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Savoir admirer les belles choses

La médisance

 

Le lachon hara, la médisance est un mal qui est comparé, par nos Sages, aux trois fautes cardinales, le meurtre les relations interdites et l'idolâtrie! Nos maîtres n'amplifient jamais la gravité d'une chose dans le dessein de nous en écarter. Toutes leurs paroles sont soupesées,  précises et toujours vraies. Celles-ci le sont donc aussi, mais pour notre plus grand désarroi! En effet, cette faute est si aisément commise. Et même si parfois elle nous met dans l'embarras de la discorde, elle ne semble pas plus dramatique que cela, à première vue. On aurait tendance à se dire: ''Ais-je réellement bafoué les fondements du judaïsme au même titre qu'un meurtrier?''. C'est ce que l'on a envie de rétorquer à entendre tant de recommandations pour le ''lachon hara''. La réponse est affirmative et sans appel. Sans appel, pas vraiment car la sentence est encore plus lourde.

 

Le Midrach Tan'houma (métsora, 2) nous enseigne en effet, qu'un homme ne profère de la médisance que s'il a renié sa foi en D., comme il est dit: Ceux qui disent: ''Par notre langue nous allons triompher, nos lèvres sont notre force, qui serait notre maître?'' (Psaumes 12; 5). Le dénigreur ne sent pas qu'il a un maître car il pense que sa bouche va triompher. Que signifie triompher avec sa bouche?

 

L'explication la plus littérale de ce Midrach est la suivante: Un être enclin à ce mal, a de toute évidence besoin de se réconforter de sa médiocrité en mettant en relief celle d'autrui. ''Il n'est pas si bien, regarde plutôt mes qualités à moi'', c'est le message primaire qui se dissimule derrière cette pratique. Il y a malaise et un souhait de l'apaiser en relevant l'imperfection de l'autre.

 

Un homme de foi, comprend que chacun a sa place, celle qui lui a été décrétée par D. Il n'est pas possible d'empiéter sur le domaine de définition ou d'action de son prochain. On ne peut  ni ne doit se mesurer à personne car chacun a ses qualités, ses facultés et son parcours. La réussite et surtout la valeur d'un serviteur du Saint, béni soit-Il, dépend donc de ces seuls facteurs. En médisant, en méprisant, en se mesurant à l'autre; on n'admet donc pas la domination de D. et Son Omnipotence. On ignore le Maître, ''Ceux qui disent: Par notre langue nous allons triompher, nos lèvres sont notre force, qui serait notre maître?''.

 

C'est l'aspect littéral. Il y davantage de profondeur dans ce midrach.

 

Voir le bien qui est en soi pour savourer celui du prochain  

 

La beauté du juif est telle, que celui qui la perçoit, ne veut et surtout, ne peut se laisser aller à la médisance à son égard. Tout se passe comme si, la lumière jaillissant du juif est si grande, qu'il n'est pas possible de le critiquer. Comment occulter tant d'éclat à cause de petites querelles insignifiantes? Face à tant de splendeur intérieure, il ne reste qu'à contempler et à savourer.

 

Mais il y a une condition à cela. Pour savoir déceler ces trésors, qui sont, on l'accorde, quelquefois assez bien dissimulés par tant d'influences de la galout, de l'exil, il faut apprendre à les voir chez soi même. Un dessinateur verra d'emblée l'effort investi dans un tableau ainsi que l'expérience de l'artiste, alors que le profane se laissera charmer par d'autres caractéristiques ou peut-être n'appréciera rien de l'œuvre. Quand la lumière qui jaillit de nous ne passe pas inaperçue à nos propres yeux, celle de notre frère aussi nous charmera. C'est la condition sine qua non.

 

Cette lumière est la Chékhina, la présence divine qui réside en chaque juif. Véchakhanti bétokham, Je résiderais en eux, en chacun d'eux, enseigne le grand Maître Alchikh. D., est présent dans n'importe quel juif, aussi éloigné fusse-t-il. C'est ce que les Maîtres de la hassidoute désignent souvent dans leurs écrits par le terme chorech, la racine. Quand un homme médit, quelque soit la motivation, premièrement, il ne croit pas en Un Maître qui dirige les événements et donne à chacun sa place. Mais aussi, il ne L'entrevoit pas, qui serait notre maître?'' (Psaumes 12; 5).  

 

C'est la règle d'or: On ne peut voir D. chez autrui que si l'on s'est habitué à Le voir en nous.   En passant entre les eaux fendues de la mer Rouge, nos ancêtres ont clamé, ''zé Eli véanvéhou, c'est mon D. et je lui ferais une demeure''. Le Talmud affirme que ce sont les femmes qui ont décelé La Chékhina, la révélation de D., les premières. Pourquoi?  ''C'est le D. que nous avons déjà entrevu en Egypte quand Il nous sauvait des soldats du Pharaon. Ils nous guettaient quand nous accouchions, afin de tuer les nouveaux nés.  D. nous protégeait par de grands miracles et s'occupaient Lui-même de nous comme une sage femme. Les femmes ont reconnu D., et c'est pour cela qu'elles L'ont reconnu si vite, les premières.

 

Il en va ainsi pour la Chékhina, la Présence divine qui est en chacun de nous. Si nous la savourons en nous-mêmes, il nous sera possible de la voir en autrui. Sinon, si nous conduisons comme si nous n'avions pas d'étincelle divine en notre sein, en d'autres termes comme s'il n'y avait pas de Maître, alors la médisance et le mépris prennent le dessus, dans les rapports humains. C'est le sens de l'affirmation de nos Sages, ''un homme ne profère de la médisance que s'il a renié sa foi en D.''.

 

Ils ne verront pas la Chékhina, la Présence divine

 

Nos Sages ont établi: ''Ceux qui ont l'habitude de médire, ne mériteront pas d'accueillir la Présence divine''. Les châtiments dans le judaïsme ne sont pas des sentences. Elles sont les conséquences de nos actions. C'est la faute qui tue et non le serpent, établit le Talmud. La faute est donc le châtiment du pécheur. Nous avons compris que la médisance, n'est pas seulement une disposition psychologique, elle est une carence spirituelle. Sa pratique est la preuve que l'on ne perçoit pas la Présence de D., ni en soi ni en autrui. C'est donc le sens de cet avertissement, ''ceux qui ont l'habitude de médire, ne mériteront pas d'accueillir la Présence divine''. Celui qui ne prend pas la peine de déceler la  Présence divine qui est en lui et chez les autres, ne pourra pas réagir à l'image des femmes durant le passage de la mer rouge. Il ne sera pas à même de reconnaitre et d'accueillir D. quand Il apparaîtra à la fin des temps. Il ne pourra clamer ''zé Eli véanvéhou, c'est mon D. et je lui ferais une demeure'' car il n'en a jamais fait l'effort.

 

Etre un serpent c'est pour toujours

 

Etre serpent est un mal incurable, dit le Midrach (Tan'houma, id.). Tous les malades vont guérir à la fin des temps, le serpent ne guérira jamais comme il est dit: ''Tu es maudit parmi tous les animaux (Genèse 3). De là nous apprenons que tous seront guéris sauf lui …le loup et l'agneau vivront en communauté et le lion va paitre dans les champs etc. Toutes les créatures vont donc retrouver la paix intérieure et oublier les inimitiés. Le serpent va rester nerveux et féroce pour l'éternité. La grande révélation que nous attendons ne va pas le curer de son mal. Pourquoi? Car la guérison à tous les maux sera par le fait de voir D. Comme ce qui s'est passé durant la révélation sur le mont Sinaï. Nos Sages nous ont, en effet, appris que tous les malades ont été guéris. Le serpent, à la fin des temps, restera tel qu'il est aujourd'hui car il a été le maître de toutes les médisances. Il a parlé contre son D. et a menti à son sujet. Il n'a pas voulu voir le feu divin le plus évident, celui qui resplendissait dans le jardin d'Eden. Il va continuer ses bonnes habitudes. Il ne décèlera pas celui de la fin des temps.

 

Gué'hazi

 

Et comme pour nous induire vers cette grande vérité, nous lisons la haftara, la portion des Prophètes concernant la punition par la lèpre de Guéhazi. Il a été l'élève d'Elicha le Prophète, lui-même disciple d'Eliyahou Hanavi. Gué'hazi a fauté et son Maître l'a maudit. Lui et ses trois enfants ont été frappés par la lèpre. Ils sont donc chassés de la communauté et ils rodent autour de la ville à la recherche de leur pitance.

 

Or Israël est en état de siège par l'armée d'Aram. Gué'hazi et ses enfants approchent du campement ennemi et décident de leur demander l'aumône plutôt que de mourir de faim. Quel n'est pas leur étonnement quand ils découvrent que le camp a été déserté. D. les a miraculeusement fait déguerpir. Mais les hébreux n'en savent encore rien et c'est Guéhazi et ses enfants qui vont annoncer cette nouvelle.

 

Rabbi Tsaddok de Lublin fait remarquer que cet homme qui a pourtant été l'un des sept à ne pas mériter le monde futur a quand même annoncé le salut à son peuple. Or, s'il était dépourvu de tout mérite, cette délivrance ne serait pas venue par lui. Il faut donc en déduire que le chorech, la racine du juif, aussi éloigné fut-il, est toujours bonne et méritante. Guéhazi aussi était empreint d'une certaine beauté.

 

C'est aussi pour cela que nous lisons cette portion des prophètes ce chabbat. Car la lèpre est la punition de celui qui a médit et qui n'a pas su voir et se laisser éblouir par la beauté du juif. Et si nous rétorquons qu'il n'y a quelquefois pas de beauté, Gué'hazi est là pour nous rappeler que nous sommes dans l'erreur. 

Rav Yossef Simony 

 

  

 

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