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La Torah... Quel plaisir

L'habit fait-il le juif

L'un des arguments de nos détracteurs, de ceux qui mettent en doute notre statut de peuple élu, est la ressemblance par les actes d'une partie de notre peuple aux autres nations. Voici la teneur de leur antienne: comment une nation se disant sainte peut-elle se laisser dévoyer et aspirer au mal?

Cette question nous intéresse car elle va être l'occasion de traiter de sujets rares et pourtant si importants! Nous allons en effet, à l'occasion du chabbat Kédochim, soyez saints, aborder la notion de plaisir et de continence selon le judaïsme.  Ce concept de plaisir a, d'une part, été pollué par l'aspect vulgaire qui lui est accordé dans notre société et de l'autre par la définition du religieux selon le profane. Il doit être, pour mériter ce titre, un ascète. La jouissance du corps est bannie, encore une fois selon la réflexion commune, de la doctrine religieuse. De laquelle? Peut-être de celle des autres car la notre se nourrit du plaisir, comment? Laissons-nous guider par le Midrach.

Identité du juif: Saint par décret divin et non par les actes

Kédochim tiyiou, soyez saints, c'est ca traduction la plus conventionnelle. Il s'agit donc d'un ordre, celui de ressembler à notre Créateur, ki kadoch ani, car Je suis Saint, dit la fin du verset. Le Midrach (Rabba Kédochim) traduit différemment ces deux mots ''Kédochim tiyiou, vous allez être saints''. Selon cette version, on ne nous donne pas un ordre, il est promis une sainteté à toute épreuve et à jamais, Tu as donné la sainteté à Israël pour toujours comme il est dit etc.

Affirmer que la sainteté est à nous pour l'éternité, revient à dire qu'elle une partie indissociable de notre corps. Israël et sainteté sont synonymes et ne peuvent être séparées. Israël, qui est éternel par la promesse de D. à ses serviteurs les Patriarches, est saint. Cette qualité est une partie intégrante de notre armature et c'est pour cela que nous la garderons toujours. C'est ainsi qu'il faut lire ce texte. Mais cette compréhension pose problème car elle est apparemment infirmée par la conduite de certains juifs qui ne sont résolument pas saints!

La réponse est simple. La fibre du juif est sainte, c'est ce qu'annonce ce Midrach. Ce qui en découle est le décret, celui du choix de sa nourriture. Elle doit être sainte car il n'aura aucune satisfaction de ce qui ne l'est pas, à la manière de celui qui mange des aliments destinés à une autre espèce. Le juif est un homme, au moins, aussi passionné qu'un autre et c'est pour cela qu'il pourra aller vers d'autres tentations que celle recommandées par la Torah.  Mais tout cela ne lui fournira pas le repos de l'esprit et du corps tant escompté. Il va rester inassouvi  même après une vie de conquêtes et de plaisirs. ''Vous allez être saints'' signifie ne désirer que la sainteté.

Et alors la vie du juif est faite parfois d'errances vers des futilités auxquelles la société accorde une importance cardinale, mais qui, dans la philosophie juive, sont accessoires. Les grandes fortunes, les carrières scientifiques, qui en étant recadrées dans une conception juive de la vie, sont tout à fait appréciables et désirées, ne fournissent pas ce qu'elles laissaient miroiter. A l'heure du bilan, les acquis paraissent bien maigres et le bienfait moral qu'ils octroient l'est tout autant. Alors que s'est-il passé? Où me suis-je trompé puisque j'ai suivi la voie royale?

La réponse tient en deux mots ''Kédochim tiyiou'', vous allez être saints, non par un choix mais par la nature. Ainsi est fait le ben Israël et il n'est satisfait que par ce qui est saint et pur.

C'est le message de très beau passage du Midrach Eikha (Péti'hata 3), Je ne me suis installée parmi les joueurs et je ne me suis pas réjouis (Jérémie; 15)  Israël a dit au Saint béni soit-Il: ''De toute mon existence, je ne me suis jamais rentré dans les théâtres et les cirques des nations afin de m'y divertir en leur compagnie, et je n'y ais jamais pris de plaisir''.

Ce passage est étonnant quand on le replace dans son contexte. Israël vient de vivre la destruction du Temple car il a enfreint toute la Torah, y compris les interdits les plus graves. Il revendique pourtant de ne s'être jamais mêlé aux réjouissances des nations étrangères. Il nous est difficile de croire en une pareille affirmation.

Le sens de ce midrach est donc le suivant. Israël fait téchouva, se repentit. A l'heure du bilan, après s'être laissé appâter par les tentations des nations, il réalise que tout cela ne lui a pas procuré de satisfaction et encore moins de plénitude. Certes, Israël s'est joint à ces sortes de manifestations mais '' je n'y ai jamais pris de plaisir''. La joie qu'elles procurent n'est qu'un semblant de bonheur et une illusion. Une fois passées, l'homme n'a qu'une envie: Trouver une option plus enrichissante car la précédente a perdu son attraction. Puis, il va d'errance en errance, d'ambition en ambition et de déception en déception car l'essentiel n'y est pas. La seule nourriture est la sainteté comme nous allons mieux le comprendre.

Saint et ascète, deux… antonymes      

Mais l'homme n'est-il pas de chair et de sang? Devrions-nous passer une existence entière à lutter contre ce qu'ils désirent car beaucoup de plaisirs nous sont interdits? Tout un programme d'angoisse en perspective! C'est pourtant ce que semble préconiser la Torah. Le Midrach (Rabba Kédochim) rapporté par Rachi (Id.) établit, ''Rabbi Yéhochoua ben Lévy a dit : ''C'est en s'écartant de la luxure que l'on atteint la sainteté''. L'idée paraît claire selon l'aspect littéral des paroles de nos Sages: Il faut s'écarter des plaisirs de ce monde et en particulier de ceux de la chair. Et pourtant telle n'est pas la vérité. Nous allons la décrire au risque de choquer.

Le Zohar (Zohar 'hadach p 137/138) établit une vérité que Rabbi Tsaddok haCohen de Lublin évoque en mains endroits (voir Dover tseddek p.105). La Torah est comparée à une épice, J'ai créé le penchant vers le mal et J'ai créé pour cela une épice qui est la Torah (Talmud traité Kidouchine). De même que l'épice permet de savourer un aliment qui ne serait presque pas comestible sans elle, la Torah aussi permet de ''déguster'' le penchant pour le mal et de s'en servir pour le service du Créateur. Car, comme ont annoncé nos Sages l'attrait sexuel ne va pas être annulé à la fin des temps puisque c'est par lui que l'homme étudie la Torah. L'envie d'étudier est celle même qui pousse l'homme à commettre des interdits. C'est ce que le Zohar appelle 'Hamidou DéOraïta, le désir de la Torah.

Car La Torah n'est pas un savoir. Elle se lie à l'homme qui l'étudie comme une épouse pour vivre une idylle où le plaisir est dominant. C'est la raison pour laquelle sexe et Torah ne sont pas compatibles. Parce qu'il n'est pas donné de consacrer le même outil à deux travaux. Si le juif est dominé par ses attraits pour le matériel, comment pourrait-il les mettre au service de la Torah. Le lien avec elle est passionnel. Elle est vivante et demande à être appréciée, aimée et vécue pas seulement sue. La relation avec la Torah est un plaisir corporel épuré.

Un homme de Torah est un homme de plaisir. Il ne se prive de rien puisqu'il évolue constamment dans la jouissance. Il n'y a pas de notion d'ascétisme dans notre sainte loi. Elle n'existe que chez ceux qui ont essayé de nous plagier en nous appréhendant par l'extériorité.

C'est le sens le plus littéral du Zohar (parachat Kédochim), un homme ne peut se purifier que par les mots de la Torah.  Ils ne prennent aucune impureté car la Torah est faite pour effacer les impuretés etc. Celui qui s'y adonne se purifie et ensuite devient un saint, il n'est pas dit soyez saints, il est plutôt dit vous êtes saints …

Nous allons constater que ce mécanisme est indissociable de notre attache à la terre d'Israël.

Deux couronnes pour Israël, une pour D.

Le Midrach (Rabba Kédochim) ne ménage pas les compliments sur Israël. Le prochain est très flatteur: Sanctifiez-vous et soyez saints, (pourquoi cette répétition?) Rabbi avine a dit au nom de A'hori, tel un roi à qui ses sujets ont offert trois couronnes. Il en mit une et offrit les deux autres à ses enfants. Ainsi, chaque jour, les Anges donnent trois couronnes à D. en le louant, ''Kadoch, Kadoch, Kadoch, Saint Saint Saint''. Que fait Le Saint béni soit-Il? Il prend une pour lui et donne les deux autres à Israël etc. 

Ce passage est évidemment très profond et il relève des secrets de la Torah. Mais il y a cependant une exploration littérale qu'il nous est donné d'effectuer. La couronne n'est pas la royauté, elle en est la représentation publique. Un roi est un roi même quand il ne l'exhibe pas. Il passe simplement inaperçu et ressemble au commun. La couronne, dans ce Midrach, est la reconnaissance de D. par Ses sujets. D. est proclamé Maître de ce monde par Ses manifestations que les Anges ont su divisé en trois groupes. Il y a trois activités dans Sa royauté qui sont distinguables l'une de l'autre et qui sont chacune une fonction particulière. Donner deux couronnes à Israël signifie lui confier la tâche de divulguer deux d'entres-elles. Israël est porteur d'un message qui se traduit par la reconnaissance par les nations et lui-même de Sa royauté. Quelles sont ces deux tâches?

La suite du Midrach offre de précieuses indications: Rabbi Chimon ben Laquich a dit… véhayita rak léma'la, et tu seras seulement au dessus (Dévarim 28, 13) peut être comme Moi? Rak, seulement signifie que Je serais toujours encore plus grand que vous. C'est ce que nous apprenons de Pharaon qui a donné le pouvoir à Joseph mais lui a dit: ''Rak hakissé egdal miméka'', seulement du trône, je te dépasserais. Et de même, ''kédochim tiyiou, vous serez saint'', peut-être autant que Moi, ''ki kadoch ani, car Je suis saint'', Ma sainteté dépassera la vôtre. C'est ce que nous apprenons du Pharaon qui a dit à Joseph: ''Ani Par'o, je suis Pharaon'', je serais toujours plus grand que toi.

D. a offert deux fonctions à Son peuple à l'image de celles qu'a données Pharaon à Joseph. La première est la faculté de dominer, d'être au dessus des nations. On parle de force physique. La deuxième est la sainteté. Elle émane du Ani, du Moi suprême car D. S'est mis en nous, ''ki kadoch ani, car Je suis saint''. Pharaon aussi a donné toutes les prérogatives à Joseph. Il décidera de tout mais Pharaon aura le droit de véto car son pouvoir dépassera toujours le sien. D'autre part Joseph sera respecté et craint  comme un Pharaon, mais ani, moi, je resterai toujours dans mon essence supérieure à toi. Ce Midrach véhicule donc deux idées. Celle de la valeur intrinsèque du juif. Il est saint comme l'est D. et ensuite il est puissant, léma'la, au dessus et il tient cette puissance de son Créateur. Ces deux qualités sont en réalité des manifestations de D. sur cette terre par le biais de Ses enfants elles sont la représentation de Sa royauté. La valeur du juif est le reflet de celle de D. Ce sont les deux couronnes que D. nous a donné mais la troisième, qui représente Sa supériorité sur nous, Il l'a conservé.

Mais n'oublions pas que ces couronnes sont définies par ''kadoch, Saint'' comme nous l'a enseigné le Midrach ''chaque jour, les Anges donnent trois couronnes à D. en le louant, ''Kadoch, Kadoch, Kadoch, Saint Saint Saint''. Elles sont donc offertes sous cette condition de respecter les lois de la sainteté et de les posséder.

La précision de ce midrach est extraordinaire. Il s'inspire en effet de versets écrits à propos de la relation entre Joseph et Pharaon pour apprendre l'intensité de celle entre nous et D. Certes il ne s'agit que d'apprendre la signification d'une expression Ani Hachem de Ani Par'o, mais comme il n'y a pas de hasard .

 Nous savons ce qu'est la sainteté, nous l'avons décrit. Elle n'est pas l'ascétisme, elle est son contraire: la recherche du plaisir par l'étude de la Torah et la pratique des préceptes. Mais nous ne savons pas encore tout. La recherche de ce plaisir doit passer par la terre offerte aux Patriarches pour les enfants. C'est en effet le message du prochain passage de midrach.

Israël, la terre des passions

Ichla'h ézrékha mikodech, Il t'enverra ton salut par le saint (Psaumes 20; 3). Rabbi Lévy a dit,  tous les bienfaits et toutes les bénédictions et toutes les consolations que Le Saint béni soit-Il va donner à Ses enfants ne viendront que de Sion.

 Sion est qualifié de Saint, Ichla'h ézrékha mikodech, Il t'enverra ton salut par le saint, et c'est pour cela que tout passe par elle. Tout se passe comme si, cette qualité de kadoch, sainteté lui accordait la possibilité de véhiculer les couronnes qui sont elles aussi appelées kadoch , ''chaque jour, les Anges donnent trois couronnes à D. en le louant, ''Kadoch, Kadoch, Kadoch, Saint Saint Saint''. Le saint amène le saint.

Israël, est une terre d'aspirations. L'homme qui y vit est passionné. Sforno explique en effet,  qu'Avraham n'a pas eut besoin de savoir où D. l'envoyait en lui disant lekh lékha, vas t-en de chez toi, car il savait que la terre d'Israël poussait à l'inspiration divine. Le même Sforno explique que la première mitsva, précepte qu'ont accomplit nos ancêtres en rentrant en Israël a été de prononcer des bénédictions et des malédictions, pourquoi? Car la terre d'Israël est une terre d'extrêmes. On ne peut y vivre le juste milieu, y être un juif pratiquant et traditionnel. Il y a un choix à y faire tant les pulsions y sont ardentes. Son habitant a besoin d'émotions fortes qu'il traduit par des actes extrêmes. Il va vers la bénédiction ou son contraire.

Israël est donc une terre de pulsions et c'est pour cela qu'elle est qualifiée de sainte. Elle mène vers la sainteté car cette vertu ne vient pas de la continence, elle est son contraire: la recherche du plaisir.

En Israël, l'envie de communier avec la Torah est sans fin. L'ambition de toujours progresser est sans cesse ressentie. La sainteté peut y être atteinte. Car en communiant par le plaisir avec la Torah, l'homme rejette les autres tentations du corps. Un homme comblé ne va pas chercher autre part.

C'est en Israël que nous allons offrir deux couronnes à D.    

 

Chabbat Chalom

Rav Yossef Simony    

 

 

 

 

 

 

 

 

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