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Eduquer avec passion

Les plaies ont fait de nous des éducateurs

 

La semaine dernière a été l'occasion d'aborder le thème de l'éducation. Nous allons continuer sur cette lancée puisque les midrachim nous y invitent. Rien d'étonnant si l'on  rappelle que l'apothéose de la sortie d'Egypte s'accompagne, le soir du seder, d'une atmosphère de transmission à la jeune génération. Nous relatons en détail, les miracles qu'ont vécus nos pères, à nos enfants. Véhigadta lébinekha, et tu raconteras à ton fils, c'est l'un des commandements, mitsvot, cardinaux en cette sainte soirée, celle où nos ancêtres consommèrent le sacrifice pascal avant leur délivrance.

 

Le verset, au début de la sidra Bo, indique d'ailleurs que les plaies ont été infligées dans ce but. Il fallait le faire '' afin que tu puisses raconter à tes enfants comment Je me suis joué de l'Egypte''. Il y a deux manières de comprendre cette affirmation. La première est, que le fait d'avoir bafoué toutes les règles de la nature en montrant tant de merveilles, a légué aux générations futures une source infinie de prodigieux contes. Le père ne tarit pas de récits et le fils s'en délecte tout en apprenant les dogmes de la religion. Cette interprétation est vraie.

 

La deuxième explication, celle qui va nous intéresser dans le cadre de notre dvar Torah, est que sans cette période d'apprentissage, le juif n'aurait pas été capable d'éduquer son enfant. Les plaies de l'Egypte ont été une école d'émouna, de croyance. Elles nous ont distillé, à jamais, la ferveur et la passion de D. dans nos veines spirituelles. C'est après avoir vu tous ces chamboulements et ressenti La Main de D. derrière chacun d'entres-eux, que nous avons appris à aimer Le Créateur. Ce feu s'est installé pour l'éternité dans nos âmes et il va pouvoir inspirer nos enfants dans toutes les générations à venir.

 

Autrement, comment comprendre que le plus simple des juifs est amoureux de sa religion et de son D. au point de sacrifier sa vie (et non celle des autres!!)? Souvent, ceux qui ont choisi de périr pour Son Nom, n'étaient pas de grands érudits et encore moins des grands penseurs. Ils étaient de simples juifs qui ressentaient plus que tout autre sentiment, leur attrait pour Le Saint béni soit-Il.

 

Ce verset nous enseigne donc que l'éducation juive trouve sa source uniquement dans un discours passionné. En effet, l'enfant ne perçoit pas et surtout ne s'imprègne pas de fadeurs. Si le père raconte de manière insipide que Le D. des hébreux a transformé les eaux en sangs et la poussière en vermine, il ne sera pas pour autant un éducateur! Il est un prof d'histoire. Mais si son âme est vibrante quand il se ''rappelle'' de toutes les apparitions de La Présence divine en Egypte, ses enfants s'en inspireront sans aucun doute.

 

Les plaies ont donc façonnées le juif tel que nous le connaissons aujourd'hui. Elles l'ont rendu croyant et  vibrant d'amour pour Son D. Il peut dès lors éduquer et inspirer.

 

Moïse et Aaron ont pu véhiculer ce message à travers les plaies car ils connaissaient la Torah

 

Le mIdrach (Chémot Rabba) nous enseigne, à sa manière, cette grande vérité. Yar'ém E-L békolo niflaot (Job 37; 5), D. fait retentir, avec Sa voix, des merveilles. La voix de D. s'est divisée en deux. Quand Il a demandé à Moïse ''Va! Retourne en Egypte'' afin de délivrer tes frères, Aaron a entendu la même voix qui lui disait ''rejoins ton frère dans le désert''. C'est une merveille que la voix ait eut une double facette.

 

Question: Pourquoi ont-ils eut besoin de débuter leur mission par un ordre provenant d'une seule parole? Ils étaient pourtant, tous deux, des prophètes à part entière et n'avaient besoin du secours de quiconque!

 

La réponse peut paraitre grandiose, mais il faut savoir qu'elle est clairement énoncée dans les exégèses des Maitres d'Israël, entres autres celui du Ramban que nous citerons plus loin. Ce Midrach annonce que Moïse et Aaron, qui ont été ''les metteurs en scène'' des plaies, ont eut recours à la Torah. En effet, tous les chamboulements de la nature n'étaient que des dévoilements de D. à savoir …des enseignements de la Torah. Moïse et son frère ont servi de Maîtres et les enfants d'Israël se sont abreuvés de leurs leçons. Car chaque manifestation de D. dans ce monde est un enseignement de la Torah, qui est Sa sagesse et Son mode de fonctionnement.

 

Le Midrach (Béréchit Rabba) dit que D. a créé l'univers à partir de la Torah. Le monde est une lecture de la Torah, il faut simplement savoir lire! Le bouleversement des règles de la création, tel qu'il s'est déroulé en Egypte, émane aussi de la Torah. Nos ancêtres savaient lire! Cette acquisition de sagesse a été le préliminaire du don de la Torah car il a immergé nos pères dans un bain d'émouna, de croyance et de proximité à D. Cet épisode est qualifié de Torah, car toute connaissance de D. mérite cette appellation.

 

C'est dans cet esprit que le Midrach affirme que la voix de D. s'est séparée en deux. Ce procédé a été, en effet, celui du don de la Torah. Chacun, disent nos Sages, a perçu la voix, selon sa dimension. Le Saint béni soit-Il a parlé au mont Sinaï et le son s'est divisé en autant de voix qu'il y avait d'enfants d'Israël. Tout le monde a savouré la Torah et personne ne s'est senti étranger à cette sagesse car elle était adaptée à chaque individuel. Nos Sages appuient leur affirmation sur le verset Yar'ém E-L békolo niflaot, D. fait retentir, avec Sa voix, des merveilles (Job 37; 5). Vous l'avez reconnu. C'est le même qui est cité à propos de la mission de Moïse et Aaron. Un même verset pour un même événement, le don de la Torah.

 

Pourquoi un don de la Torah anticipé?

Car c'est ce qui a permis à notre Maitre Moïse, accompagné d'Aaron, de faire de nous des êtres croyants en révélant une certaine facette de la Torah.. Et de même qu'au mont Sinaï, par la révélation de D., nous nous sommes confondus à la Torah de manière irréversible, devenant ainsi,  Israël orayta véKoudcha bérikh hou had, Israël, la Torah et Le Saint béni soit-Il sont un, en Egypte aussi. Les plaies ont scellés Israël, par la révélation de D. et de Sa sagesse,  dans une alliance irrévocable d'émouna de croyance en D. et en Ses pouvoirs. C'est ce que nous sommes capables de transmettre à nos enfants par le récit des merveilles, le soir du seder de pessah, ''afin que tu puisses raconter à tes enfants comment Je me suis joué de l'Egypte''.  Nous allons lire ces vérités dans le commentaire du Ramban.

 

Le Nom que les Patriarches n'ont pas connu

 

D. réprimande Moïse au début de notre Sidra, Vaéra. ''Je suis apparu aux Patriarches mais, Ouchmi Hachem  lo noda'ti lahem, Je ne leur ais pas fait savoir Mon Nom, le Tétragramme. Pourtant ils ne se sont jamais lamenté, alors que toi, tu as mérité cette révélation du Nom, et tu remets déjà mes décisions en question! Que signifie connaître le Nom?

 

Ramban nous introduit dans le secret du Nom. Moïse, avant de partir en mission, demande à D., Son Nom. Les anciens du peuple vont me questionner sur Ton Nom, que devrais-je leur répondre?  La requête est étonnante! Est-ce vraiment ce qui va convaincre le peuple du bien fondé de ses dires, que de leur dévoiler le Nom?

 

Ramban lit les versets différemment. Moïse n'a pas demandé de preuves supplémentaires. Il était simplement déjà un prophète et voulait savoir davantage sur la conduite de D., à la manière de ceux qui ont accès aux secrets divins et sont curieux de les sonder. Quelle va être le mode de conduite, Eloquim ou le Nom? Car il y a une différence notoire entre les deux. Eloquim est la vertu qui se ''contente'' de régir le monde selon les règles de la nature. Eloquim et téva, nature, ont d'ailleurs la même valeur numérique. Le Nom, le Tétragramme, est la vertu par laquelle D. a créé le monde et va donner la Torah, car il n'est pas lié à  la nature.  La Torah est au dessus de l'ordre établi puisque c'est elle qui l'a imposé, D. a créé l'univers à partir de la Torah tel un architecte qui regarde son plan, (Béréchit Rabba). Si elle le crée, elle peut donc le bafouer à volonté. C'est d'ailleurs ce que nos yeux ont vu chez les vrais Sages de la Torah qui jouent littéralement avec la nature. Ils bénissent et quelquefois guérissent ou promettent à l'encontre des prévisions.  Ils sont porteurs de Torah. Si D. adopte cette vertu, il fera des miracles et nous donnera la Torah, c'est de quoi s'enquiert Moïse avant d'entreprendre sa tâche.

 

Les Patriarches n'ont pas vécu de cette manière. Ils ont été accompagnés par le nom Eloquim, avec les règles de la nature. Voilà, selon Ramban la signification du Nom, la portée de la question de Moïse et la différence entre les Patriarches et le plus grand des Prophètes et Israël.  

 

Ramban énonce donc clairement que les plaies ont été régies par la vertu du Nom, celui avec lequel D. a donné la Torah et a créé le monde. Cela rejoint parfaitement le Midrach cité plus haut, selon lequel Moïse a été ordonné par la connaissance de la Torah, car les plaies ont été un enseignement de Torah à part entière. Une connaissance de D., une émouna, croyance qui nous permet, de génération en génération, de ressentir Sa Main bienveillante sur nous. Tout cela a été résumé par le verset '' afin que tu puisses raconter à tes enfants comment Je me suis joué de l'Egypte''.  

 

Pharaon ne connait-il vraiment pas D. ou joue-t-il la comédie?

 

C'est vraiment la question que nous nous posons en sortant du livre Béréchit. En effet, Joseph a été le sauveur de toute la région et il ne se souciait pas vraiment de camoufler sa foi en Eloquim. En témoigneront les versets le faisant parler à Putiphar et Pharaon. Il y évoque avec insistance le Créateur. Celui-là même, qui demande effrontément, ''Qui est D.?'', se rappelle très bien de lui et de son œuvre. Le Midrach raconte en effet, que ses sujets durent le destituer trois mois, parce qu'ils refusaient de faire du mal aux frères de Joseph, ''par le mérite de qui nous mangeons jusqu'aujourd'hui!''. Comment a-t-il donc menti et affirmé qu'il ne connaissait pas D.?

 

Les midrachim le dépeignent pourtant, en cette occasion, comme un honnête homme. Il ne connaissait réellement pas le D. des hébreux qu'annonçaient Moïse et son frère. Il consulta toutes ses archives, questionna tous les représentants des peuples ainsi que ses propres conseillers, mais n'aboutit à aucun résultat, ''votre D. n'est pas répertorié''!! (Rabba chémot)

 

Le précédent développement va nous permettre de mieux saisir sa réaction. Eloquim a été présenté à Pharaon par Joseph, pas le Nom. Moïse lui annonce clairement la tournure des événements. Les enfants d'Israël vont recevoir la Torah et ils sont désormais sous la protection et la direction du Nom par lequel celle-ci est agit. Il y aura des plaies surnaturelles qui seront aussi des manifestations de Torah. Les Patriarches ainsi que Joseph n'ont pas été guidés de cette manière. Ils n'ont pas pu l'enseigner à Pharaon. Il était honnête quant il affirmait ne pas Le connaître!

 

Mais allons plus loin, car il faut dès lors répondre à une autre question: Que reproche-t-on à un homme qui ne connait effectivement pas le Nom?

 

Le Midrach enseigne que ce jour où Moïse aborda pour la première fois Pharaon, tous les rois de la terre se réunirent et le proclamèrent ''cosmocrate'', roi de l'univers. Chacun posa une couronne sur sa tête en signe d'obédience et lui offrit des présents. C'est au cours de cette somptueuse cérémonie  que deux ''hommes âgés'' se postèrent à la porte du palais, exigeant une audience. ''Qu'ils entrent, peut-être sont-ils porteurs de cadeaux, eux-aussi''! C'est un épisode épique et haut en couleurs certes, mais pourquoi nos Sages l'ont-ils raconté? Assurément pas uniquement dans le but de détailler le courage de Moïse ou le ridicule de ce despote! D'autre part nous sommes sûrs qu'il y a une raison pour laquelle cette cérémonie a coïncidée avec la venue de Moïse car il n'y a pas de hasard!

 

 

En voici l'explication: la royauté est une domination qui revient logiquement uniquement à D. Il la partage cependant avec l'homme, qui doit proclamer en retour qu'elle est en réalité à D. C'est qu'ont fait les bons rois d'Israël. Ils ne s'appropriaient pas le respect de la royauté pour eux. Ils l'attribuait au Créateur par leur conduites et leurs discours. Mais en même temps, parce qu'ils reconnaissaient D., ils pouvaient mieux que quiconque goûter au plaisir d'être …associés dans une même œuvre avec le Créateur. Ils jouissaient de ce fait, d'une proximité incomparable qui ne laissait de doute sur Sa Présence. Ils ressentaient D. à leur côté.   

 

Pharaon partageait la domination de D., certes à un petit degré, mais il était néanmoins détenteur de tous les pouvoirs sur terre. Tous les rois étaient ses sujets. Il goûtait donc d'une certaine manière, à la puissance de D., à Eloquim, (qui a rappelons-le, la même valeur numérique que téva, nature) car il régnait sur la nature de la manière la plus grande qu'il est donné à l'homme. A un tel être, on pouvait exiger de proclamer la royauté d'Eloquim et même d'entrevoir celle du Nom. Car même s'il ne goûtait pas du tout à cette dernière, il aurait pu l'admettre. Il était en effet à l'apogée de la vertu d'Eloquim. Il se devait d'agir comme l'associé de D. et non Son rival, car il avait les moyens de Le ressentir à ses côtés dans sa domination du monde[1]. C'est pour cette raison que nos Sages ''racontent'' cet important épisode de l'intronisation du ''cosmocrate''. Moïse est venu le jour où il aurait pu plus que tous les autres reconnaitre D. et Son Nom. 

Rav Yossef Simony

 



[1]Le Midrach, bien célèbre, selon lequel Pharaon se prenait pour un dieu et proclamait qu'il s'était créé prend, en vertu de cet enseignement, une autre dimension. Il n'était pas entièrement dément comme il pourrait apparaître d'une lecture littérale. Cet homme ressentait qu'il possédait un pouvoir partagé avec Le Saint, béni soit-Il, comme l'ont tous les rois puisque la royauté est divine. C'est son interprétation qui était fausse. Il n'était pas dieu, il côtoyait D.  

 

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