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Qui suis-je?

Un fils autonome et l'autre assisté

 

Cette semaine, le don de la Torah est fêté dans toutes les synagogues du monde et dans tous les cœurs juifs. Cet événement a marqué et a scellé l'alliance entre D. et Son peuple. Il a été donné à l'humain une opportunité de connaître son Créateur de partager Sa sagesse, de la vivre et ainsi de Lui ressembler par le comportement et la pensée. Se questionner sur les motivations du choix du Saint, béni soit-Il, n'est pas présomptueux. Pourquoi a-t-Il jeté Son dévolu sur Israël est en effet, plutôt qu'autre chose, une question constructive. Si la réponse indique certaines qualités ou une essence particulière, combien d'efforts se devront d'être fournis afin de conserver et de parfaire ces attributs! D'autre part, si nos racines ont des caractéristiques, ne convient-il pas de les mettre en évidence afin d'être véritablement soi-même? Pourquoi ignorer ses propres richesses et sa vraie personnalité?

 

Le monde spirituel est formé selon nos sages de deux groupes. Les Bné Noa'h et les Bné Israël. Les deux sont concernés par la Torah. C'est une vérité que démontre Maharal en rappelant que D. a proposé la Torah aux autres nations avant de la donner aux Hébreux (Talmud Avoda zara 2;2). Cela veut bien dire qu'ils avaient tous une possibilité de connexion avec la sagesse divine. D. ne leur a pas simplement fait une proposition par politesse afin de pouvoir faire sans reproches, ce qu'il voulait de toute façon! Mais cette relation est vécue de différente manière comme nous la décrive respectivement nos Sages. Quelle est donc la différence entre la manière de servir D. des enfants d'Israël et celles des enfants de Noé?

 

Rabbi Yéhouda a dit, cela ressemble à un prince qui avait deux enfants, un grand et un petit. Au petit, il disait ''marche avec moi'', alors qu'au grand il disait, '' viens avec moi et marche devant moi''. Et ainsi, à propos d'Abraham qui avait assez de force, il est dit, ''marche devant Moi et soit parfait'' (Genèse 17), alors qu'au sujet de Noé il est dit, ''avec Eloquim est allé Noé'' (id. 6, 9). (Midrach Rabba Noa'h)        

 

Les deux sont les enfants de D. mais l'un est autonome alors que le second a besoin d'être dirigé. Que veut dire être autonome spirituellement parlant? C'est dans un autre passage que nous trouvons l'explication à cette notion.

 

Autonome mais jamais tout seul

 

Le Midrach (Rabba Bo) explique le fonctionnement de la marche vers la perfection spirituelle. ''Comme un pommier parmi les arbres de la forêt'' (Cantique des Cantiques 2, 3), pourquoi D. est-il comparé, dans ce verset, à la pomme?  Car de même que la pomme, de loin, paraît être sans goût ni odeur, mais elle a un bon goût et une bonne odeur, ainsi le Saint, béni soit-Il, ''Son palais n'est que douceur, tout en lui respire le charme'' (id. 5, 16). Il est apparu aux nations idolâtres, et elles n'ont pas voulu recevoir la Torah. Elle leur a semblé comme quelque chose dépourvue de sens, mais D. a un ''bon goût''  et une ''bonne odeur'' mais Israël ont dit ''nous connaissons la puissance de la Torah et pour cette raison nous ne nous éloignerons pas ni du Saint, béni soit-Il ni de sa Torah, comme il est dit, ''j'ai brûlé du désir de m'asseoir sous son ombrage, et son fruit est doux à mon palais'' (Id. 2, 2).

 

Le message de ce passage est explicite. La spiritualité se mérite. Elle s'acquiert d'étape en étape. La ''formule'' du don de la Torah en a été le prototype. D. est apparu mais sans beaucoup se dévoiler. Le libre arbitre, dogme de la création,  est ainsi conservé. Ceux qui avaient une volonté d'accéder à la spiritualité ont détecté que le ''fruit'' allait être savoureux. Les autres ont tourné la tête. Pourquoi? Car un homme affamé humecte le plus petit effluve de nourriture et se précipite vers une piste même, aux premiers abords, négligeable. Israël a soif de D. et de Torah et la ''pomme'' aux apparences trompeuses, a attisé un feu de désir en eux, ''j'ai brûlé du désir de m'asseoir sous son ombrage''. On ne parle que d'ombrage, car tout se passe comme si la spiritualité, elle-même, n'était pas encore palpable. Israël savait que le chemin allait encore devoir être long, mais le désir et l'ambition donnaient envie de suivre …la trace.

 

Dans ce schéma, la spiritualité est le produit de deux démarches. L'une en provenance d'en haut et l'autre d'en bas. C'est ce que les Sages décrivent par 'itharouta dil'éla, un appel d'en haut et 'itharouta diltata, un réveil d'en bas. D. apparaît d'une manière voilée afin de laisser le libre arbitre et ceux qui Le désirent et le cherchent seront en mesure de faire le bon choix.

 

Et ce que nous devons apprendre de ce Midrach est que, cela a été vrai pour le don de la Torah et continue à l'être dans chacune des ascensions de l'homme vers la perfection spirituelle. L'homme n'est en effet jamais livré à lui-même. A chaque fois qu'il a fini par acquérir un niveau, D. lui fait miroiter le prochain, en lui en donnant un avant goût. La ''pomme'' apparait et l'homme se laisser tenter …ou non. Ainsi il saura tout au long de son existence à quelle étude se consacrer, quelle vertu travailler, etc. Un homme en quête de vérité est assuré de ne jamais s'égarer. 

 

Les nations idolâtres ne se sont pas laissé charmer car ils n'ont pas cette qualité de, ''j'ai brûlé du désir de m'asseoir sous son ombrage'' qui signifie se contenter d'abord d'une ombre sachant que la suite viendra. Israël vit avec une passion, une ambition mêlée à une certitude d'être finalement contenté  ''nous connaissons la puissance de la Torah et pour cette raison nous ne éloignerons pas ni du Saint béni soit-Il ni de sa Torah. Il attend le moindre signe, la moindre ''pomme'', une 'itharouta dil'éla, pour aller de l'avant même s'il ne voit qu'une ombre.

 

C'est de cela que parlait Rabbi Yéhouda, Et ainsi à propos d'Abraham, qui avait assez de force, il est dit, ''marche devant Moi et soit parfait''. Le Patriarche marchait devant D. signifie qu'il était demandeur et brulait de désir pour D. qui ''marchait'' derrière lui à savoir qu'Il n'était parfois qu'une ombre, en tous cas, pas face aux yeux d'Avraham! Noé avait besoin de voir pour y croire, d'être guidé par la main car sans cela il n'aurait pas suivi, Au petit il disait ''marche avec moi''.

 

Israël est donc demandeur de spirituel. C'est cela sa richesse!

 

Ahavat Hachem, l'amour de D. Ir'hat Hachem la crainte de D.      

 

Ce que nous venons de décrire est en fait la différence entre la notion de Ahavat Hachem, l'amour de D. et celle d'Ir'hat Hachem la crainte de D. ce sont les deux manières de servir Le Saint béni soit-Il. Les nations sont certes les enfants de D. mais ils Le servent par 'Ir'hat chamayim la crainte du ciel. Il y a,  à ce propos un passage de Midrach d'une très grande portée.

 

''Qui ne te craint pas, ô Roi des nations'' (Jérémie, 10), les peuples ont dit à Jérémie, tous les autres Prophètes ont toujours dit ''Roi d'Israël'' et toi tu dis Roi des nations? Il rétorqua, ''c'est de D. que je me suis inspiré car Il m'a dit,  ''Prophète des nations, Je t'ai nommé'' et c'est pour cela que j'ai dit Roi des nations. Les nations elles-mêmes ne comprennent pas ce revirement. Depuis quand  D. est-Il notre Roi?

 

Il faut bien comprendre la portée de la question. Car D. est le Roi de toute la création alors pourquoi s'étonnent-ils de l'appellation? Car dans ce contexte de la prophétie, la royauté de D. est évoquée dans un même souffle pour Israël et les nations, mélekh hagoyim, le Roi de toutes les nations! On parle donc de représentation directe de D. par son émissaire l'homme. La question est donc, comment représente-t-on D. puisque nous n'avons ni Torah ni avoda,  Temple, ni loi ni service sacré? Lisons la réponse de Jérémie.

 

J'ai dit Roi des nations pour faire savoir s'Il a châtié si durement Ses enfants et Sa maison, les autres à plus forte raison comme il est dit nora Eloquim mimikdachékha, Tu apparais redoutable, ô Dieu, de ton sanctuaire (Psaumes 68, 35)… et ainsi Le Saint béni soit-Il est descendu sur le mont Sinaï pour donner les dix commandements …et a dit Rabbi Né'hémia, si déjà quand Il est venu donner un élixir de vie au monde, la terre a tremblé, quand Il viendra pour punir les mécréants, à plus forte raison.(Id.)

 

Jérémie répond à l'interrogation des nations. Comment sommes-nous représentatifs de D. puisque nous n'avons pas accepté la Torah et que nous n'avons pas construit le Temple? Nous n'avons donc aucune relation avec le Roi? Le Prophète leur trouve une relation avec ces deux éléments qui sont la manifestation de la gloire divine sur terre et donc les signes de Sa royauté. Elle n'est pas directe, certes mais elle existe. Ils doivent s'en inspirer pour craindre D. Le Temple a été détruit et cela doit vous faire craindre le pire car  s'Il a châtié si durement Ses enfants et Sa maison, les autres à plus forte raison. La Torah a été donnée à ceux qui l'ont accepté, mais les autres aussi ont pu constater combien D. était digne de crainte.

 

Mais il faut approfondir davantage la réplique de Jérémie. S'il leur donne un enseignement qui est la crainte de D. à partir du Temple, c'est qu'ils ont une part et une connexion avec cet édifice. C'est bien ce que dit le verset, ''Je les amènerai sur ma sainte montagne, Je les comblerai de joie dans Ma maison de prières, leurs holocaustes et autres sacrifices seront les bienvenus sur Mon autel; car Ma maison sera dénommée Maison des prières pour toutes les nations." (Isaïe 56, 7). D'autre part, nous savons que dans le Temple étaient offerts durant la fête de Souccoth soixante dix taureaux pour la sauvegarde des soixante dix nations. Rabbi Yo'hanan a dit ''pauvre d'elles les nations qui ne savent pas ce qu'elles ont perdu (avec la destruction du Temple), (Talmud Souccah (55, b)). Ils étaient donc liés d'une certaine manière au Beth hamikdach.

 

La Torah aussi, nous l'avons démontré depuis l'enseignement du talmud selon lequel D. a proposé la Torah aux autres nations avant de la donner aux Hébreux (Talmud Avoda zara 2;2), est reliée aux nations (Maharal). C'est pour cela qu'ils ont pu s'inspiré, au moins afin de craindre D., de ces deux éléments et événements. Car s'ils avaient été complètement étrangers dans leur composition spirituelle à ces deux notions, ils n'auraient pu rien en retirer.

 

En ce sens ils sont comparables au petit enfant du Roi, celui qui marche mais qui a besoin d'être guidé Rabbi Yéhouda a dit, cela ressemble à un prince qui avait deux enfant, un grand et un petit. Au petit il disait ''marche avec moi'' alors qu'au grand il disait, '' vient avec moi et marche devant moi''.

 

La conclusion de Jérémie est que cette conduite mène seulement à la crainte du Roi, ''Qui ne te craint pas, ô Roi des nations'' (Jérémie, 10). C'est ce qu'ils ont pu prendre du Temple et du don de la Torah.

 

Israël ne s'inspire pas seulement de ces choses pour craindre D. Il vit passionnément le Temple et le don de la Torah. Il désire et, quand même dans l'espace et le temps, qui sont relatifs ne l'oublions pas, ils ne sont pas, dans le monde spirituel de l'âme juive ils vivent et résonnent.

Rav Yossef Simony

Chabbat Chalom

 

   

 

         

 

 

 

                                                                                           

 

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