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La droiture et la Torah ne font qu'un

Les michpatim bien que logiques ne peuvent être que d'origine divine

 

Les michpatim, sont les lois logiques de la Torah. Elles régissent la société selon  le code le plus parfait, puisque réfléchi par le Créateur. Il les a offert à Ses enfants parce qu'Il les aime comme la prunelle de Ses yeux (Midrach Rabba michpatim 30; 1).  En effet, à eux tous les michpatim constituent la yachrout, la droiture par excellence, selon le terme du Midrach (Id.). Les relations humaines peuvent donc amener, à condition de vouloir les appliquer, au chalom, à la paix dans l'acception la plus noble du terme.

 

Ils font, de ce fait, partie intégrante de la Torah, et bien que logiques, leur dosage et leur caractère de complémentarité ne peut être que d'origine divine. Car les nations aussi, gèrent leur société respective par la raison. Sont-ils parvenus à l'idéal?

 

Mais ce serait tromper que de limiter la preuve qu'ils sont d'origine divine à la simple évocation de leur perfection. Ils sont parfaits et régissent magnifiquement la société donc ils sont l'œuvre de D. Non! Il y a bien plus dans ces michpatim qui leur faire mériter ce titre de divins. Nous allons, si D. le veut, le comprendre à l'aide des midrachim de nos Sages.

 

Les michpatim protègent la Torah

 

Le Midrach (Rabba Michpatim) illustre le thème des michpatim de cette manière: La Torah a été entourée, de part et d'autre, de michpatim. En effet avant la description dans les versets du don de la Torah, Ytro conseille à Moïse la manière de régir les tribunaux et ensuite la sidra Michpatim vient avec toutes ses lois financières et sociales. Comme une reine qui marche accompagnée de ses gardes, un en avant et un en arrière.

 

Ce midrach présente une difficulté majeure et évidente. Les michpatim ne sont-ils pas des préceptes comme les autres? Pourquoi alors les comparer à des défenses, ils sont la Torah elle-même!

 

Un autre extrait (Id.) donne aussi à réfléchir. Moïse s'est particulièrement appliqué à trois choses et elles ont été appelées en son nom, Israël, la Torah et lesmichpatim. Là aussi le Midrach fait une différence entre les michpatim et l'ensemble de la Torah comme s'ils étaient une entité à eux seuls. Cette compréhension est bien sûr inacceptable. Quelle est donc l'idée véhiculée par ces passages? En voici l'interprétation.

 

Moïse est justice en toute circonstance

 

Moïse s'est donc particulièrement appliqué à établir les michpatim. A quoi fait-on allusion? Les commentateurs nous renvoient au terrible épisode dans lequel il tua l'égyptien. Celui-ci avait convoité l'épouse d'un hébreu et l'avait violé.  Vayifen ko vakho, Moïse examina avec précaution son cas et décréta la peine capitale qu'il appliqua d'ailleurs lui-même. Il le tua et l'enterra afin de dissimuler son acte au Pharaon. Puis il y a un autre événement, où il réprimanda Datane et Aviram, deux hébreux  mécréants, qui se molestaient. Furieux de son intervention, ils le dénoncèrent au despote qui chercha à le tuer pour avoir verser du sang égyptien.

 

Ces deux péripéties sont la démonstration de l'amour de Moïse pour la justice. Avant même de recevoir la Torah, le Juste ne pouvait supporter l'iniquité. Mais, objecterons-nous, presque tous les hommes possèdent naturellement cette vertu de vouloir protéger le faible et réparer les abus. En quoi le sentiment de Moïse était-il particulier? Pourquoi son acte a-t-il été qualifié de messirout néfech, d'ardeur singulière au michpat, à la justice?

 

La réponse est simple et elle constitue le secret de la construction de l'homme. La différence est que Moïse avait tout à perdre en appliquant la justice. La preuve en est la suite des événements. Il a été forcé de se réfugier dans le désert après avoir échappé miraculeusement à la mort. Pharaon l'avait, en effet, capturé pour le transmettre à ses bourreaux qui ne purent lui trancher la gorge (voir la description du miracle dans le Midrach). Il a perdu non seulement son statut et son confort, puisqu'il était encore, à ce moment, dans le palais royal, grandi comme un prince, et risqué sa vie comme nous l'avons constaté.

 

La différence entre le commun des hommes et Moïse est donc l'amour de la justice au point de sacrifier tout, mais vraiment tout, pour ce but sacré. L'homme est, non seulement vrai et il aspire à la vérité, mais rien ni personne n'arrivera à ébranler ses convictions. Pas uniquement dans le sens de le convaincre à changer d'avis, mais aussi et avant tout de l'empêcher d'appliquer sa philosophie dans la pratique. Une fois que la chose a été saisie et acceptée, plus rien ne le détournera d'elle.

 

 Un tel être est celui qui s'est purifié de toutes les pulsions et de toutes les tendances qui altèrent la réflexion neutre. En d'autres termes, l'homme à l'état libre, sans passions, que de la réflexion et de la rectitude, étranger au cho'had, au présent corrupteur. Si Moïse avait aimé un peu plus le confort et la vie mondaine, il se serait ''fabriqué'' inconsciemment mille bonnes raisons logiques afin de ne pas tuer l'égyptien. De même, il savait à qui il avait affaire quant il réprimanda Datan et Aviram. Il se doutait qu'il risquait la délation et les poursuites en s'immisçant dans leur dispute. Il resta lui-même et appliqua la justice en toute circonstance. Moïse était un homme de vérité à toute épreuve avant d'avoir reçu la Torah, un roc, une muraille invincible.

 

Cet amour de la vérité lui fait mériter la Torah. D. le choisit parmi les hommes pour en faire son émissaire.  Cela rejoint ce que nos Sages ont résumé en quelques mots dans les Maximes des Pères, dérekh érets kadma latorah, les vertus devancent la Torah. Rabbénou Yona commente cette Michna dans cette optique. La Torah ne s'installe que chez celui qui a purifié ses vertus de cœurs, un homme sans vices de forme. Elle est une loi de vérité et ne saurait se lier à celui qui se laisse corrompre par ses passions. Les vertus devancent la torah car elles sont une condition pour son installation en l'homme.

 

Un garde en avant

 

C'est l'explication de la première partie de la parabole de la reine qui marche accompagnée de ses gardes, un en avant et un en arrière. Le garde en avant est la rectitude du juif avant d'avoir reçu la Torah. Il n'est pas un homme de plaisirs balloté au gré de ses besoins. La réflexion seule le mène à un but fixé d'avance. Il est la création décrite dans le verset HaEloquim bara ét haadam Yachar, Eloquim a créé l'homme droit. L'homme est naturellement droit de par son essence. Il ne supporte pas l'injustice. Mais son jugement est quelquefois perverti car il se laisse tenter par ses besoins et ses pasions. A lui de revenir à la case départ avant de pouvoir progresser et jouir de la sainteté de la Torah.

 

Exemple supplémentaire par le Midrach

 

Les versets sont très avares en détails sur l'ascension du premier Patriarche, Avraham, au rang de prophète ainsi que sur le choix du Créateur. Pourquoi lui avoir demandé de Le suivre aveuglément dans la grande aventure spirituelle du monde? Rabbi Its'hak nous instruit à ce sujet. Selon lui, Avraham a été choisi car il désirait ardemment …la justice et l'ordre social.

 

 Hachem a dit à Avraham: ''lekh lékha, vas-t-en''. Rabbi Its’hak a dit : ''Il était tel un homme marchant d’une ville à l’autre, et voyant un grand édifice en feu, il se demanda: ''Est-ce possible que cet édifice n’ait pas d’intendant ! Le propriétaire des lieux l’observa et lui dit : '' Je suis le propriétaire de ce bâtiment !''. De même Avraham Avinou se demanda si ce monde avait un manhig, dirigeant ? Hachem l’observa et lui déclara « Je suis Le Créateur de ce monde »''. 

 

La formulation de ce Midrach est explicite. Avraham ne se demande pas si le monde a été créé mais plutôt s'il est administré par Le Saint béni soit-Il. Ce qui le désoriente est le fait d’assister à la confusion régnante, sans réplique apparente de la part du Juge Suprême. Il est en cela, comparable à cet homme qui, sur son chemin, aperçoit un édifice se consumer sans personne pour enrayer l’incendie. Il ne se demande pas s'il y a un propriétaire. Un si beau bâtiment n’a pu s’ériger de lui même ! Ce qui le préoccupe est de savoir s'il y a un intendant. Si oui, pourquoi ne se manifeste-t-il pas pour arrêter le ravage.

 

Avraham Avinou aspire avant tout à un ordre social. Il veut une réponse à ses interrogations car il faut au plus tôt établir une constitution, qu’elle soit  d’origine humaine ou divine. Le Tsaddik se dévoile ici dans ses premières heures de gloire. Non comme un être entièrement voué à l’élaboration de sa propre spiritualité, mais tel un sauveur de toute l’humanité. C’est cela qui lui vaut l’amour de son Créateur. Il était un homme de justice et c'est pour cette raison que D. lui a ordonné, Lekh lékha, vas-t-en et suis-Moi. Il va mériter la Torah.

 

Justice et émouna, croyance en D.

 

Avraham est un homme de loyauté, nous l'avons vu. Mais appliquer la justice consiste, avant tout, à rendre le monde à son propriétaire. Nous disons, en effet, chaque jour dans notre prière koné hakol, D. possède tout, parce qu'il crée tout. Sa fonction de Créateur de l'univers lui en octroie donc de droit, la direction. Ne pas croire, ne pas suivre D. revient à voler et à mentir.

 

La conclusion de notre pensée se dresse alors d'elle-même: l'homme épuré, qui n'est que droiture et amour de la justice, porte en lui la émouna, la croyance. Un être maître de sa réflexion et libéré de ses passions corruptrices arrive à un sentiment unique dans lequel s'entremêlent deux notions, faire justice à l'homme et à D. L'homme porte en lui la vérité. Il suffit d'y arriver en ne se laissant pas aveugler par les tendances mensongères et les tentations du corps. La manière de savoir si l'on est arrivé à cette dimension de vérité est la fermeté et l'assiduité à toute épreuve.

 

L'assiduité et la fermeté sont révélatrices de perfection

 

Mais comme nous l'avons bien compris à propos de Moïse, chaque homme ressent parfois ces sentiments. La différence entre ces ''héros'' et nous, réside dans la fermeté et l'assiduité. Eux, n'étaient mus que par cette réflexion et cette croyance car ils étaient invincibles. Aucune passion ou envie et peur n'aurait affaibli leur cœur, leur faisant décider, pour un instant, de déroger à leur philosophie.

 

Ce fut la condition sine qua none de leur élection. En effet, le Midrach (Rabba Béréchit 39; 3) énonce clairement, la règle pour être aimé de D. im 'homa hi nivné aléa, s'il est une muraille nous construirons dessus (Cantiques des Cantiques), s'il est aussi ferme qu'une muraille, il sera construit (le peuple élu) sur lui (Avraham).  im délet (Id.), s'il est comme une porte etc. Avraham a dit: Maître du monde, je suis une muraille, je serai ferme en toute occasion, et ''mes seins sont comme des tours'' (Id.), ce sont 'Hanania Michaël et Azaria (qui ont été prêts à se faire jeter dans une fournaise ardente pour leur foi).  Et c'est pour cela que D. a protégé Avraham de la fournaise ardente.

 

Cet extrait est explicite. Il a été choisi parmi les hommes parce qu'il était ferme comme une muraille et pas aussi versatile qu'une porte, quelquefois fois ouverte quelquefois fois fermée. C'est le signe qu'il était arrivé à la perfection et qu'il s'était épuré de toutes les passions corruptrices. Il était entièrement justice pour l'homme (il voulait un contrat social) et pour D. (il aspirait à la croyance et il se sacrifia pour elle). Il était le garde d'avant la Torah, il allait la mériter et pas de n'importe quelle manière!

 

Les reins d'Avraham   

 

Avraham et Moïse étaient donc guidés par leur convictions sans que les passions ne les en dévient un tant soit peu. Leur cœur était pur et il ne polluait aucune de leurs décisions. Car il faut savoir que l'homme est produit par l'addition du cœur et de l'intellect. Le premier conseille et le second décide de passer à l'acte ou non. Chez eux, le cœur était tellement  assaini qu'il ne les trompait plus. Il était en parfaite harmonie avec la réflexion.

 

Nous trouvons, dans les versets et les midrachim,  une mention particulière aux reins, Je suis D., qui scrute le cœur, sonde les reins (Jérémie17; 10). Rav Dessler (tome 2; p.37) accorde aux reins une fonction semblable à celle du cœur, mais ils occupent une place plus primaire dans la prise des décisions. Ils conseillent, yoatsot  au cœur. Les reins sont les conseillers les plus secrets de l'homme.

 

Or, le Midrach Rabba établit que des reins d'Avraham, a jaillie …la Torah. Ils ont été pour lui, comme deux Rabbanim, et il connaissait ainsi la sagesse divine bien avant son don sur le mont Sinaï. Nos Sages ont spécifié que cette Torah venait de ses reins, pourquoi? D'une part, car la Torah ne vient que chez un homme épuré de toutes les passions déviantes. Puis, et ce sera le sujet du prochain développement, parce que la Torah se révèle sur terre de cette manière. Elle est appliquée et interprétée par la logique de l'homme et ses décisions. Ce sera l'interprétation du garde qui vient après la Torah.

 

Le michpat est la vérité de D. perçue par l'homme Juste et honnête

 

Les halakhot, les lois sont réfléchies et adaptées par les Sages de chaque génération. Souvent, il faut décider et légiférer en matière de Halakha dans des nouveaux cas de figure. Les décisionnaires font alors appel à leur savoir et l'appliquent selon leur vision personnelle. Nous croyons fermement en la règle immuable, Elou véélou divré Eloquim, Elles sont tous des paroles d'Eloquim. Quand la halakha, la loi émane d'un esprit pur, elle est toujours Torah et parole de D.  Deux opinions peuvent donc être contraires et pourtant aussi vraies l'une que l'autre, comment?

 

Parce que la halakha, la loi qui est retenue, n'est pas celle qui est la plus vraie. Elle est celle qui est la plus adaptée à la génération. Elle est la vérité qui convient à l'instant donné. Elle a été perçue par le Rav, par sa vision de la Torah dépouillée des passions corruptrices.  Mais sa vision n'est pas forcément celle d'un autre Rav qui lui aussi est épuré, vrai et incorruptible. Le second ira chercher la Torah à un autre niveau et dans une autre sphère car les mondes spirituels sont infinis. Elle ne sera peut être pas fixée comme halakha, mais elle émane cependant de la Torah.

 

Le michpat, la rectitude est une condition pour être inclus dans le cadre de la règle de Elou véélou divré Eloquim, Elles sont tous des paroles d'Eloquim. Il faut être parfait dans ses reins et dans son cœur et ensuite la Torah jaillit.

 

C'est l'explication du Midrach, comme une reine qui marche accompagnée de ses gardes, un en avant et un en arrière. Il faut être parfait avant de mériter la Torah ou en tous cas se parfaire tout en recevant la Torah. Puis, se servir de cette rectitude afin de fournir une application à la Torah dans ce monde, la halakha lémaassé.

 

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