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D'où provient le grand homme?

D'où provient le grand homme

 

Certains d'entre-nous ont eut le privilège de rencontrer un être d'exception. Un homme ou une femme comme il en existe peu. On ressent, à force de les fréquenter, qu'ils ne sont pas simplement géniaux, innovateurs ou intelligents. Ils ont dépassé le lot mais d'une manière singulière, indescriptible. On a l'impression qu'une baguette magique les a touchés et métamorphosés. Il ne nous faudrait pas quelques années supplémentaires de labeur pour leur ressembler mais d'un remake complet. Bref une autre ligue!

 

Abraham le Patriarche est l'un d'entres-eux. Le Midrach  (Rabba houkat) dit à son propos qu'il a été le résultat de cette métamorphose évoquée précédemment. Il a en effet été une énigme pour ses contemporains et pour nous aussi, il continue de l'être. Comment s'est-il produit? Qui a pu engendrer un tel être? Son père diriez-vous? Chadayim ein lah, Nous avons une petite sœur, dont le sein n'est pas encore formé (Cantique 8, 8), ce verset est commenté dans le Midrach (Rabba , lekh lékha) à propos d'Abraham, pour dire qu'il n'a pas été éduqué et n'a rien reçu en matière de génétique spirituelle. Il n'a pas été allaité! Au contraire, Téra'h était un idolâtre notoire. Alors comment l'impureté a-t-elle fournie la pureté?

 

C'est ce que s'est demandé Job dans ce verset rapporté et commenté par le Midrach(איוב יד) מי יתן טהור מטמא לא אחד , qui a pu produire la pureté de l'impureté, n'est-ce pas l'Unique? Abraham de Téra'h. Il faut bien comprendre la question et sa réponse. Il s'émerveille de la grandeur d'Abraham et il ne la lui trouve aucune explication plausible et rationnelle. Sa seule conclusion est que l'homme n'a pu se produire par lui-même. Il n'y a que D. qui a su le faire.

 

Mais ce Midrach est encore plus beau. Car il faut faire la nuance entre le Tsaddik et toute la création qui n'est que le produit de D. et face à laquelle Job  ne se pose pas la même question, Qui l'a faite? La réponse est dans la formulation de sa réponse, n'est-ce pas l'Unique.  Job ne pointe pas directement sur l'action de D. en disant qu'Il en est la source. Il arrive à sa conclusion par l'absurde. Il ne dit pas c'est D. mais n'est-ce pas D.? Puisque personne n'a pu le faire, il ne s'agit donc que de D. Tout se passe comme si l'action et son produit étaient camouflés et que l'on ne pouvait les décrire par la logique ou encore moins les montrer. Ce n'est pas une fleur ou toute autre création de D. que l'on montre du doigt et à travers laquelle D. est ''palpable''. Le Tsaddik est le produit d'une main invisible et indescriptible et qui a produit une chose invisible et indescriptible. On devine le passage du Saint béni soit-Il parce qu'il a laissé Sa trace. Le grand homme partage l'essence camouflée et indescriptible de D.

 

La pureté d'Abraham  ''qui a pu produire la pureté de l'impureté, n'est-ce pas l'Unique?'', provient d'un endroit inaccessible à la raison et que l'on ne peut indiquer ou décrire par les mots. On ne peut dire qu'une chose: elle existe et elle est se ressent. Tout se passe donc comme si, la pureté devait passer par une mise en relation avec une dimension de spirituel extérieure à ce monde, défiant toutes les règles et dépassant toutes les pensées.

 

C'est pour cela aussi que les secrets de la purification par les cendres de la vache rousse sont restés inexplorés. Même le roi Salomon a fini par déclarer ''qu'elle est loin de moi'' (Kohélet 7, 23). Car la pureté d'Israël est à l'image de celle de leur Patriarche. Elle provient d'un contact avec une dimension d'outre création qui les imprègne de leur essence.

 

Historique de la vache rousse

 

Faisons un peu d'histoire. Quand a été enseignée pour la première fois la loi de la purification de la vache rousse? Car il faut savoir qu'Hachem a mis à la disposition de Son peuple une partie de la Torah avant le grand jour de la révélation sur le mont Sinaï. Ce fut selon le Sefer Habahir, (53) moins connu par son autre nom,  Midrach rabbi Né'hounia ben Hakanah, une sorte de premiers soins à personnes en danger. Les enfants d'Israël étaient en effet à l'entrée du désert et ils étaient assaillis par des sombres pensées, autrement dit le yétser harah s'en prenait à eux. Le Saint béni soit-Il les a sauvé en leur ''administrant'' quelques parties de la Torah afin de reposer leur âme tourmentée: les lois du chabbat, dinim, les lois monétaires et …la para adouma, la vache rousse.  Chabbat ainsi que les lois monétaires sont des sujets auxquelles le juif est confronté au moins une fois par semaine mais la vache rousse pourquoi la leur avoir enseigné maintenant alors que sa pratique devra attendre bien plus tard, comme en témoignent les versets? La réponse à cela réside dans la nature de leurs sombres pensées comme nous allons le comprendre.

 

Les hébreux délivrés de l'oppresseur n'ont pas encore franchi la limite du désert qui va devenir leur lieu d'habitation pendant quarante ans.  Ils sont à Elima. Un endroit accueillant puisqu'ils y  trouvent douze sources jaillissantes et soixante dix palmiers. Sefer Habahir se demande pourquoi ce lieu et sa palmeraie sont-ils dignes d'attention, ''dans la plus modeste des palmeraies il y en a milles?''. Sa conclusion est ''qu'ils ont mérité d'atteindre leur véritable dimension'' et ''qu'ils sont désormais comparables aux palmiers''. En effet, les douze sources jaillissantes sont une allusion aux douze tribus, comme le dit d'ailleurs Rachi sur le verset,   qui vont dès lors, produire ce qu'elles ont de meilleur. Les palmiers sont le symbole du Tsaddik, ''Tsaddik katamar ifra'h, Le juste fleurit comme le palmier; (Téhilim 92, 13). Ils ont enfin retrouvé la paix de l'âme. Ils sont eux-mêmes, des Justes. Car raconte le Séfer Habahir, ils l'ont échappé belle!

 

Ils étaient en effet, à Mara, un endroit dont le nom est très révélateur. Ils y ont goûté aux eaux amères et ils s'en sont plaints. Il a fallu que Moïse implore son D. et qu'Il lui indique un certain arbre susceptible d'adoucir les eaux. Selon Le séfer habahir les enfants d'Israël étaient remplis d'amour pour D. mais ils n'arrivaient pas à jouir de Sa proximité et de leur nouvelle situation de peuple de la Torah. Les eaux spirituelles étaient amères. Pourquoi? Car le yétser harah avait enlevé le ets ha'hayim, l'arbre de vie dont D. avait entouré le cadeau spirituel qu'il leur faisait en cet endroit, une partie et un avant gout de la Torah.

 

Comment se traduisent dans notre bas monde ces grandes notions invisibles? Car ce que décrit Séfer habahir est ce qui se passe en coulisse mais nous ne sommes que des hommes de chair et de sang, et ne comprenons que notre langage! Voilà ce qu'il nous dévoile. Le yétser hara leur mettait des sombres pensées. Ils se demandaient comment ils allaient pouvoir survivre dans le désert qu'ils s'apprêtaient à franchir? Qui va vous nourrir dans un endroit aride? Ici, aux bords du désert, vous avez de l'eau à peine potable pour laver vos habits, mais une fois à l'intérieur, imaginez alors…! Ils se souciaient de leur parnassa, leur subsistance  et ces tourments ne les laissaient pas jouir des eaux que D. leur offrait. La Torah que l'on étudie dans la tourmente et le souci du lendemain n'est pas profitable.

 

A un tel point que D. dut intervenir car ils allaient vers leur perdition. Il montra à Moïse un arbre, l'arbre de vie qui devait être normalement associé à la Torah mais que le Satan avait ôté. L'arbre de vie est l'insouciance du lendemain. D. les a connectés à une autre dimension, celle de l'infini. Ils ont abandonné la réflexion logique et les restrictions de la physique inhérente à la création. Comment va-t-on faire, n'est pas une question que l'on se pose quand on est associés à D.

 

D. leur a enseigné  à Mara trois sujets. Les lois du Chabbat car ce jour est un avant goût du monde futur. Le septième jour toute la création s'arrête et le juif ne pense plus à rien. Il bafoue les règles de la physique et de la logique: il ne travaille pas et il dépense son argent en clamant, Hachem rembourse toutes mes dépenses de mitsva! La vache rousse aussi qui est la source de purification du juif provient, nous l'avons compris d'outre création. Quant aux lois monétaires, c'est la Torah qui leur avait été donné en prélude du don sur le mont Sinaï. Ils allaient les étudier tranquillement sans souci du lendemain.

 

Voilà comment se forgent les grands hommes et les grandes femmes d'Israël. Ils sont connectés à des sources invisibles impalpables et indescriptibles. Elles les purifie et elles leur insuffle un sentiment d'assurance, de bita'hon.  Leur judaïsme devient alors d'une douceur de datte et leurs sources jaillissent et abreuvent leurs frères assoiffés.

Rav Yossef Simony

 

 

 

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Commentaires: 1
  • #1

    Yohanan ANTCHOUE-MEYER (samedi, 10 mars 2018 14:27)

    Excellent. Magnifique