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Tout est relatif

Tout est relatif

 

Il y a deux semaines, nous annoncions l'exposition à Jérusalem du manuscrit d'Einstein sur la relativité du temps. Le dvar Torah évoquait en effet, certains midrachim traitant de ce thème. Il n'y a pas, à ma connaissance du moins, de thèse sur la relativité de la matière. Et pourtant, que la Torah est belle! Elle nous mêle aux secrets du Créateur. Nous trouvons en mains endroit cette notion de relativité de la matière. La mesure de la distance dépend de la perception de l'homme.

 

Prenons l'exemple de la kéfitsat hadérekh, le chemin qui saute, en traduction littérale! Le Tsaddik, le Juste, atteint sa destination en un instant. Comment et pourquoi? Tel est le sujet de ce dvar Torah.

 

Le choix du sujet n'est pas au hasard. La fin de notre sidra Tsav, évoque ce thème. Le Tabernacle est prêt et il ne reste plus qu'à le consacrer par le service sacerdotal d'Aharon, frère de Moïse. C'est lui, en effet, qui a été choisi comme Cohen gadol, grand prêtre. Il est investi en ce grand jour en présence de tous les enfants d'Israël. Ils se postent tous à cet effet, face à la porte du ohel mo'ed, la tente d'assignation. Comment trois millions de personnes peuvent-ils se tenir tous, face à un point donné? C'est la question que pose le Midrach et y répond par la règle de …la relativité de la matière. C'est l'une des occasions où mouat ma'hzik haméroubé, un petit endroit contient un grand nombre (Midrach Rabba fin parachat Tsav).

 

Le Midrach nous offre d'autres exemples à ce phénomène. Au Beth hamikdach, Temple aussi, Ils se tenaient serrés et se prosternaient à terre avec aisance. Rabbi Chmouel fils d'Yvia a dit: ''Il y avait quatre coudées entre chaque homme afin que l'un ne sache pas ce que demande l'autre à son Créateur (Id.). Moïse a tenu dans sa main une quantité huit fois supérieure à la taille de sa paume. A la fin des temps aussi, tous les peuples accourront à Jérusalem et s'y réuniront. Comment pourra-t-elle les contenir'' etc.

 

Le makom, l'espace, l'emplacement, semble s'éclipser sous certaines conditions. Quelles sont-elles?

 

Makom, la place

 

La notion de makom, de place, est évoquée avec l'arrivée de Jacob au site futur du Temple à Jérusalem, Vayfga' bamakom, il arriva à l'endroit. Le Patriarche fuit son frère Esaü et se dirige vers 'Haran, où il va chercher à se marier selon les recommandations de sa mère. Il fait une halte à l'emplacement du Temple et reçoit la célèbre révélation de l'échelle sur laquelle montent et descendent des Anges.

 

Pourquoi ce site est-il désigné ainsi, makom? Car s'y trouve Le Créateur qui le Makom du monde et non l'inverse. Le monde n'est en effet, pas l'emplacement du Créateur puisqu'Il est appelé Makom (Midrach). C'est à ce titre que D. est appelé Makom dans toutes les sources bibliques et  juives.

 

Que signifie que D. est l'emplacement du monde? Et aussi, pourquoi le Midrach a-t-il ressenti le besoin d'établir que le monde n'est pas à même de contenir l'infinité de D., au point d'en faire une déduction de ce verset, puisqu'Il est appelé Makom ?  N'est-ce pas évident que le monde est limité alors que D. ne l'est pas?

 

Voici l'explication la plus littérale de ce passage. Le monde a été créé pour dévoiler la grandeur et la Sagesse de D. Chaque événement, chaque chose, va former un ensemble qui, avec la venue du Messie et la fin des temps, offrira une image claire de Son unité. Tout ce que l'âme humaine peut recevoir va l'être à cette époque. Car il faut savoir que D. ne va dévoiler qu'une infime partie de Sa connaissance. Le reste, il nous est même interdit de l'évoquer. C'est donc dans cet esprit que le Midrach pense, à un moment, que le monde est l'emplacement du Créateur. Il veut dire que tout ce dévoilement proviendra du monde. Les événements et les choses s'uniront et offriront à l'homme ce qui lui possible de capter. La réponse est que le dévoilement dépassera de loin les confins des possibilités de l'univers. Il n'est qu'un grain de poussière face à ce que D. veut montrer à Ses enfants.

 

C'est le sens du prochain extrait de Midrach (Chémot Rabba; 13). Avnimous a demandé aux Sages, de mémoire bénie, comment la terre a-t-elle été créée? Ils lui dirent, nous ne sommes pas versés dans ces sujets, va plutôt chez Abba Yossef habanay (…) Il lui dit: D. a pris de la poussière d'en dessous de Son trône et il l'a jeté sur les eaux. Les petites pierres qui se trouvaient dans cette poussière sont devenues des grandes montagnes etc.

 

Ce passage est évidemment très profond. On se suffira d'une interprétation presque littérale. Le trône de D. est le symbole de Sa majesté, à savoir de Sa royauté et de Ses pouvoirs. Ce trône repose sur un support qui n'est pas décrit dans ce texte. Mais entre ce support et le siège, il y a de la poussière à partir de laquelle tout l'univers a été fait. Le support est le symbole de l'expression de cette royauté. En effet, il est tel ce parterre qui tient le trône et lui donne la possibilité de s'ériger. La poussière qui est sous le trône est une quantité infinitésimale et presque négligeable de ce support. Il faut donc comprendre que la terre est une expression infinitésimale de la royauté de D. C'est ce que lui a répondu Abba Yossef Habanay.

 

C'est aussi le sens du Midrach précédent. D. est Le Makom, l'emplacement de l'univers. Car celui-ci ne contient pas la révélation qui est beaucoup plus grande. Il n'y a pas d'expression de la royauté divine, de Son trône, par la terre. Elle n'est qu'une poignée de poussière par rapport à ce qui va être dévoilé. D. contient l'univers et l'univers ne contient pas tout le dévoilement de D.

 

Allons plus loin dans la réflexion. La terre n'existe donc que si elle exprime Sa royauté, si elle Lui sert de support. Or pour celui qui perçoit directement le kissé hakavod, le trône divin, la terre perd toute signification. Car il se hisse à une sphère où la terre entière n'est qu'une poignée de poussière, celle qui a fait le monde. Il n'y a plus de terre, d'espace ni de distance.

 

C'est le cas de Moïse. Alita marom, tu es monté aux cieux, dit le verset à son propos, tel un Ange, il a habité quarante jours et il s'est agrippé au Trône céleste (Midrach). Cette dimension l'a placé au dessus de l'espace.  Celui-ci a repris son statut de poussière. A propos de Moïse aussi, nos Sages ont dit, mouat ma'hzik haméroubé, il pouvait tenir huit fois la dimension de sa paume (Midrach fin parachat Tsav).

 

Cette dimension a été celle de Moïse. Celle des enfants d'Israël est différente mais toute aussi impressionnante, nous allons l'aborder.          

 

Le Makom dans le Makom

 

Car il y a une autre idée dans la notion de makom.  Ce terme est, dans son acception la plus simple à savoir une terre de provenance ou d'habitation. Celle-ci imprègne la chose et l'homme qui y évoluent et y vivent (voir Midrach début parachat Chéla'h). C'est une vérité que chacun peut constater en examinant les productions et les habitants d'un pays par rapport à un autre.

 

Vayfga' bamakom , il arriva à l'endroit dit le verset à propos de Jacob. Nous avons commenté ce verset selon sa compréhension midrachique,  Makom se référait à D. Mais il ne faut pas négliger la version littérale selon laquelle makom signifie endroit et site du Temple. Jacob arrive donc à l'endroit par excellence ici bas. Le Kéli Yakar, disciple du Maharal de Prague, explique que cette place est désignée ainsi car elle a été la source et le commencement de la création. Toutes les forces et les richesse du monde sont provenues et continuent d'être alimentées par ce point géographique et spirituel. La substance et l'essence du monde viennent de Jérusalem! Ce point est désigné dans les livres de pensée juive comme la nékoudat Tsion, le point de Sion.

 

Il est donc appelé makom, car il désigne l'espace dans lequel évolue tout le reste. Jérusalem et en particulier son point central, le Temple, nourrit et influe sur l'univers entier. Il mérite donc le titre de makom, d'emplacement du monde. Il inspire l'univers entier.

 

Selon cette vision des choses, Jérusalem qui est un makom, celui de tout l'univers, est un intermédiaire pour Le Makom par excellence, D. En conclusion le schéma est le suivant: L'univers, qui est makom de ses habitants, est contenu dans Jérusalem. Puis, cette ville est contenue dans Le Saint béni soit-Il qui sert de Makom  d'emplacement au monde, à savoir d'inspiration par le biais de Jérusalem. L'un reçoit son inspiration et sa vitalité de l'autre dans une relation de subordination.

 

Se passer de l'espace

 

Tout se passe donc comme si, chaque endroit offrait de sa substance à celui qui y vie, uniquement comme un intermédiaire entre lui et Jérusalem. Cet emplacement reçoit en effet, lui-même, sa vitalité du point central de l'univers, du site du Temple, et il la déverse à ses habitants.

 

Dans un schéma où l'homme sait se référer directement à Jérusalem, sa terre devient inutile. Car de même que l'univers n'est que poussière par rapport au Trône céleste, le reste du monde s'efface devant Jérusalem qui est la source de tout. Quand nos sages nous apprennent que trois millions d'êtres humains se sont  postés face à la porte de la tente d'assignation, ils enseignent cette vérité: les enfants d'Israël, en ce jour d'inauguration et d'intronisation d'Aharon, se sont référés directement au Temple et ont refusé toute importance au reste de la création. Ils ne voient plus que l'essentiel dans la création et le reste retourne à l'état de poussière. Ils ont relativisé la matière.

 

Habiter à Jérusalem

 

L'homme du commun est bien trop petit pour comprendre l'actualité et pour donner son avis sur la suite des événements.  Mais son devoir est d'en tirer un enseignement et de se demander quel est le message que D. veut faire passer.

 

Certains, sans aucun doute, motivés par un autre sentiment que l'amour pour le peuple juif, veulent restreindre les frontières de Jérusalem. Ils souhaiteraient ne pas ou ne plus nous voir postés face à la porte du Temple. Nous avons compris que notre situation géographique ne dépend pas d'eux. Elle est le fruit de notre perception de la réalité. Nous pouvons tous nous tenir à Jérusalem. La question est de déterminer si notre bénédiction provient du centre de l'univers, du site du Temple, de la nékoudat Tsion ou des innombrables intérêts bilatéraux que seuls des ordinateurs secrets connaissent, tant ils sont réellement nombreux. ''Réellement'' pour l'ordinateur, mais dans notre réalité à nous, les ordinateurs c'est que de la poussière (et pas seulement les ordinateurs).

Rav Yossef Simony

 

 

 

 

 

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