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Appel gratuit

D. aime Moïse et ''recherche'' son contact

 

Après la description de la construction du Tabernacle dans le livre Chémot, D. ordonne à Moïse les lois des offrandes qui vont s'y dérouler. La manière dont Le Saint béni soit-Il aborde Moïse est particulière, vayikra, Il l'a appelé. Ce terme véhicule en effet, une notion importante. Ce n'est pas l'homme qui a abordé D. par la préparation et la sanctification, mais le contraire. D. a trouvé l'homme déjà assez saint pour l'approcher et l'interpeler. Tout se passe comme si, La Divinité recherchait la proximité de la créature tant celle-ci a trouvé grâce à Ses yeux. Mais le Midrach va plus loin quand il affirme que cet ''appel'' était sans aucun but, tel celui d'un homme pour un ami dont il recherche simplement la présence et l'écoute.

 

Le Midrach (Rabba Vayikra 1; 9) fait en effet, la différence entre ce vayikra, Il l'a appelé et ceux écrits à propos d'Adam et Noé. Pourquoi accorder tant d'importance à ce terme, n'est-il pas déjà écrit à propos d'Adam Hachem Eloquim a appelé Adam (Béréchit 3; 9)? Il n'y a aucun déshonneur pour le roi à parler avec son intendant. Et avec Noé, n'a-t-Il pas aussi parlé de cette manière, comme il est dit etc.? Il n'a pas de déshonneur pour le roi à parler avec son berger etc.  D. s'est donc déjà adressé en premier à Adam mais parce qu'il en avait un quelconque besoin. Il devait lui enjoindre de bien conserver la création, comme un ordre à un intendant. Noé devait donner naissance à l'humanité.D. s'est adressé à lui pour qu'il grade bien Son troupeau. Cet appel à Moïse, vayikra, est gratuit sans aucun ''intérêt''. Offrir une vision prophétique à Moïse et lui dire combien il Lui est précieux, c'est la teneur du terme vayikra, Il l'a appelé selon nos Sages.

 

D. aime les convertis. Ils n'ont pas de parents, Il devient leur Père

 

D. aime les convertis à la foi du judaïsme. Yé'hayou kédagane, ils prennent le même statut que les enfants d'Israël (…) Le Saint béni soit-Il a dit: ''J'aime le nom des convertis comme le vin des offrandes sur l'autel sacré etc.  (Midrach Rabba id.). Cet extrait est évidemment très profond mais il devient presque inaccessible à la compréhension quand on sait qu'il vient commenter pourquoi D. a choisi d'interpeller ici le grand Prophète par le nom Moché, celui offert par Batya, la fille du Pharaon. Moïse avait pouratnt d'autres noms (voir Midrach)? La réponse est donc, parce que les noms des convertis Lui sont chers! Que veut nous enseigner le Midrach et pourquoi l'avoir introduit précisément en introduction au livre des sacrifices?

 

Pour bien saisir cet enseignement, il faut savoir que la métsiout 'hen, trouver grâce aux yeux de quelqu'un ne dépend pas des actes.   C'est ce que nous enseigne le verset (Malhakhi 1, 2) Esaü n'est-il pas le frère de Jacob… J'ai aimé Jacob. Ils peuvent être frères, donc semblables dans leurs actions, mais l'amour reste réservé à Jacob. Le secret réside dans l'essence la plus profonde de la personne. Deux êtres qui s'aiment, ressentent que leur essence s'accorde. Ils vont souvent même souffrir de leur union, mais les infractions ne détruiront rien puisque ce n'est pas la conduite qui a suscité et construit leur amour.

 

D. aime Moïse car il est entièrement aspiration au spirituel. Son essence est entièrement dépouillée de toute tentation à la matière (voire Tan'houma fin Tolédot au sujet de sa dimension qui a dépassée celle des Patriarches). Voici ce qu'en dit Maïmonide (pirouch hamichnayot perek 'helek yéssod chévii): Il a été choisi parmi tout le genre humain pour atteindre une connaissance de D. supérieure à celle qu'ont eut ses prédécesseurs et ses successeurs etc. Il s'est élevé de sa condition d'humain et a atteint la dimension des Anges. Il a franchi toutes les barrières  et rien de matériel ni aucun défaut, aussi petit soit-il,  ne l'a gêné (…) et il est devenu un esprit et c'est à ce propos qu'ont dit nos Sages qu'il parlait avec D. sans aucun intermédiaire etc.

 

 

 

C'est ce qu'il est devenu par l'effort, par sa naissance puisqu'il est né tov, bon et aussi par ce que lui a donné …Batya, la fille du Pharaon, la reine des converties. Il s'est dépouillé de son corps et de tous les défauts qu'il occasionne. Il parle librement à D., qui l'aime et l'interpelle même comme nous l'avons vu.

 

Batya fait …Moïse

 

La dimension d'un homme, aussi extraordinaire soit-elle, est toujours due, en grande partie, à celle qu'il a reçu au départ de ses parents. Dans le cas de Moïse il a eut une mère biologique, géante spirituelle, fille de Lévi et une autre par adoption, Batya la fille du Pharaon. Les textes lui accordent un statut de mère à part entière. Et voici les enfants de Bitya fille du Pharaon etc. (Divré hayamim 4; 18)  et encore le Talmud (Sanhédrine 19) considère comme si elle l'avait enfanté. En nous disant cela nos Sages ont enseigné qu'elle lui a fournit des forces spirituelles indispensables au prophète qu'il est devenu. Elle a agit en lui, à sa façon, comme une mère le fait de manière génétique. Pourquoi et comment?

 

Le prosélyte renferme une force particulière. Il fait le deuil de son passé au point où le Talmud le considère comme un enfant qui vient naître. Il n'a ni père ni mère signifie en d'autres termes, qu'il a vaincu ce qui sépare Israël des nations ou plus justement de sa nation. Car il faut savoir que la Torah a conçue l'univers et aurait donc du de ce fait concerner l'ensemble des nations. Ils l'ont simplement refusé, comme nous l'enseignent le Midrach et le Talmud, ofia méhar Paran, d'ici tu sauras que D. a proposé la Torah à tous les peuples mais ils l'ont refusé. Chacun a invoqué une difficulté propre à son essence qu'il ne voulait pas surmonter pour s'adapter à la sainteté de la Torah. La conversion est le fait de se dépasser, d'innover dans sa chair et sa nature au point que son père et sa mère biologiques deviennent tels des étrangers.

 

Cette voie, intrinsèque à la définition de la conversion, indique la force de celui qui l'a empruntée. Il a dominé certaines aspirations au mal. Rav Dessler explique ainsi la nécessité de ''produire'' le Messie à partir de Ruth la prosélyte. Il lui fallait une ancêtre qui avait réussi à vaincre le vice de Moav. Ce peuple est la descendance du fils incestueux d'un homme avec sa fille qui n'a pas eut la pudeur de le camoufler. Moav signifie en effet, ''de mon père''. C'est l'impureté mêlée à l'effronterie et la fierté de ses actes pourtant ignobles. Ruth est passée de ce défaut à la pudeur parfaite. C'est l'énergie qu'il faudra au Messie pour purifier notre société (dévoyée et fière de l'être).

 

Batya a aussi fait ses guerres pour siéger si haut! L'Egypte a plusieurs symboles, qui sont en fait des têtes de chapitres. Nous n'allons pas les traiter en détails dans le cadre de ce dvar Torah, mais dans un prochain courrier si D. le veut. Contentons de les évoquer. Les égyptiens anciens étaient, selon nos Sages, chétoufé zima, plongés dans la luxure. Le verset (Béréchit 42; 9) la qualifie d'ervat haarets, de terre de luxure.  D'autre part ils dominaient l'humanité sans aucun espoir de libération de son joug, aucun esclave ne pouvait s'échapper de ce pays (Midrach). L'homme était, à ses yeux du moins, omnipotent. Batya a donc vaincu, au moins, ces deux défauts majeurs qui rappelons-le encore, possèdent des sous-ensembles. Elle a aidé Moïse, en lui communicant sa force, à les vaincre jusqu'à la perfection.

 

Min hamayim méchitihou, je l'ai sorti des eaux, dit-elle pour justifier le nom de Moché. Or les eaux sont dans la pensée juive synonyme de passion sexuelle. Ils sont aussi synonymes de force dominatrice. Les eaux dominaient le monde et le recouvrait jusqu'au moment où D. leur ordonna de dévoiler la terre. En clamant cette raison au nom, Batya voulait mettre en évidence son rôle dans la stature du futur Maître. Elle allait lui induire la force dont elle était en possession. Il allait pouvoir briser la kélipa, l'écorce d'Egypte et extirper ses frères de l'impureté dans laquelle ils étaient plongés, les eaux impures.

 

Moïse a eut besoin de cette force pour délivrer Israël

 

Israël était esclave de corps et d'esprit. En effet, le verset (Dévarim 4; 34) décrit le processus de la sortie d'Egypte comme une amputation, guoy mikérev guoy un peuple extrait d'un autre. Les deux, l'oppresseur et le dominé, sont appelés guoy sans aucune distinction de nom ou de qualité. Ils semblent, à l'œil nu, semblables, tant ils se sont rejoints par l'acte. Il fallait donc leur fournir assez d'énergie pour surmonter ces mayim rabim, ces eaux immenses où ils se sont presque noyés. Moïse, en tant que Maître, leur a insufflé cette force héritée de la prosélyte Batya qui a vaincu en premier la kélipa d'Egypte.

 

Moïse est celui qui va diriger toute la création. Cette force, diamétralement opposée à celle de l'Egypte, est néanmoins une dérivée dans la sainteté, de leur envie dominatrice. Moïse le fait parce qu'il possède la Torah qui est la force motrice du monde. Il trouve donc en batya une aide pour s'éloigner du mal et une inspiration pour aller aux confins du bien.

 

C'est d'ailleurs le message de la main de Batya qui s'allonge de quelques mètres pour rejoindre le berceau de Moïse sur les eaux du Nil. Rien ne lui semble impossible ni inaccessible. C'est la version égyptienne dans la sainteté.

 

Il en va de même pour la sainteté de corps du Prophète. Il va devenir le plus saint et le plus immatériel des hommes, comme en a témoigné Maïmonide, Il a franchi toutes les barrières  et rien de matériel ni aucun défaut, aussi petit soit-il,  ne l'a gêné (…) et il est devenu un esprit. Batya a avant lui, franchi les frontières d'ervat haarets, de la terre de luxure. Sa deuxième mère lui a donné ces cadeaux spirituels qui ont profité à tut notre peuple.

 

Les sacrifices dans le Temple.

 

Revenons aux premiers midrachim. D. appelle Moïse avec amour, un appel gratuit sans aucune intention vayikra, Il l'a appelé. Il vient pourtant lui enseigner les règles des sacrifices dans le Temple, alors pourquoi le qualifie-t-on de gratuit plus que celui d'Adam ou de Noé?

 

Car le sacrifice est comme le séfer ha'hinoukh le dit une façon de se souhaiter le même sort que subit la bête. C'est ce que mérite le fauteur. Mais il y a davantage dans l'idée du séfer ha'hinoukh. Après avoir fauté, l'homme doit prendre conscience de sa condition encore bestiale puisque dominé par les sens. Comme il est loin du Maître Moïse qui n'était qu'esprit! Le souhait en regardant cette bête disparaître est que la partie animale qui est en nous, disparaisse aussi.

 

Vayikra, Il l'a appelé est donc une introduction à la paracha des sacrifices parce qu'il véhicule cette idée d'amour pour l'homme immatériel, celui qui a vaincu l'animal qui est en lui. Ce vayikra, Il l'a appelé est suivi du nom Moïse car il évoque la source de cette dimension: Batya. Ce nom lui a été donné par une prosélyte.

 

 

Salomon

 

Je n'ai pas trouvé de source à la prochaine idée. Elle semble pourtant vraie, c'est pour cette raison que je vous la propose, et en très bref. Elle initiera la réflexion et la discussion.

 

Salomon épouse la fille du Pharaon la veille de l'inauguration du Temple. Il mêle donc les sacrifices, à une alliance avec le sexe féminin, mais pas n'importe lequel, celui en provenance d'Egypte, coïncidence?

 

Il multiplie les chevaux, tous aussi en provenance …d'Egypte. Les chevaux sont le symbole de la domination et de la guerre, autre coïncidence avec le constructeur du Temple?

 

Or, les lettres du nom Salomon sont celles de lémoché, à Moïse. En d'autres termes, Salomon a vécu dans l'espoir d'atteindre la dimension du grand Maître. Mais ce qui a fait la différence entre les deux hommes est que Moïse connaissait le secret de la para adouma, de la vache rousse et que Salomon l'a ignoré jusqu'au dernier instant.

 

Poursuivons la réflexion. La vache rousse est l'expiation du veau d'or. Celui-ci a été encouragé par le erev rav, les convertis sortis avec les enfants d'Israël d'Egypte. Ils sont qualifiés dans les versets de peuple de Moïse. Il faut comprendre que Moïse possédait la faculté de les insérer dans les rangs d'Israël. Il avait la force de la vache rousse entre ses mains qui est au dessus de celle de la faute du veau d'or puisqu'elle lui sert d'expiation. Il faut lire donc qu'il était à même de ramener tous les prosélytes au sein d'Israël et de les gérer.

 

Salomon qui aspirait à cette dimension de Moïse a cru  pouvoir vaincre la part d'impureté de toutes les nations, et même celle de l'Egypte, par le sacrifice du matériel avec la venue du Temple. Lui n'avait pas le secret de la vache rousse. Il n'a pas pu poursuivre la démarche de Moïse.

 

Chabbat chalom

Rav Yossef Simony

 

 

 

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