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Sans Rav ...sans Torah

Voler, mais avec les ailes de qui?

 

La notion de Rav dans le judaïsme est essentielle. La Torah ne s'acquiert en aucun cas sans transmission. C'est la règle sans appel énoncée dans la première Michna du traité Avote, Maximes des pères, '' Moïse a reçu la Torah dans le mont Sinaï et l'a transmise à Josué, puis Josué aux anciens etc.''. Car la Torah n'est pas une connaissance. Elle est une dimension qui émane de l'homme et l'expression de son essence. On ne connaît pas la Torah, on la vit. La preuve en est A'her, qui  malgré l'immense somme de ses connaissances, finit par s'écarter du chemin de la Torah. Nos sages nous disent à son propos que son cœur était autre part quand il étudiait, ''il chantait continuellement des chansons grecques et des livres de pensée étrangères tombaient de ses poches''  (Talmud bavli traité 'Haguiga 15b). L'esprit y était mais pas le cœur! Il n'a donc pas vécu ni acquit la Torah. Il la connaissait et cela ne lui a accordé aucune dimension.

 

Le Rav hisse donc le talmid, l'élève, petit à petit vers sa dimension, et sans que celui-ci ne puisse jamais le surpasser. Il l'égalera peut-être et deviendra talmid-'haver, élève-compagnon, comme nous le trouvons mentionné dans le Talmud en mains endroits. Cette limite découle de source: Si personne ne peut déverser, transmettre une dimension, puisque la Torah est dimension, d'où l'aurait-il? Il est possible néanmoins de changer de Rav, qui pourra à son tour lui faire dépasser, par son excellence, la dimension du Maître précédent.

 

Cette définition implique deux conséquences: La première est, que n'est dans l'élève que ce qui est inclus dans le Rav. Et la seconde, que le Maître insuffle au talmid des forces spirituelles qu'il n'aurait rêvé atteindre, ceci par une force inductrice, propre et intrinsèque à la Torah. La loi de Moïse est en effet celle de la transmission, ce qui lui accorde une qualité essentielle de lilmod oulélamed, apprendre et enseigner ou plutôt être apprise et être enseignée. La nature de ce savoir est de se partager avec autrui. La connaissance jaillit d'elle-même car elle ne peut rester statique.

 

C'est le message de l'extrait du Midrach de la paracha de cette semaine (Rabba Chémini 11, 8) Rabbi Akiva a dit: ''Les enfants d'Israël sont comparés aux oiseaux, car de même que l'oiseau ne peut voler qu'avec ses ailes, les enfants d'Israël aussi ne peuvent rien faire sans leurs zékénim, anciens''. Les paraboles de nos Sages sont des merveilles de précision. Leurs comparaisons sont toujours porteuses de messages que l'on peut méditer indéfiniment. Pourquoi Rabbi Akiva  compare-t-il les Maîtres d'Israël précisément à des ailes? Car le Rav devient partie intégrante de l'élève telle les ailes qui font partie de l'oiseau. Il lui donne de sa dimension et lui fait sa stature. Il s'insère dans l'armature spirituelle du Talmid.  C'est l'idée d'insuffler au talmid une nouvelle essence. Puis il le hisse vers le ciel aussi haut que les ailes le permettent. C'est la deuxième notion évoquée plus haut: l'élève ne peut s'élever plus que le Maître. Notons pour la suite que le Rav qui nous a transmis cette vérité est Rabbi Akiva.

 

Mais il faut savoir que cette situation est provisoire.  Le verset (Jérémie 31, 33) est explicite, Et ils n'enseigneront plus les uns aux autres en disant: ''Connaissez D. car tous me connaitront etc.''.  Les zékénim, les anciens dans le sens se Sages, n'auront plus la même fonction car chacun volera de ses propres ailes (voir à ce sujet Tsidkat HaTsaddik 231). La Torah émanera de D. directement.

 

Tout se va se passer comme si la créature humaine pourra admirer D. de ses propres yeux, sans intermédiaire. C'est la dimension du ''zé'', montrer du doigt la splendeur du Saint béni soit-Il. ''Zé E-li véanvéhou, c'est Lui mon D.'' ont-ils clamé durant le passage dans la mer Rouge en pointant ''zé'' comme s'ils Le montraient du doigt. C'est ce que les enfants d'Israël clameront encore une fois, à la fin des temps, ''zé acher kivinou lo, c'est Celui que nous attendions'' avec encore une fois le pronom démonstratif ''zé''.   

 

Nadav et Avihou

 

 Cette introduction  va grandement nous aider à élucider partiellement l'un des grands mystères de la Torah: La raison de la mort des deux fils d'Aharon et précisément le jour de l'inauguration du Tabernacle.

 

Le Yalkout Chimoni (524) rapporte le Midrach suivant: Au nom de Rav Na'hman qui a dit au nom de Rabbi Yéhoshoua fils de Rav Na'hman: ''Pourquoi sont-ils morts? Parce que Moïse et Aharon marchaient au devant du peuple et ils étaient immédiatement suivis par Nadav et Avihou qui disaient: ''Quand donc vont-ils mourir ces zékénim, ces anciens et nous laisser diriger le peuple''?

 

Le vœu de ces deux ''jeunes'' sommités est inconcevable pour leur dimension. En effet, le jour où ils meurent, Moïse console son frère en lui rappelant une prophétie qu'il eut auparavant, selon laquelle D. allait cueillir les meilleurs de son peuple. Il lui dit, je croyais qu'il s'agissait de toi ou de moi, mais maintenant je sais que tes fils nous ont surpassés! (id.) Comment des hommes d'une si haute stature ont-ils donc souhaité la mort de Moïse et de leur père, des zékénim des anciens, pour laisser place à leur accession au pouvoir?

 

Il faut donc expliquer leur souhait de cette manière: Ces hommes ne voulaient plus de la fonction de zékénim, de Sages au sein du peuple telle qu'elle est décrite par Rabbi Akiva. Ils ne devaient plus fournir leurs ailes à Israël, car celui allait pouvoir voler tout seul. En d'autres termes Nadav et Avihou ont désiré en finir avec l'exil et ils ont fermement cru que leur devoir était de clore l'ère de dépendance et de ramener Israël à son D. dans une relation à deux, sans intermédiaires. Fini la fonction rabbinique, fini les zékénim.

 

Nadav et Avihou étaient arrivés à cette dimension de ''zé''

 

Ils l'ont cru parce qu'eux même était arrivés  à cette dimension, comme nous allons le démontrer. Ils regardaient la Chékhina, la Gloire divine de leurs propres yeux et forts de leur superbe stature, ils voulaient aussi l'accorder à Israël. En réalité, puisqu'ils possédaient cette spiritualité il leur incombait de la passer à leurs ouailles car telle est la fonction rabbinique, comme nous l'avons assimilé. La Torah est une connaissance qui est par son essence à partager. Mais il y avait une faille, analysée et décrite par les Maîtres de pensée juive,  que nous n'allons pas évoquer, s'y référer.

 

Le Yalkout (id.) évoque la faute de Nadav et Avihou et la sentence de leur châtiment, depuis le mont Sinaï leur sentence de mort a été scellée tel un roi qui mariait sa fille et l'un des proches fauta gravement et mérita la peine de mort. Il dit: ''Si je le tue aujourd'hui, je gâcherais la joie de ma fille, il vaut mieux que j'applique la sentence le jour de ma joie à moi! Ainsi Nadav et Avihou ont mérité de mourir le jour du don de la Torah et ils sont morts le jour de l'inauguration du Tabernacle''.  Ce Midrach se rapporte au verset (Chémot 24; 11) ''Ils ont regardé Eloquim, ils ont bu et ils ont mangé'' dit à propos de Nadav et Avihou.  Ils a donc été décrété une sentence capitale pou avoir voulu admirer la Présence divine directement.  Ils se conduisaient comme nous allons le faire à la fin des temps, avec la dimension de ''zé'' en montrant du doigt.

 

C'est d'ailleurs la raison pour laquelle D. ne retarde pas simplement l'heure de l'application de la peine après le don de la Torah, mais la reporte à l'inauguration du Tabernacle. Elle doit d'effectuer durant une récidive, quand ils admireront de nouveau D. en donnant la face à Sa Splendeur. Cela ne pourra se faire qu'en ce jour où D. apparaîtra encore une fois. Le peuple en voyant la Chékhina se réjouit et se prosterne, vayaronou vaypélou al pénéhem (Vayikra 9; 24).Ils sont les disciples de Moïse qui ne leur a pas encore donné cette faculté de La contempler.  Eux, choisissent encore une fois de L'admirer!

 

Le Nom a été sanctifié par la mort de ces deux Justes

 

Moïse console son frère, békérovay akadech (id. 10, 3), Je Sanctifierais Mon Nom par la mort de mes plus proches, Il lui dit, je croyais qu'il s'agissait de toi ou de moi, mais maintenant je sais que tes fils nous ont surpassés! (Yalkout id.). En quoi le Nom a-t-Il été sanctifié par la mort de ces deux jeunes éminences? Selon la version midrachique présentée dans ce dvar Torah, D. a attendu de Se révéler encore une fois et de les laisser L'admirer, et pour pouvoir  appliquer le châtiment. Il est évident que ce fut la démonstration de l'ampleur de la révélation présente durant l'inauguration du Tabernacle. Elle a été comparable à celle du mont Sinaï, celle qu'il ne sera permis d'admirer qu'à la fin des temps.

 

Rabbi Akiva  

 

Rabbi Akiva a déclaré Bar kokhba Messie de D. est-ce que Rabbi Akiva s'est trompé? Peu probable! La génération ne s'est simplement pas imprégnée de l'enseignement du Rav. Essayons de mieux le comprendre.

 

En effet, nous savons que les disciples de Rabbi Akiva sont morts car ils ne se sont pas respectés mutuellement. Est-ce possible que les élèves d'un tel Maître ont manqué de civilités? Non! Rabbi Akiva était était simplement très exigeant. En effet, Selon lui, il fallait respecter les Talmidé Hakhamim comme…D.!!! Ete Hachem Elokékha tita lérabot Talmidé Hakhamim, tu craindras ton D., cela vient inclure la crainte et le respect dus aux érudits en Torah qui sont comparables à ceux dus à D. (Talmud bavli baba kama etc.).

 

Respecter un homme comme Eloquim signifie qu'il lui a été accordé cette dimension d'Eloquim car il n'est pas question d'hypocrisie. Cela ne signifie évidemment pas qu'il est l'égal de D., mais qu'il Lui est comparable en certains points. Ani amarti Eloquim atem, J'ai voulu que vous soyez tous des Eloquim, dit le Psaume (82; 6) en faisant parler D. à propos des enfants d'Israël, mais vous avez fauté par le veau d'or  (Midrach Rabba Chémini 11; 3). C'est la dimension que nous avons perdu et à laquelle nous aspirons par la rédemption. Eloquim signifie une entité spirituelle indépendante, directement liée à D. et non tributaire de l'humain, celle évoquée dans le verset cité plus haut, Et ils n'enseigneront plus les uns aux autres en disant: ''Connaissez D. car tous me connaitront etc.'' (Jérémie 31, 33).

 

Rabbi Akiva voulait accueillir le Messie et il voulait donner à ses ouailles la dimension d'Eloquim qui exigeait de nouvelles normes de respect mutuel  qu'ils n'ont pas appliqué. C'est ce qui leur a valu la mort.

 

Tout se passe comme si le processus inverse à celui de Nadav et Avihou avait été vécu. Le Maître, Rabbi Akiva les a invité à la dimension du ''zé'', celle où ils se passeront du Maître et eux ne l'ont pas accepté. La Maître a eut raison de vouloir amorcer la rédemption et les élèves ont eut tort de la refuser, ils ont été châtiés. Dans le désert du Sinaï le contraire fut observé. Nadav et Avihou ont voulu offrir cette dimension au peuple qui l'a rejeté à juste titre. Eux sont morts!

 

C'est ce même Rabbi Akiva qui semble avoir réalisé que la génération ne peut recevoir son message et qui dit: ''Rabbi Akiva a dit: ''Les enfants d'Israël sont comparés aux oiseaux, car de même que l'oiseau ne peut voler qu'avec ses ailes, les enfants d'Israël aussi ne peuvent rien faire sans leurs zékénim, anciens''.

 

Nous avons été très brefs pour un sujet où le silence est préférable à la parole où à l'écriture. Je compte donc sur l'intelligence du lecteur, qui saura aller chez son Rav et développer ce qui a été ici ébauché. Et je suis sûr que chacun a son Rav. D. ne laisse pas Ses enfants sans Torah. Car nous l'avons compris, sans Rav, Il n'y a pas de Torah.   

(Rav) Yossef Simony

 

     

 

  

 

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