ‘’Un jour, que nous attendons avec impatience, D. se révèlera et nous nous unirons à lui dans un rapport de père à fils, nous serons un avec Lui’’. Hachem eloquénou, Hachem est notre D. et un jour Hachem sera é’had avec nous, unis à nous. Nous le désirons.

 

Nous ne vivons pas cet exil comme une finalité en essayant au mieux de l’édulcorer. Nous vivons une longue attente de mieux et de bien d’union avec D. Nous sommes tenus d’attendre et de comprendre que notre situation n’est pas idéale. Celui qui se sent bien en étant éloigné de D. est kofer, un athée car il ne désire pas davantage de proximité qu’il n’en a aujourd’hui. Il ne désire pas accéder au rang de fils de D.

 

On ne s’étonnera donc pas en apprenant de Rambam que celui qui n’attend pas le messie et la rédemption est un kofer , un athée.[iii] Car  c’est inscrit dans le chéma Israël, la phrase contrat avec notre Patriarche Et D.

 

Les fils de Jacob ont été réunis autour du lit de mort du vieux Patriache. Hikabétsou, réunissez-vous autour de moi. Le Midrach en déduit qu’ils étaient dispersés. Selon un avis il a fallu pas moins d’un ange pour les poster tous assez vite tant ils étaient dispersés. Que nous enseigne ce midrach ? Qu’ils ne vivaient pas cette union ! Dispersés est le contraire de é’had, être un. Ils n’étaient pas unis entres-eux.  Un juif ne peut prétendre qu’il désire être uni à D., devenir Son fils, s’il ne veut pas être uni aux autres juifs. Car l’union finale est celle de tous les juifs avec Le D. unique. En disant Hachem éhad, D est un, ils ont répondu à leur père que ce n’était pas un problème de croyance qui les empêchait de mériter la révélation de la fin des temps mais qu’ils n’étaient pas encore unis. Ils lui disaient cependant qu’ils auraient le temps d’un exil pour apprendre à vivre ensemble. Ils allaient devoir travailler sur cette notion. Ils allaient chaque jour répéter Hachem é’had, à savoir nous voulons être tous ensembles pour Le recevoir.

 

 

 

 

 

Rav Yossef Simony

 



[i] ה' שהוא אלוהינו עתה ולא אלוהי האומות, הוא עתיד להיות ה' אחד, שנאמר (צפניה ג, ט) כי אז אהפוך אל עמים שפה ברורה לקרוא כולם בשם ה' ונאמר (זכריה יד, ט) ביום ההוא יהיה ה' אחד ושמו אחד: (רש"י דברים ו ד)

[ii] (זכריה יד, ט) והיה ה' למלך על כל הארץ ביום ההוא יהיה ה' אחד ושמו אחד אטו האידנא לאו אחד הוא אמר רבי אחא בר חנינא לא כעולם הזה העולם הבא העולם הזה על בשורות טובות אומר ברוך הטוב והמטיב ועל בשורות רעות אומר ברוך דיין האמת לעולם הבא כולו הטוב והמטיב ושמו אחד מאי אחד אטו האידנא לאו שמו אחד הוא א"ר נחמן בר יצחק לא כעולם הזה העולם הבא העולם הזה נכתב ביו"ד ה"י ונקרא באל"ף דל"ת אבל לעולם הבא כולו אחד נקרא ביו"ד ה"י ונכתב ביו"ד ה"י (פסחים נ)

[iii] ב  וכל מי שאינו מאמין בו, או מי שאינו מחכה לביאתו--לא בשאר נביאים בלבד הוא כופר, אלא בתורה ובמשה רבנו:  שהרי תורה העידה עליו, שנאמר "ושב ה' אלוהיך את שבותך, וריחמך; ושב, וקיבצך מכל העמים . . . אם יהיה נידחך, בקצה השמיים--משם, יקבצך ה' אלוהיך, ומשם, ייקחך.  והביאך ה' אלוהיך . . ." (דברים ל,ג-ה).  ואלו הדברים המפורשים בתורה, הם כוללים כל הדברים שנאמרו על ידי כל הנביאים (רמבם מלכים יא)

 

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