· 

Le message de la Torah pour les nations

La Torah ne peut être contenue dans ce monde

 

Le Zohar (parachat Ytro 67;b) accorde la plus grande importance à la venue d'Ytro, le beau père de Moïse, au campement de nos ancêtres dans le désert. En effet, Le Saint, béni soit-Il, selon le Zohar, n'aurait pu donner la Torah à ses enfants avant cette démarche. Cet étonnant enseignement, une fois commenté, va nous aider à mieux saisir les midrachim, les versets qui décrivent cet épisode et la gravité que lui a accordée la Torah (la sidra Ytro n'est-elle pas celle du don de la Torah!).

 

Nous en avons discouru dans la sidra Béréchit, notre bas monde ne peut servir de support à la Torah. Celle-ci est illimitée car sagesse de D., et ne peut donc s'inscrire dans une création marquée par le daïe, la limite, amar léolamo daïe, Il a ordonné à son monde de s'arrêter. Nos Sages ont dit d'autre part, qu'il n'y a pas de récompense à la mitsva, au commandement dans ce monde. Il faut comprendre: la création ne peut servir de décor à cela, car la mitsva est illimitée et mérite un salaire à son image. Mais d'une manière qui dépasse presque l'entendement, l'homme peut franchir la frontière qui sépare ces deux mondes par l'étude et la pratique de la Torah. Il peut aller jusqu'au nivdal, à l'immatériel, par le matériel. La formulation n'est pas assez précise: Il doit passer par le monde matériel pour se hisser vers les sphères entièrement spirituelles.

 

La Torah est dépendante de la création pour son accomplissement certes, mais uniquement parce qu'elle s'adresse à des humains. Et nous ne le sommes pas par essence mais seulement par décret divin. Notre essence est entièrement spirituelle. L'homme doit passer par la nature car il est soumis, en attendant, aux contingences de la matière. On ne peut pas lui demander de mettre le matin des téfilines, phylactères spirituelles, alors, elles seront faites de peau etc. La nature n'est pas une finalité, elle n'est que tremplin. Le livre Béréchit commence donc par la deuxième lettre de l'alphabet, le beth pour laisser entendre que la création a une place secondaire même si elle parait être le support des mitsvot, préceptes. Elle ne constitue pas une condition sine qua none à l'accomplissement de la Torah. Il faudra attendre les dix commandements pour arriver au alef, la première lettre de l'alphabet et des dix paroles, Anokhi Hachem, Je suis ton D.

 

Le don de la Torah ouvre donc la porte à la 'hokhma, sagesse de D. et au monde du vrai, de l'unité de D., le un par excellence, le alef. L'être humain va pouvoir transcender ce monde pour évoluer principalement dans d'autres sphères. Il va dès lors pouvoir pratiquer la Torah avec le nivdal, sa partie immatérielle, car il a droit d'accès à ce nouveau monde. Elle, qui ne peut admettre de limite, transporte celui qui la pratique dans son cadre véritable, le nivdal, l'immatériel afin qu'il puisse, depuis le béréchit, agir dans le nivdal, du beth vers le alef.

 

L'homme qui étudie et pratique la Torah n'est plus de cet univers. Il s'en est servi et l'a dépassé. Il paraît matériel et humain mais son esprit est dans des mondes indescriptibles, ce que nos Maîtres désignent par sekhel nivdal, esprit séparé du matériel.

 

Maharal commente, dans cette optique, ce que dit le Talmud à propos du Talmid 'Hakham, l'érudit en Torah. En vieillissant, il dispose davantage de ses facultés intellectuelles. En effet, il ne réfléchit pas avec son cerveau mais avec son sekhel nivdal, l'esprit séparé du matériel. Celui-ci ne subit sûrement pas les aléas du temps, au contraire, plus le corps faiblit plus le spirituel se fait ressentir. Il ne peut utiliser autre chose pour étudier la Torah. L'infini sert à l'infini!

 

Pour mieux imager cette notion, évoquons ce que nos Sages ont dit à propos du monde futur. Il n'y aura aucune discussion, les Justes seront assis, une couronne sur la tête, et jouiront de la splendeur divine.  La Torah sera captée d'une autre manière, par la jouissance, jouiront de la splendeur divine. Non par la logique et la raison, aucune discussion, telle que nous la concevons en tant qu'humains, mais par le contact avec D. Le raisonnement est une création car nous sommes dans le monde de la logique, de la physique et des règles cartésiennes, le béréchit. 

 

Il nous est difficile de le comprendre puisque nous n'y sommes pas encore. Nous en avons cependant un avant goût durant l'étude quand une satisfaction nous remplit, celle que l'on ne ressent nulle part ailleurs. Il ne faut surtout pas se tromper sur la nature de ce plaisir. Il n'est pas produit par la satisfaction d'avoir compris une brillante logique ou d'accumuler le savoir. Il est parce que la Torah a été côtoyée par le biais de la logique. Celle-ci n'est que le chemin qui y mène car ainsi fonctionne le monde de la création. Pour être admis il faut être compris. La compréhension n'est donc là que dans le but d'éviter le rejet. Le plaisir provient en réalité du contact avec la Torah une fois que la logique ne nous a plus barré le chemin.

 

C'est donc toute la différence entre le alef des dix commandements et le beth de la création. L'un est l'aboutissement alors que l'autre en est le moyen décrété. On commence par étudier avec la raison et la logique puis on finit par appréhender la Torah avec le sekhel nivdal, l'esprit séparé du matériel. Le raisonnement n'est donc qu'une barrière à franchir pour goûter à la Torah. C'est le même procédé pour la pratique des mitsvot. Nous mettons les téfilines de peau le matin, et nous goûtons à travers elles, à celles dont il est question à propos de D., quand le Talmud affirme que Lui aussi les met! Elles sont assurément spirituelles et les nôtres aussi. Il y a pourtant une condition  pour y accéder, mettre celles faites de peau et écrites sur du parchemin. Le alef a momentanément besoin du beth.

 

Ytro n'aime pas encore Le D. des hébreux, il Le craint 

 

Cette introduction va nous permettre de comprendre le Midrach et un autre extrait de Zohar qui concordent en disant, chacun à sa façon, qu'Ytro, ce géant parmi les hommes, n'est pas accouru par amour pour D. Il l'a fait par crainte plutôt que par un autre sentiment. Selon le (Zohar id. 68; b), il a été nitbar, brisé par ce qu'il entendit des miracles de D. Les autres, parmi les nations, ne l'ont pas été. Ils sont restés idolâtres. La version du Midrach apparait sous la forme d'une parabole. Un chasseur qui poursuivait un oiseau, l'a vu se réfugier sur l'effigie du roi. Il félicita son adresse car s'il tentait de le tuer, il risquait sa propre vie en touchant à l'honneur du monarque. Ytro a donc rejoint la foi et s'est ainsi protégé de la malédiction, comme l'oiseau qui n'a ressenti aucune affection pour le roi ou sa représentation, il a simplement compris que la meilleure place était parmi les juifs.

 

Il n'est donc pas question d'amour pour D. mais de crainte et de souhait d'échapper au pire. Comment cet homme pourtant sincère n'est-il pas arrivé à aimer D.?

 

Ytro avait sept noms (Midrach) ce qui est une évocation aux force de la nature toutes réunies (lire attentivement le commentaire du Chem Michmouel sur cette sidra et le Zohar 67, b à propos des forces négatives enfouies en Ytro). Sept, est en effet le chiffre représentant la création comme le nombre de jours qu'elle a nécessité. D'autre part, quand nos Sages nous disent que cet homme avait passé en revue toutes les idoles, ils veulent nous induire vers une meilleure connaissance de sa capacité et vers cette même conclusion. Il était en mesure d'évaluer la dimension de chacune car il était en relation avec toutes les forces existantes.

 

Il était béréchit  dans le sens le plus matériel du terme. Une forme statique de rattachement au matériel, celle qui ne permet pas d'élévation vers le nivdal, l'immatériel. Il ne pouvait percevoir la beauté de D., tout au plus le craindre. Comment celui qui est confiné dans la limite, le monde du daïe,  pourrait-il entrevoir les merveilles d'un autre univers entièrement séparé, nivdal et spirituel? 

 

Il a fallu l'intervention de Moïse pour lui faire aimer D. après le récit des miracles de la sortie d'Egypte et la traversée de la mer rouge etc. il se mit réellement à aimer D., vayi'had Ytro, Ytro s'est réjouit. Rappelons que le plus grand des Prophètes avait aussi sept noms (Midrach) à savoir que lui aussi était détenteur de la nature, mais d'une autre manière. Il s'en servait pour franchir la frontière entre les deux mondes, comme un tremplin. C'est ce que nos Sages ont voulu insinuer en disant qu'il était  moitié d'en bas, ich, homme, et l'autre moitié du haut Eloquim, entité spirituelle. Il y avait une parfaite entente et une harmonie complémentaire entre le beth et le alef. La nature était au service du divin. Il réussit à élever Ytro qui était son contraire.

 

La rencontre entre ces deux hommes était donc le mariage de deux opposés et nous allons le voir, leur synthèse!! Rabbi 'Hayim Vital, disciple de Ari zal a écrit que Ytro était la réincarnation de Caïn alors que Moïse était celle de son frère Abel, tellement contraires que l'un a tué l'autre. Il faut comprendre que ces deux philosophies ne pouvaient cohabiter. Il fallait qu'ils s'allient où l'un devait disparaître. La nature sert à la Torah ou barre-telle l'accès à la spiritualité? Telle a été l'enjeu de la rencontre d'Ytro avec Moïse. C'est le sens du Zohar qui affirme que D. ne pouvait donner la Torah tant qu'Ytro ne s'était rangé à Ses côtés. Nous allons mieux le comprendre plus loin.

 

Délectons-nous en attendant, de la beauté et de l'exactitude de notre sainte Torah. Ytro était jusqu'à présent citoyen d'honneur dans le monde du béréchit, embourbé de ce fait dans une nature paralysante. Le terme béréchit, commencement indique à lui seul le mode de fonctionnement de toute la création. Car qui dit commencement, implique une notion de temps, une suite logique dans les événements, des lois de la physique, bref tout ce qui se suit dans une relation de cause à effet. La seconde qui passe en attire une autre et un événement en déclenche un autre, ainsi fonctionne tout ce qui existe sur cette terre. Ytro, suite au récit de Moïse, s'écrit 'ata yada'ti, je sais maintenant que D. est plus grand que toutes les forces. Or 'Ata, maintenant est, dans les midrachim, une allusion à la Torah, vé'ata kitvou lakhem, et maintenant écrivez, pour vous, cette Torah. Il accepte donc le joug de la Torah par amour et décide de nous le faire savoir précisément par cette formulation, 'ata, maintenant,  pourquoi? Car 'ata, maintenant, qui désigne la Torah, est le présent permanent, un monde au dessus de celui de la création qui est elle, tellement liée au temps, à la suite logique des événements et des raisonnements. Il évoque le monde où la logique est bannie car elle n'y est pas le mode de perception. Il est intemporel et se vit autrement. Ytro a rejoint les enfants d'Israël dans le nivdal, l'immatériel. Il s'est dépouillé de ses sept attaches au matériel. 

 

Un conseil qui apparemment est loin d'être si intelligent!

 

Cette introduction va nous permettre d'envisager une interprétation des versets de cette semaine. La recommandation d'Ytro à Moïse a été de déléguer ses pouvoirs en nommant des juges qui feront désormais une partie de son travail. Nabol Tibol, tu va flétrir et le peuple aussi, si tu continues sur cette voie. Tes ouailles patientent des heures avant de te rencontrer et tu t'assoies du matin au soir à régler leurs différents. Nomme donc des ministres afin qu'ils règlent les problèmes courants et tu resteras disponible pour légiférer dans les cas complexes. Quoi de plus simple dirons-nous?

 

Il parait cependant assez étonnant que Moïse n'y ait pas pensé tout seul. Force nous est de reconnaitre qu'il n'a pas désiré le faire. Il a jugé préférable de sanctifier les enfants d'Israël en leur faisant écouter la voix du Prophète, à propos de laquelle nos Sages ont dit, qu'elle était celle de la Présence divine, chékhina médabéret mitokh guérono, D. parlait par le biais de sa gorge. Le conseil d'Ytro apparait donc, selon le terme du Zohar (id. 69; a) comme celui d'un hédiot, profane. Que signifie hédiot, profane dans ce contexte?

 

Le profane est celui qui aborde un sujet qui ne le concerne pas parce qu'il n'est pas à la dimension requise. Ytro n'est pas à la dimension de converser avec la chékhina, la Présence divine. Il est entièrement dans le beth et ne peut atteindre ce qui est entièrement dans le alef.

 

C'est la signification de ce Zohar. Il l'a demandé comme l'aurait fait un profane et aussi et avant tout parce qu'il était tel! En effet, il sait que si la situation reste ce qu'elle est, les nations n'auront jamais accès à l'enseignement d'Israël. Ils seront paralysés de peur, tout au plus. Lui, a eut peur et a rejoint son gendre qui lui a appris à aimer D. Mais pas tout non-juif a un gendre comme Moïse. Qu'en sera-t-il des autres éventuels prosélytes? Selon cette version du judaïsme, ils ont été écartés! Ce que demande Ytro est de baisser le niveau afin de permettre aux peuples de goûter aux délices de la Torah.

 

Le Zohar id. (67, b) est explicite à ce sujet. Les guérim, convertis ont eut accès à la Torah grâce à l'intervention de Ytro. Voici une traduction de ce passage, Quand Ytro est venu et a accepté Le Saint béni soit-Il et s'est rapproché de Son service, de là se sont rapprochés tous les convertis etc. On ne peut plus clair!

 

Moïse ne veut pas recevoir son beau père et Ytro demande d'être accueilli en grandes pompes 

 

Le Midrach sur l'épisode des retrouvailles de Moïse et Ytro est très choquant. La conduite des deux hommes est pareillement énigmatique. Ytro demande à Moïse de sortir l'accueillir. Il n'est pas question pour lui d'arriver incognito. Il sait pourtant très bien ce qui se passera si le Royal gendre accepte d'accomplir son désir: Il jouira d'un honneur que seuls deux personnes ont reçu dans l'humanité entière (Midrach Tan'houma). Tout le peule viendra aussi à sa rencontre, ce qui se déroula effectivement dans la réalité quand Moïse en fut …contraint par D. ''Vas  à sa rencontre. C'est Moi qui ais créé le monde. Je rapproche et J'éloigne qui Je désire''. Quelles étaient les réticences de Moïse et pourquoi Ytro voulait-il tant d'honneurs?

 

Nous en avons déjà traité, l'honneur est la condition pour l'âme de s'exprimer. Celle-ci est d'ailleurs désignée par kavod, honneur dans les textes. C'est dans ce sens que nos Sages ont dit, le pauvre est considéré comme mort, car il n'est pas respecté et entendu. Il ne faut pas appréhender cette vérité uniquement dans son sens rationnel à savoir qu'il ne lui est pas donné l'occasion de s'exprimer. La pensée de nos Sages est beaucoup plus profonde. L'âme qui est kavod, honneur, n'est activée et devient apparente sur cette terre, que par l'honneur et les signes de respect (dans Chira Midrach du couple, nous en avons traité en détail).

 

Ytro rejoignait le campement des hébreux dans une double intention, celle de se convertir et celle de s'exprimer.  Il avait une doléance, celle du profane, et il comptait bien la faire entendre. Il voulait donc de l'honneur. Moïse ne pouvait et ne voulait décider seul de …baisser le niveau!!  

 

 

 

Écrire commentaire

Commentaires: 1
  • #1

    Michael (vendredi, 23 mars 2018 09:36)

    Tres bel article.... Qu'H- vous benisse