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Réflexes ou éducation

Les coups, d'accord parfois, mais si on est réellement un éducateur

 

'Hossekh chivto soné béno, qui prive son fils du bâton, le hait, (Proverbes), c'est le premier verset cité dans le Midrach Rabba sur le livre de Chémot. Le message est clair, l'exil commence. Il sera cependant réparateur, car D. nous aime et veut nous hisser vers lui par l'effort et quelquefois, la souffrance. Mais elle sera infligée avec amour comme un père qui sait qu'un enfant laissé en ''jachère'' ne produira que des ronces.

 

C'est d'ailleurs la suite du verset et du midrach qui s'y réfère, véohavo chi'haro moussar, et celui qui l'aime le devance avec de la remontrance .Il s'agit du Saint béni soit-Il, parce qu'Il aime Israël, comme il est dit (Malhakhi) Je vous ai aimé a dit D., Il les fait grandir par les souffrances.

 

Pour ceux qui en auraient douté encore, le bâton cité en début du verset ne signifie pas forcément le martinet (à la mode de chez nous). La preuve en est la suite du texte qui recommande au père l'autre chemin, celui de la remontrance, et celui qui l'aime le devance avec de la remontrance. Certes, il peut être parfois accompagné de corrections, mais l'essentiel reste le message qu'elles doivent véhiculer, le moussar, la remontrance. La punition corporelle n'est donc pas indispensable quand le père est un réel éducateur.

 

Mais au contraire, elle est à bannir quand il n'en est pas un. En effet, Rav Dessler explique le fonctionnement des coups. La tendance est, aujourd'hui (en attendant les recommandations des conseillers de demain…), de vouloir les exclure de notre relation avec l'enfant, sous prétexte –aussi- qu'ils les rendent violents dans leur comportement avec leurs égaux.  Le Rav explique, que si le châtiment est appliqué selon la hiérarchie, à savoir de père à enfant, il n'y a aucune raison pour que cette conduite se reproduise avec des amis. Il a reçu une punition de son éducateur et il sait qu'il n'en n'est pas un pour ses camarades. Il dupliquera peut-être cela avec ses propres enfants, tout au plus.

 

La violence est nocive quand elle n'a plus son caractère pédagogique, quand elle est infligée sous l'effet des nerfs et comme une solution momentanée de tranquillité ou d'épanchement sur un innocent plus faible. Un tel agissement génèrera en effet, et sans aucun doute, la violence chez cet enfant car il aura appris à régler ses différents par les coups. Il n'a pas été éduqué, il a été battu. 

 

C'est dans ce sillon que certains de nos grands Maitres du moussar contemporains ont déconseillé la punition corporelle. Parce qu'aujourd'hui, rares sont les papas et les mamans qui excellent en leur art!

 

Toute l'éducation en une phrase

 

Le Midrach suivant va nous aider à encore mieux comprendre ce verset, qui prive son fils du bâton, le hait et celui qui l'aime le devance avec de la remontrance. En effet, que signifie moussar, remontrance, et avant tout quel est l'effet escompté dans l'éducation?

 

Le Roi David a souffert de son fils rebelle Adoniyahou. Il s'est en effet, autoproclamé roi alors que le dévolu de son père s'était déjà jeté sur Salomon. Le verset justifie sa conduite en reportant d'une certaine manière, la faute sur David. Il ne l'a pas éduqué comme il aurait dut. Nous devons savoir que les conseils sur l'éducation n'abondent pas dans nos sources. C'est justement pour cela que les rares évocations à ce thème doivent être approfondies à chaque fois avec beaucoup de minutie.

 

Le verset dit, son père ne l'a jamais contrarié de sa vie en lui disant: ''Pourquoi as-tu agit ainsi?''. Le Midrach cite l'exemple de David avec, à l'appui, cet extrait des textes, comme antithèse à tout l'esprit de l'éducation. Le royal père n'a jamais ''contrarié'' son fils de sa vie signifie qu'il ne l'a jamais éduqué!  En décrivant l'éducation par ce terme, le verset a détaillé le mode d'usage du ''bâton'' qu'il ne faut pas épargner à l'enfant. Il est là, non pour le remettre à l'ordre, mais pour le ''contrarier''! Que veut dire contrarier dans ce contexte?

 

Il faut aussi évaluer la portée de la question, ''pourquoi as-tu agit ainsi?''. Car si les textes reprochent à David de n'avoir pas éduqué son fils car il ne lui a jamais dit cette remontrance, nous devons comprendre qu'il y a dans cette phrase toute l'essence de l'éducation. Tout se passe comme si le verset avait dit, '' Il n'a pas éduqué son fils car il ne lui a pas dit, ''pourquoi as-tu agit ainsi?''.

 

Nous devons, pour mieux saisir le sens de ce précieux conseil, déterminer le sens exact du terme atsévo, contrarié, ainsi que celui de Madoua, pourquoi. ''Pourquoi/madoua  as-tu agit ainsi?''. Il y a, en effet, d'autres manières d'introduire une interrogation en hébreu. Lama se traduit aussi par pourquoi? La différence entre les deux est que lama signifie, vers quoi, alors que madoua  est une invitation à la réflexion, car il est dérivé du verbe yada, connaitre. On s'enquiert sur la logique puisqu'il y en a une. Lama, indique que l'acte est insensé et qu'il ne mène à rien. Racha lama také réakha, mécréant, pourquoi frappes-tu ton prochain, questionne Moïse, lorsqu'il voit Datane et Aviram se disputer. La question n'attend aucune rétorque sensée. Elle est formulée dans l'espoir de raisonner. ''A quoi cela te mènera-t-il de le molester?''. Madoua, est une remise en question car il implique un raisonnement et l'énoncé d'une motivation à l'acte.

 

Atsévo, contrarié a aussi une consonance particulière. Békhol étsev yihyé motar, de toute contrariété/douleur sort un bénéfice (Proverbes 14;23). Le midrach commente ce verset à propos de l'étude de la Torah. Elle est une contrariété, pourquoi? En réalité pour beaucoup de raisons mais la plus simple est qu'elle ne s'acquiert que par la contrariété. Chaque loi ou pensée est débattue soit avec soi-même, ou le plus souvent, en groupe. Il faut purifier la logique et vérifier à force de questionnements, si elle est parfaite. Dans ce sens, atsévo signifie, stimuler.

 

Tout se passe donc comme si, David n'avait jamais contrarié son fils afin de stimuler en lui une réflexion sur les raisons de ses actes. Il agissait à sa guise sans jamais se remettre en question.

 

Telle est l'éducation. Elle est l'apprentissage à l'enfant, depuis son plus jeune âge, à se remettre en question. Un juif grandit à travers le doute car il sait la fragilité de son jugement. L'homme est si vite influencé qu'il peut rarement savoir si sa motivation est pure. C'est une habitude à prendre depuis très tôt.

 

L'exil va donc commencer, et il doit servir de remise en question pour tout le peuple. Il va se bonifier grâce à lui. C'est le message du bâton de Moïse.

 

Le bâton de Moïse

 

Le bâton de Moise est un objet très énigmatique. Nous n'allons qu'aborder un peu sa signification, en rapportant certains  midrachim qui ont trait à notre développement précédent.

 

Dis à Aharon de prendre son bâton etc. Pourquoi avec un bâton? Car D. punit les mécréants avec le bâton puisqu'ils sont comparés aux chiens, comme il est dit (Psaumes) ''au soir ils hurlent comme des chiens etc. '' (Midrach rabba chémot).

 

D., durant toute la période de la sortie d'Egypte a laissé le libre arbitre aux égyptiens. Ils n'ont pas voulu percevoir cette lueur qui s'est révélée à eux jusqu'à la toute dernière plaie. Derrière chacune d'elle, Le Saint, béni soit-Il, apparaissait, comme nous allons le développer la semaine prochaine si D. le veut. Leur entêtement leur a valu la perdition. Ils n'ont donc prit de ce triste épisode de leur histoire, qu'un …dressage.

 

En effet, on n'éduque pas un chien. On lui donne des réflexes. Il sait, quand il monte sur le fauteuil, qu'il recevra une correction et c'est uniquement pour cette raison qu'il ne le refera plus. Le bâton de Moïse, qui a servi à réaliser tant de miracles, et qui était donc empreint d'une grande sainteté, ne les a aidé en rien. Leur éducation a été celle du lama et non celle du madoua. D. leur a fait comprendre qu'il ne fallait pas se mesurer à Lui. Lama, vers quoi, vers quelle punition te diriges-tu et non madoua, quelle est ta motivation! Ils ne se sont pas bonifiés.

 

Pharaon perçoit tellement D. de cette façon qu'il essaye de persuader Moïse de revenir sur sa décision. Réou ki ra'a négued pénékhem, réalisez que le mal est face à vous, en d'autre termes, votre D. est trop exigeant et vous subirez aussi le même sort que le mien.  Pactisez avec nous et oublions nos différents! (Midrach). Il ne voit rien de positif dans cette proximité avec La Divinité qui n'est là que pour châtier. Tel est le mécréant. Il ne goûte pas à la saveur de D.

 

Mais les enfants d'Israël se ''délectent'' de ce bâton. Ils se purifient grâce à lui comme dans un mikvé, dans un bain rituel. Même quand il frappe, ils savent que ce coup est celui du madoua, celui qui les fera réfléchir et avancer. Ils verront ensuite la lueur et la splendeur de D.

 

C'est ce que nous enseigne le Midrach de Rabbi Yéhouda, ce bâton pesait quarante séah (env. 300l.) et il était de saphir et les initiales dix plaies y étaient inscrites.

 

 Nous savons que quarante séah est la mesure du bain rituel et nous savons que le saphir, livnat hasapir, dans les versets, illustre la splendeur divine. Rabbi Yéhouda nous enseigne que le même bâton peut servir à l'un de bain rituel et à l'autre de martinet.

 

Yéhi ratson que la parole de D. suffise à Son peuple pour le suivre vers le chemin de vérité et la rédemption.

Rav Yossef Simony

 

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