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C'était si bien avant... qu'on se marie

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Avant et après:

 

Le couple est une mission difficile. La société actuelle et ses références modernes l'ont rendu presque impossible, perfection parlant, bien entendu. Mais l'homme –et la femme- étant ce qu'il est, il ne se désespère pourtant pas. L'engouement de deux personnes qui s'aiment et désirent sceller leur union par le mariage est ''encore'' chose très courante. Ils regardent papa et maman avec apitoiement en constatant les marques du temps sur leur alliance, et clament: ''Nous, ça ne finira jamais ainsi!''. Mais l'histoire est invinciblement répétitive. Les parents n'auront rien à envier à leurs enfants, à ceux même qui les ont toisés, les accusant d'avoir laissé flétrir le beau sentiment des débuts ou d'en jamais avoir eut.

 

Nous n'allons pas traiter des causes de ce phénomène car elles sont nombreuses.  Ce qui va nous intéresser dans ce dvar Torah est la question récurrente: Où est-il? Où est-elle?  Celui/celle que j'ai tant apprécié et désiré avant de le …connaître vraiment! Est-ce la formulation correcte de cette question universelle? Dans la plupart des cas, négatif. Les couples, tous, savent que sous la carapace de difficultés ''git'' une relation douce et paradisiaque telle qu'ils l'ont entrevue avant leur mariage. Ils ont simplement beaucoup de mal à l'atteindre. ''Avant de le/la connaître vraiment'', n'est donc pas l'expression adéquate de l'interrogation. Il n'y a souvent pas de vice caché, mais une impossibilité de jouir du don de D., celui d'être avec son zivoug, conjoint. Pourquoi est-ce ainsi? Le passage de la mer Rouge par nos ancêtres va nous fournir une réponse satisfaisante.

 

Plus besoin du Bâton

 

Notre Maître, Moïse, a frappé l'Egypte de dix plaies durant lesquelles son bâton, ou plutôt celui de D., maté ouzekha, le bâton de Ta puissance, a été omniprésent. Rabbi Simone, remarque dans le Midrach de cette semaine, que le partage des eaux de la mer Rouge s'est effectué sans l'intervention de cet objet. Pourquoi? Tel le serviteur d'un roi qui traversait les rues avec un fouet dans sa main. Les gens se raillaient de lui et disaient: ''Qu'il lâche son fouet et nous verrons s'il a autant de pouvoir!''. Le roi entendit ces propos moqueurs et il lui dit: ''Va dehors et celui qui ne te salut pas sera décapité''. De même, les égyptiens ont prétendu que Moïse ne pouvait rien faire sans son bâton…Quand Israël arriva devant les eaux avec derrière eux, les égyptiens, Le Saint béni soit-Il a dit à Moïse: ''Lâche ton bâton afin qu'ils ne disent pas que tu ne peux fendre les eaux sans son aide, comme il est dit, ''Lève ton bâton'' etc.

 

 L'interprétation de ce Midrach est relativement simple. Le plus grand des Prophètes a du être assisté par la force de D. durant l'accomplissement de toutes les merveilles que nous savons. Il n'est, à cause de cela, pas arrivé à convaincre les autochtones de son propre pouvoir. En effet, quelle est la difficulté d'agir miraculeusement si l'on possède un objet ''magique'' sur lequel sont inscrits des codes et des formules? C'est ainsi que résonnèrent les égyptiens. D. voulu donc démontrer publiquement la force du Maître. Elle n'est pas dans l'accessoire, elle est en lui-même. Cette puissance est intrinsèque car il est associé à D. et il peut aussi réaliser des miracles. C'est le message de ce ministre qui est craint mais pas respecté. Le roi rétablit les choses en réclamant qu'il lui soit fait honneur pour ce qu'il est et non à cause de celui dont il applique les sentences en usant de sa force.

 

Ce qui est nous interpelle dans l'interprétation de Rabbi Simone, est le choix du moment pour l'annonce de cette vérité. En effet, n'aurait-il pas été plus approprié de le faire avant la première plaie, et ce afin d'accorder davantage de prestance à Moïse?  Le Saint, béni soit-Il, ne l'a fait savoir que le jour de leur délivrance complète, celui où il leur a été promis de ne plus rencontrer leurs ennemis, lo tossifoun lirotam, vous ne les verrez plus. Il y a une raison à cela et même plus, nous en sommes sûrs, il ne pouvait en être autrement s'ils voulaient vaincre les eaux menaçantes, pourquoi?

 

Moïse hésite à fendre les eaux et celles-ci refusent d'obtempérer

 

L'épisode de la traversée de la mer Rouge est encore moins simple que nous l'aurions pensé! Moïse hésite à fendre les eaux. Il dit au Saint, béni soit-Il: ''Tu me demande de fendre les eaux et de sécher la mer alors que Tu as dit, '' J'ai mis le sable comme frontière à la mer''. Et Tu as juré que tu ne les fendras jamais. Rabbi El'azar Hakapar a dit, Moïse Lui a dit: ''n'as-Tu pas dit que Tu n'assécheras jamais les eaux des mers comme il est dit, etc. 

 

Les arguments de notre Maître sont étonnants au lendemain de la série de chamboulements de la nature qu'a constituée les dix plaies. Tous les éléments de la création ont été bouleversés sciemment afin de clamer la domination divine. Il n'y a que la mer qui semble soulever une quelconque interrogation.

 

Hachem ne réfute pas légèrement le plaidoyer. Le Saint, béni soit-Il, lui dit: ''Tu n'as pas lu la Torah depuis le début. Qu'est-il écrit: ''Eloquim a dit: Que les eaux se réunissent''. C'est Moi qui ais fait une condition avec elles. Je leur ait dit qu'un jour je les fendrai comme il est dit etc. Il a donc fallut  y ''penser'' depuis l'aube de la création. Sans cette condition préalable, formulée durant la période de la genèse, jamais les enfants d'Israël n'auraient pu traverser les eaux en piétinant sur de la terre sèche!  Pourquoi fallait-il une condition pour faire un miracle?

 

Notre stupéfaction n'est pas encore à son comble. De suite Moïse écouta Le Saint, béni soit-Il, et s'en alla séparer les eaux. Mais celles-ci refusèrent son ordre: ''Nous avons été créées le troisième jour et toi le sixième''. Quand iI entendit cela il retourna chez D. et Lui dit que la mer ne voulait pas se fendre. Que fit Le Saint, béni soit-Il? Il mit Sa droite sur celle de Moïse etc. La mer vit cela et se sauva comme il est dit etc. L'évènement est donc tellement surnaturel que seule l'intervention de D. l'a rendu possible.

 

Question: Qu'avons-nous gagné si D. mit Sa main sur celle de Moïse afin d'accomplir le miracle? En effet, le bâton n'a-t-il  pas été mis de côté pour démontrer la puissance du Prophète? Les autres interrogations sont évidentes. Pourquoi la mer a-t-elle trouvé à redire plus que les eaux d'Egypte qui se sont transformées en sang ou la poussière en vermine? D'autre part, que signifie la droite de D. dans ce contexte?

 

Une condition dans la création car la traversée des eaux a été elle-même une création

 

Ce Midrach nous permet de conclure avec assurance que la traversée de la mer Rouge a été un événement fondamentalement différent de tous les autres miracles. Ceux-ci n'ont suscité aucune opposition de la part de la nature. Bien au contraire, les midrachim parlent de la joie de celle-ci à clamer la force de D. 

 

Il y a eut, durant le passage des enfants d'Israël, une nouvelle ''terre'' prête à accueillir des révélations splendides et bien plus limpides que celles de ce bas-monde. Il fallait à cet effet, qu'elle soit elle aussi, plus sainte et plus transparente. En réalité, ils ont foulé le sol du …monde futur. Car lui seul est un support pour La Présence divine telle que nous allons la percevoir. C'est de cette manière qu'il faut comprendre la nécessité de D. à mentionner la condition émise depuis les sept jours de la création. En effet, quand il s'agit simplement d'un chamboulement des règles de la physique, ceci est toujours compatible avec la création. Il n'y a qu'un bouleversement temporaire qui ne contredit pas, ni ne complète la genèse. La yabacha, terre sèche qui est apparue sous la mer Rouge, a été elle, un complément de création. Et de même que notre bas monde est le résultat d'un ykavou hamayim, renvoi des eaux, celui des temps futurs aussi a été obtenu par une séparation de la mer. C'est ainsi que D. a procédé une première fois et il n'a fait que récidiver, car c'est la seule méthode: déblayer la terre des eaux qui la noient!

 

Cette vérité nous ouvre des nouvelles aires de compréhension. En effet, les midrachim abondent en déclarations à propos des révélations que nos ancêtres ont eut durant leur passage dans la mer Rouge. Une simple servante a admiré dans la mer ce qu'Ezechiel le Prophète n'a pas vu.  Ils ont fait allusion aux splendeurs du maasé merkava, de la cour de D., dévoilées à cet homme. Rabbi Néhoray a dit, une fille d'Israël passait dans la mer avec son fils dans ses bras. Quand il se mettait à pleurer, elle tendait son bras et cueillait une pomme ou même s'il demandait une grenade etc. Pourquoi tous ces miracles, uniquement pour agrémenter leur séjour? Assurément pas! Ils évoluaient tout simplement dans une autre sphère, celle du monde futur où tout est clair, le maassé merkava et ses secrets, et où tout est obtenu sans efforts, les pommes et les grenades.

 

Il fallait donc un support à tout cela. La terre devait être beaucoup sainte et adaptée à tant de révélation. Il a donc fallu une nouvelle création, ce qui est donc un complément de la genèse, C'est Moi qui ais fait une condition avec elles. Sans condition préalable, la genèse était scellée et personne ne pouvait plus y rajouter d'éléments. Nous comprenons maintenant pourquoi Moïse a eut tant de mal à effectuer ce miracle. Il ne pouvait créer car seul D. le peut. Nous allons mieux comprendre plus loin le pouvoir qu'il obtint grâce à la droite de D. posée sur la sienne.

 

Chira, le chant de la compréhension

 

Nos ancêtres ont chanté en sortant de ce périple, pourquoi? Il faut savoir que chira, le chant en hébreu est un terme étymologiquement riche. Il s'apparente –au moins- à trois mots. Chour, voir, cher, mouvement circulaire et chir, campement.

 

Chour, voir: Ils ont tout vu de la manière la plus claire, Une simple servante a admiré dans la mer ce qu'Ezechiel le Prophète n'a pas vu.

 

Cher, Le mouvement circulaire: Les enfants d'Israël ont vu et compris tout le déroulement de l'histoire universelle, le maassé merkava.  Le Saint, béni soit-Il, rokhev, chevauche l'histoire comme un cavalier sur sa merkava, son char. Tout revient indubitablement à sa source comme un cercle dont tout point mène inévitablement à lui-même s'il continue son mouvement. Tour ramènera vers D. et à son unité.

 

Chir le campement: ils ont constaté que D. réside parmi eux et dans Son monde.

 

Le résultat de tant de révélations est la chira. Elle est un état d'extase dans lequel l'homme ne peut plus parler, il ne peut que chanter pour son D.

 

Il est d'ailleurs intéressant de remarquer que l'un des seuls endroits où la résurrection des morts est évoquée est la chira, az yachir Moché, un jour, Moïse chantera. Le verset est au futur alors qu'il décrit un épisode du passé. Nos Sages ont en déduit qu'il fait allusion à l'époque de la résurrection quand Moïse chantera avec nous des louanges à D. Pourquoi avoir introduit cette notion dans la chira? Nous le comprenons mieux grâce à développement. Nos ancêtres ont véritablement vécu cette époque messianique pour quelques heures et ont chanté de la même manière que nous aussi, nous le ferons bientôt, amen. Quel emplacement est-il plus adapté que celui-ci pour cette évocation?

 

Les débuts sont toujours exaltants, ils sont porteurs de toute notre puissance spirituelle

 

Nous sommes en droit de nous questionner sur cette démarche. Pourquoi tant de belles choses et pourquoi avoir anticipé l'époque messianique et la délivrance, alors qu'ils n'étaient qu'au début de l'histoire du judaïsme?

 

Rabbi Tsaddok Hacohen et d'autres Maîtres de pensée juive se sont fait l'écho des paroles magnifiques en profondeur du Baal chem tov. Il disait que les débuts sont toujours exaltants car ils sont un moment offert ''gratuitement'' afin de stimuler. Tout se passe comme si  Le Saint béni soit-Il attisait la motivation de l'homme en lui faisant miroiter les dimensions à venir. ''Regarde ce à quoi tu auras droit si tu persiste!''. (L'idée est plus profonde mais contentons-nous de cela cette semaine). C'est une règle établie pour tous les débuts.

 

Le baal téchouva, l'être repentant, ressent durant les premières heures de son retour vers D., des sentiments qui le transportent entièrement vers des sphères dont il n'aurait pu imaginer l'existence. (Le Tsaddik Staypeler, Rav Kanievsky zts''l disait d'ailleurs que ces gens là sont, à ce moment de leur existence, une source de guilouy, de dévoilement de La Présence divine, dans une époque où celle-ci se voile tellement! Ils sont si épris de D. qu'ils nous Le montrent clairement!).  Puis l'émotion décline, c'est le parcours naturel. Il lui faut alors travailler afin mériter de droit ce à quoi il a goûté gratuitement à un moment.    

 

C'est le même phénomène qui s'est produit avec les enfants d'Israël durant leur passage dans la mer Rouge. D. a montré l'issue de la galoute, l'exil, et des souffrances, après tous les efforts fournis par des générations de juifs. Les eaux se sont refermés et le travail a commencé, fini les cadeaux. Nous avons vu qu'il valait ''la peine'' d'œuvrer et nous y avons puisé la force de persévérer malgré toutes les embuches. Ils ont vu cela au moment même où l'exil d'Egypte finissait vraiment, au bourgeonnement de leur judaïsme.

 

La Main droite de D. sur celle de Moïse

 

Moïse n'est pas arrivé à effectuer cette création, en tout cas pas dans un premier temps. Il a fallu l'intervention divine. La Main droite de D. posée sur la sienne rend encore plus difficile le passage du Midrach évoqué en début de notre dvar Torah. Il était en effet question de démontrer que le bâton n'était pas utile. Quand Israël arriva devant les eaux avec derrière eux, le égyptiens, Le Saint béni soit-Il a dit à Moïse: ''Lâche ton bâton afin qu'ils ne disent pas que tu ne peux fendre les eaux sans son aide. Il dut poser le bâton mais il prit …la Main de D.? Il ne faisait que clamer davantage sa dépendance à la force divine?

 

C'est le commentateur Or Ha'hayim qui nous fournit une splendide réponse. Il commente la Droite de D. comme étant la force de la Torah, oumimino echdat lamo, sur sa droite la Torah de feu. Moïse fend la mer avec la force de la Torah. Il ne pouvait encore le faire tout seul car l'événement se déroulait avant celui du Mont Sinaï. Il fallait lui ''prêter'' la Torah car elle n'était encore sienne. D., encore une fois anticipait, en lui donnant une puissance qu'il aurait bientôt mais qui lui était déjà nécessaire.

 

Selon cet enseignement, qui se raccorde parfaitement avec les midrachim cités plus haut, tout se passe comme si la nouvelle création, alias le monde futur, ne pouvait s'obtenir qu'avec la Torah et les mitsvot, préceptes. Le juif peut accéder à ce monde mais il lui faut la Torah. Il a, grâce à elle, la force de se créer son monde futur sans bâton ni formules. En posant Sa Main sur celle de Moïse, D. ne lui a pas donné Sa force, Il n'a fait que lui avancer de quelques jours la sienne, celle du juif, la Torah. Grâce à elle il se fait une nouvelle création prête à accueillir pleinement le Créateur.

 

La chira, le chant du couple

 

Le couple, quand il est réussit, entonne un chant, selon nos Sages! Mane déba'é chira, celui qui le désire, un chant. Le couple est d'autre part comparé à la traversée de la mer Rouge (Talmud Sotah). Un homme et une femme méritent de voir la chékhina, la présence divine (Talmud Yébamot), comme nos ancêtres durant leur passage dans la mer Rouge. Tant de similitudes nous font conclure que le processus est le même.

 

Ils se rencontrent et s'aiment de manière intense. Ils savent –et eux seuls le ressentent- qu'ils peuvent vivre le meilleur des idylles. C'est vrai, mais c'est en cadeau pour l'instant. Il faut le mériter et se construire son monde paradisiaque à force d'efforts.

 

 

Chabbat chalom

 

Rav Yossef Simony

 

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Commentaires: 1
  • #1

    Borou’h (samedi, 27 janvier 2018 12:53)

    Magnifique ....