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Mieux comprendre le Tabernacle

L'idée de construire un sanctuaire ou un Tabernacle, pour y faire résider D., frôle de très près l'idolâtrie. En effet, quelle matière ou quelle surface pourraient-elles contenir D.? Une représentation de La Divinité ou son confinement entre quatre murs comme maison, paraissent, aux yeux de la logique, tout aussi  blasphématoires. Et pourtant, le commandement est clairement édicté et il n'est laissé aucune place au doute ou à l'interprétation. ''Qu'ils me fassent un Sanctuaire'' ordonne ou plutôt, comme nous allons le voir, demande D. à Ses enfants. Le dvar torah de cette semaine va donc essayer d'élucider un peu ce mystère.

 

Faites moi une faveur

 

La Torah a été offerte aux humains mais D. l'aime comme Sa fille unique. Il ne peut s'en éloigner. Tel un Roi qui a donné sa fille unique en mariage à un prince. Elle doit sans aucun doute le suivre puisqu'elle est son épouse, mais le père sent qu'il ne pourra supporter la séparation. ''Je ne peux te demander de ne pas partir avec elle, mais faites moi une faveur: Réservez-moi un appartement à vos côtés, où que vous soyez''.  

 

Les paraboles de nos Sages sont très précises et leur analyse offre toujours beaucoup d'indications. Celle-ci représente D. comme un père épris de sa fille, la Torah. Il ne peut exiger de cohabiter avec eux, il le demande néanmoins comme une faveur. Le Tabernacle est donc une faveur. Nous devons comprendre pourquoi nos Sages ont lu les versets de cette manière. Les préceptes ne sont jamais facultatifs, pourquoi celui-ci le serait-il?

 

Continuons notre analyse. Le père veut habiter auprès de sa fille. Le gendre sait ce que cela lui coûtera. Si la princesse est maltraitée ou malheureuse, le roi saura réagir et rétablir l'ordre par des moyens de pression dont il dispose. S'il assiste son gendre, il le privera jusqu'à qu'il contente sa noble femme, etc. Le prince accepte car lui aussi est amoureux. Il désire plus que tout faire le bien et offrir du bonheur. Mais il connaît sa nature humaine et consent à être surveillé et si besoin est, admonesté. Il risque son confort mais il offre un signe d'amour à sa fraiche épouse. 

 

D. veut résider en notre sein, en d'autres termes, la réaction ne se fera pas attendre. Le rendez-vous avec le Juge Suprême n'est pas à la fin du parcours sur terre, il est permanent. Le juif sait quand Son Créateur est satisfait ou non de sa conduite. A ce propos le Midrach (Rabba bé'houkotay) a dit: ''Le glaive et le livre sont descendu liés''. D. a tous les moyens de pression puisqu'il fournit toute notre subsistance.

 

En acceptant cette ''faveur'' le juif a démontré combien il aime la Torah et Son D. Le bien être matériel sera souvent remis en question, comme l'histoire de notre peuple l'a illustré, mais ce qui lui importe, est d'être rappelé à l'ordre constamment. Il ne veut pas s'égarer durant son existence. ''Réside parmi nous et indique nous quand nous malmenons Ta Torah''. Telle a été la faveur car la Torah aurait pu être vécue autrement: La pratiquer ou non et répondre de ses actes uniquement après la mort.

 

Telle est la notion que véhicule le Michkan, Tabernacle. En premier, un amour sincère pour la Torah puisque nous ne voulons pas nous en écarter et acceptons une ''surveillance'' permanente. Puis un désintéressement pour le confort de ce monde. En effet, les enfants d'Israël ont accepté de le mettre en gage contre leur respect des préceptes de la Torah. Ils ont annulé l'attrait pour le matériel car ils le risquent à tout moment à cause d'une conduite défaillante. Nous allons développer ce thème. 

 

C'est dans cette optique que le Midrach (Rabba Eikha) désigne le beth hamikdach, Temple de métsora, lépreux. Cette comparaison, choquante au premier abord, vient induire cette vérité. Le Temple a été détruit parce que la société qui l'accueillait en souffrait trop. Cet endroit trop saint pour une communauté corrompue par la faute, faisait abattre sur eux des châtiments trop lourds. Il valait donc mieux l'écarter comme on écarte un lépreux. En effet celui-ci est rejeté de la société car il médit ou pratique la luxure, selon les avis. Il corrompt donc son entourage, car pour ce genre de déviations, il a besoin d'un partenaire. Il fait du mal et n'a plus sa place au sein de ses frères. Le Temple aussi, à un certain moment, ne profitait plus au peuple? Ils n'étaient plus à même de jouir de sa sainteté. Ils ne faisaient que l'humilier et en subissaient les conséquences. D. l'écarta. (Ce Midrach a été développé dans le livre ''Les secrets de l'exil'' sur le Midrach Eikha)

 

Mais il faut savoir que la Présence divine réside toujours au sein d'Israël. Elle n'est plus aussi palpable certes, car son intensité est moindre. Qu'ils Me fassent un tabernacle véchakhanti bétokham, afin que je réside en leur sein. Nos Sages (Alcheikh hakadoch) ont traduit ce verset un peu différemment, afin que je réside au sein de chacun! Le Temple a donc servi de moyen pour se confondre au peuple aimé et élu de D. Ce phénomène est encore vérifié aujourd'hui mais d'une manière moins visible.

 

Entre le veau d'or et le Tabernacle

 

Les enfants d'Israël ont accepté la Torah en clamant naassé vénichma, nous ferons puis nous comprendrons.  Une magnifique dimension, nous diront nos Sages, celle des Anges. En érigeant le éguel hazahav, le veau d'or, ils ont perdu une partie de cette dimension, le naassé, l'action. Le Midrach compare cela à un roi qui a confié deux vases précieux à son serviteur. Il en cassa un et apparu confus et apeuré face à son Maître.   Pourquoi trembles-tu autant? Le questionna-t-il. Parce que j'ai cassé l'un des vases que tu m'as donné à garder. Le roi le mit alors en garde: Tu as cassé le premier, fais donc bien attention à l'autre''!  Ainsi en disant naasé vénichma, nous ferons puis nous comprendrons, ils ont reçu deux belles dimensions. Avec le veau d'or, ils perdirent le naassé, nous ferons. Il ne leur resta plus que le nichma, nous comprendrons.  Faites-y attention, les prévient Le Saint béni soit-Il.

 

Pourquoi le éguel, le veau d'or a-t-il ''cassé'' la dimension du naassé, l'acte, et que veut d'ailleurs dire posséder la dimension du naassé?

 

Le veau d'or n'a pas été une forme grossière d'idolâtrie. Ils ont voulu représenter le D. d'Israël de manière symbolique, par la forme du veau. Ramban commente en détails leurs intentions dans cette représentation de D. par le veau, s'y référer. L'erreur a été leur volonté d'exister côte à côte avec La Divinité. En effet, le veau est le symbole, dans le Midrach (Rabba; 'Hayé Sarah etc.), de l'abnégation, de celui qui suit sans rechigner. Ils ont donc désiré un dieu qui les suive et leur permette de jouir de leur existence comme ils l'entendaient et non comme Il le leur dictait par la Torah.  Le message était clair: ''Sois tel un veau et suis-nous. Protège-nous, mais laisse-nous jouir et adapte-Toi à nos inclinations''. Ils n'ont pas accepté de jouir entièrement par la proximité à D., ils ont aussi accordé une place au plaisir et au bonheur par le biais du corps et du matériel.

 

La création va perdre à leurs yeux, devenus un peu plus profanes, la dimension du naassé, du faire, pourquoi? L'idée est délicate mais d'une grande simplicité: la lecture de tout ce qui est dans l'univers est très subjective. Exemple: un écran d'ordinateur est, dans le monde occidental, un outil de travail pour lequel il a été conçu. C'est ainsi qu'il est perçu et utilisé. Pour un être primitif, il est tout au plus un écran pour le soleil tapant de midi. Il le posera à sa fenêtre et s'en servira comme parasol etc. La définition d'une chose est donc son utilité pour soi ou pour autrui. L'homme est donc au centre et l'univers gravite autour de ses besoins et ainsi chaque chose prend son sens. Quelque chose qui n'a aucune utilité n'existe pas et ne peut être défini. Une pierre transparente n'est presque rien jusqu'au moment où les hommes l'ont décrété comme bijou et valeur. L'homme existe et donne une vie à chaque chose dans la création. Quand elle n'a pas d'utilité, elle est morte.

 

Cette définition est vraie tant que l'homme existe et ressent ses besoins avant ceux de son …Créateur. Avant la faute du veau d'or, celle où ils ont voulu s'affirmer comme une entité ''désirante'' et indépendante, ils lisaient la création par rapport  à la réalité de D. Une pomme n'était pas avant tout un aliment ou un dessert. Elle révélait la sagesse de D. et une fraction de son intention dans le projet universel. Elle fournissait une lecture d'un message divin. L'acte, le naassé  a perdu son sens le plus vrai, à savoir constituer une révélation de D., car l'homme a pris le devant. Il déchiffre le monde par rapport à lui-même, àn sa réflexion.

 

Le Tabernacle a été une expiation pour notre rupture avec le naassé. Le Midrach va nous aider à le comprendre.

 

Je dors mais mon cœur est réveillé

 

Vous l'avez reconnu, c'est un verset du Cantique des Cantiques, je dors mais mon cœur est réveillé. Le Midrach (Rabba; Térouma) commente ce verset de la manière suivante. Je dors depuis la faute du veau d'or mais Le Saint, béni soit-il, réveille mon cœur en me demandant d'apporter une offrande pour la construction du Tabernacle, véyik'hou li térouma, qu'ils prennent pour Moi une offrande.

 

La construction du Tabernacle vient donc comme une expiation pour la faute du veau d'or. Depuis ce péché, je dors mais mon cœur est éveillé. L'idée du corps endormi est une allusion très claire à l'inaction après avoir brisé le naassé, l'action. Les enfants d'Israël ne savent plus agir, ni lire la création, dans l'acception la plus noble de ces termes.  Mais Le Saint, béni soit-Il, veut les encourager à l'action, la vraie, ne serait-ce qu'occasionnellement. Ils vont construire quelque chose dont la perception sera limpide et vraie, un reflet de D. et de son action, comment? Il leur demande de donner des matériaux pour la construction du Michkan, Tabernacle. La formulation de cette demande est très particulière. En effet, D. ne leur demande pas de donner, mais de prendre pour Lui, véyik'hou li térouma, qu'ils prennent pour Moi. Ce n'est ni du français ni de l'hébreu! On ne prend pas pour, on donne à? Voici l'interprétation de ce verset.

 

Toute passation de biens, même entre deux êtres aimants tels un père et son fils, mérite l'appellation de don. La chose est offerte et le donneur ressent un sentiment de séparation ou de manque, quoique minime mais présent dans les tréfonds de son cœur. Le Saint béni soit-Il, n'a pas voulu de cette sorte d'offrande pour Son Temple. Elle est louable, mais elle n'expiera pas le péché du veau d'or. Il a ordonné qu'il Lui soit pris et non donné. La différence réside dans l'absence totale du sentiment décrit précédemment. Il ne sera ressenti aucune séparation puisque l'homme n'existait plus pas face à la vérité de la réalité de D. Il ne Lui a pas donné pas. Le Créateur a pris.

 

Ce don, qui n'en a pas été un, a pu monter un édifice méritant le nom de naassé, d'action. Le Tabernacle a été le reflet de la splendeur de D. sans aucun honneur ou utilité pour l'homme. Il a eut sa définition par rapport à la réalité de D. Le sentiment des enfants d'Israël a été tellement parfait qu'il a permis de revenir, pour ce projet du moins, à une dimension où la lecture de la matière est une glorification du Nom. On ne voyait plus des panneaux de bois mais des Sérafim, des Anges comme ils sont en haut, autour de D. (Midrach; id.) etc.

 

Betslahel ''récolte'' la volonté du peuple

 

Le prochain extrait de Midrach  (Rabba; Vayakhel) est une véritable énigme: Bétsalhel est venu et a guéri la plaie (ndl. du veau d'or) Tel le disciple d’un médecin qui a pansé une plaie et l’a guérie. Tout le monde le félicita mais le Maître leur dit : «C’est moi qu’il faut complimenter car je lui ai inculqué cette science». De même, tous se mirent  à acclamer Bétsalhel en disant : «C’est grâce à sa sagesse qu’il a pu faire le Tabernacle». Hachem a dit : «C’est Moi qui l’ai créé et lui ai enseigné cette science». 

 

Les enfants d'Israël se sont donc mépris au point de confondre le Maître avec l'élève. Betslahel, qui a été le maitre de chantier désigné par D., a tellement réussi don œuvre, qu'ils l'ont confondu avec …D!!! Quelle que soit la beauté de la réalisation, il reste incontestable que tous ses pouvoirs ont émané de D. En quoi donc la performance de Betsalhel fut-elle trompeuse ?

 

Le Tabernacle a été le résultat de la volonté parfaite et profonde de chaque juif de voir résider D. parmi les hommes.  Betsalhel a su réunir tous ces sentiments pour en faire un édifice spirituel. Celui fait de matière n'a été que la réflexion du véritable Tabernacle fait d'amour pour D.  Chaque juif vint avec son offrande et le sentiment qui se dissimulait derrière. Le Maître a su agencer le virtuel en lui donnant un sens, une lecture dans la matière dont était fait le Tabernacle. Ils ont lu D. dans la forme du Michkan, Tabernacle. Le D. qui les a réveillés, Le Saint, béni soit-il, réveille mon cœur. Ils ont accordé à Betslahel un pouvoir divin puisqu'il savait gérer et agencer des mondes spirituels.

Chabbat Chalom

Rav Yossef Simony

 

 

 

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