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C'est à force de forcer que l'on devient ...

 

 

 PREMIERE PARTIE

 

Un pas vers la vérité

 

La Torah n'a pas été proposée aux enfants d'Israël, elle a été donnée de force. Kafa aléhem hahar kéguiguit, Il a renversé la montagne sur leur tête et les a menacé: ''Si vous l'acceptez, tout ira pour le mieux, sinon c’est là que vous serez ensevelis''.

Une lecture au premier degré laisserait entendre que les enfants d'Israël n'étaient pas satisfaits de devoir suivre à la lettre les préceptes astreignants de la loi divine. Le MidrachTan’houma explique que c’est la loi orale qui leur posait problème, pas celle écrite. ‘’Combien il faut s’y adonner avant de la connaître etc. !’’Il a donc été nécessaire de les convaincre par la menace.

 

Il y a en réalité un message important dans ce passage. Cette contrainte définit la manière de recevoir la Torah et aussi , celle de l’étudier. Elle ne s’acquiert que par la force et la contrainte. Car si elle a été donnée de cette façon, c’est parce que son caractère, sa nature et son essence les plus vrais sont ainsi. Il ne pouvait donc en être autrement.

Elle est une dynamique constante vers la vie. Quand l’homme ne veut plus vivre, qu’il se sent enseveli par la fausseté de sa vie, elle apparait tel un baume et un élixir de vie. Ce qui a été vécu avant la goutte supplémentaire de Torah est désormais désuet, vide de sens et a été ‘’enseveli’’. C’est le message de nos pères acceptant la Torah parce qu’autrement, ils ne pourront pas vivre plus longtemps. Un pas vers la vérité.

 

Un autre apprentissage 

Quel est ce processus?  Etant une sagesse divine, il est logiquement  impossible de l'intégrer. Comment l'humain serait-il donc en mesure de partager une  science ou toute connaissance avec Le Divin? Toute perception de l'homme est matérielle. L'être humain pense, établit des règles, innove avec son cerveau et son cœur.

La Torah est différente. Elle s'installe quand l'homme cesse d'être un ...humain. Elle jaillit d'une source immatérielle, puisque divine. Le cerveau ne peut donc en aucun cas capturer son intériorité. Il appréhendera tout au plus des logiques, mais pas son corps et sa vitalité, celle qui arrive à faire du juif un ange parmi les hommes. Il faut donc faire abstraction de la réflexion pour accéder au domaine qualifié par les Sages de nivdal, séparé ou autrement dit, au ''cerveau'' immatériel de l'homme. C'est uniquement par le nivdal que le juif étudie la Torah et qu'il communie avec elle. Il goûte à son intériorité quand le cerveau ne pourrait lui, qu'appréhender une logique et encore, seulement un sentiment de compréhension.

 

Le Talmud Sotah (commenté par Maharal) établit cette vérité grâce à une constatation. Le Talmid Hakham, l'érudit en Torah devient de plus en plus fin avec l'âge. Le contraire est vrai pour le 'am haharets, celui qui n'a étudié la Torah. Parce que le corps s'use et avec lui,  les facultés intellectuelles. Le cerveau ne réagit plus comme auparavant. L'érudit en Torah n'utilise pas son corps pour la réflexion mais plutôt son nivdal. Et donc, au contraire, plus la matière vieillit, plus il sonde aisément l'immatériel.

 

Sous la contrainte

Revenons à la notion de contrainte kfia, du don de la Torah. L'homme, afin d'acquérir la profondeur de la Torah, doit savoir chasser ses inclinations naturelles, celles dictées par son corps et sa raison. Il doit en quelque sorte sortir de ses contraintes du corps afin de se retrancher petit à petit dans son lui-même le plus vrai, son nivdal. Pas devenr immatériel mais plutôt maître de ses sens.

 

Ce phénomène est provoqué par la Torah elle-même dans un schéma de cause et d'effet. Elle pénètre en l'homme car il s'est purifié un tant soit peu et puis elle impose un retranchement supplémentaire pour se propager encore davantage. Il n'est pas d'élévation spirituelle qui ne se fasse de cette manière. Elle a été donnée à l'image de son fonctionnement. Elle chasse l'homme du commun en le rendant un être d'exception.

 

DEUXIEME PARTIE

 

Les enfants d'Israël ont été tels des anges au pieds du mont Sinaï

 

Les enfants d'Israël ont proclamé, naassévénichma, nous ferons ensuite nous comprendrons.' D. a rétorqué: 'Qui a dévoilé ce secret à Mes enfants, celui dont se servent les Anges?''. Les enfants d'Israël n'ont pas besoin de comprendre afin d'accomplir. Ils ont accepté la Torah à la manière des Anges.

 

Qui sont les Anges et pourquoi accepter sans réfléchir correspond-il à leurs usages plutôt qu'aux notres?

C'est un autre Midrach (VayikraRabba 1,1) qui nous l'enseigne: Glorifiez D. vous Ses Anges, les audacieux, ossé dévaro, ceux qui accomplissent Sa parole etc. Rabbi Its'hak a dit:''Ce sont ceux qui respectent les lois de la jachère la septième année. Habituellement un homme peut faire une mitsva, un précepte, un jour, une semaine, un mois mais toute une année est-ce possible? Ils sont tels des Anges Etc.''.

 

Les propriétaires des champs, qui les laissent à l'abandon durant l'année de la jachère sont tels des Anges. Comment sont-ils parvenus à cette dimension? Ils ont été assidus et ne font pas la mitsva, le commandement parce qu'ils ont un accès d'amour pour D. etc., mais parce qu'ils se forcent à la faire de manière inhumaine. En effet, Il n'est pas dans notre nature de délaisser son gagne pain durant toute une année. Pour arriver à cette dimension il faut transcender le corps et ses contingences et faire communion avec D.

Ces gens se forcent jour après jour à le faire et en cela ils sont comparables aux Anges car en se contraignant, ils se dépassent et deviennent nivdal, spirituels tels des Anges qui ne sont pas gênés par des besoins primaires mais uniquement mus par leur amour fou de D. Seule la purification au quotidien dses inclinations permet de se dépasser et de gérer ses passions.

 

Naasé vénichma, nous ferons jour après jour et puis nous comprendrons, proclamé au pied du mont Sinaï les a élevé au rang des Anges. Naassé comme ossé dévaro. Il vont finir par goûter  la vraie Torah.  

 

Illustration de cette idée par le Midrach

 

Rabbi Eléazar(Midrach Rabba Dévarim 11) est curieux de savoir quelle a été la bénédiction prononcée par Moïse avant d'étudier la Torah. Il l'a reçu avant le peuple car il a été invité par D. sur le mont Sinaï. Une chose lui semble évidente, il n'a pas pu prononcer celle que nous disons chaque matin au réveil. Avant même d'aborder la réponse du Maître, une question: En quoi est-ce intéressant de déterminer ce qui s'est déroulé avant le don de la Torah puisque cet événement n'a concerné que Moïse et qu'il est impossible de l'imiter en cela?

 

Voici donc la réponse de Rabbi Eléazar: Béni sois-Tu…qui a choisi la Torah, l'a sanctifié et a désiré ceux qui l'accomplissent, osséa.Il n'est pas dit ceux qui s'y adonnent ou ceux qui la méditent mais ceux qui l'accomplissent, osséa.  L'homme dit:''Je pourrais apprendre la sagesse mais comment pourrais apprendre la Torah? D. rétorque: ''La Torah est très facile, elle est une seule chose, celui qui Me craint, trouvera toute la Torah dans son cœur''.

 

Ce passage est des plus difficiles. En effet, quel est rapport entre la première partie, celle où la bénédiction de Moïse est dévoilée, et la seconde faisant part des inquiétudes de l'humain face à tant de sagesse divine qu'il doit assimiler. Nous devons aussi comprendre le désespoir du juif. Pourquoi conçoit-il aisément qu'il peut décrocher le prix Nobel mais ne peut admettre qu'il va pouvoir accéder à la connaissance  de la Torah?

 

Car La Torah est une science divine. Comment l'être humain pourrait-il aspirer à de telles prétentions?Le cerveau le plus brillant ne peut saisir l'ombre d'une de ses logiques. Quelle est la solution? Craignez-Moi, celui qui Me craint, trouvera toute la Torah dans son cœur. Le juif qui veut mériter la sagesse divine doit ressembler aux Anges, il doit craindre D. et refuser les tentations du corps et de l'esprit matériel. En s'astreignant quotidiennement il arrivera au nivdal, là où toute la Torah est concentrée.

 

Rabbi Eléazar dévoile la version antique de la bénédiction pour l'étude. Son ambition n'est pas de la prospection biblique. Il veut déterminer pourquoi D. nous a aimé et nous a choisi. Le résultat de sa recherche nous aidera à mieux ressembler à nous-mêmes, à davantage utiliser cette vertu.Sa réponse est que D. a désiré ceux qui l'accomplissent, osséa. ''Osséa'' et non ceux qui s'y adonnent ou ceux qui la méditent. Nous savons maintenant que ''ossé'' signifie aussi être forcés. C'est cette vertu que D. a aimé en nous: l'assiduité et la continuité car nous nous astreignons à faire. Cette qualité est justement celle qui nous élève de notre condition d'humain vers celle de l'Ange. Le combat mené au quotidien nous fait atteindre le nivdal.

 

C'est la relation avec la suite du Midrach, L'homme dit:''Je pourrais apprendre la sagesse mais comment pourrais apprendre la Torah?Le juif doit se dépouiller de son corps et de son esprit pour étudier et connaître la Torah et ce, uniquement par les moyens que nous avons décrit.

 

Ruth la convertie

 

Nous lisons, durant Chavouot, le récit de Ruth la Moabite. Il y a un passage très intéressant et qui demande à être élucidé. Boaz vient inspecter les champs et il y trouve Ruth l'indigente qui ramasse les épis oubliés ainsi que la Torah lui en a octroyé le droit. Elle est pauvre et en cette qualité peut s'approprier les épis tombés au sol. On parle bien sûr de petite quantité: deux épis sont à l'indigent, trois reviennent au propriétaire. Et pourtant, comme le dit si bien l'adage, les petits ruisseaux font les grandes rivières, Ruth s'en va finalement avec une éfa. Une grande quantité nous dit le Gaon de Vilna puisque le verset précise bien qu'il s'agit d'une éfade grains et non de tiges!

 

Iben Ezra ne comprend pas pourquoi le verset insiste sur cette précision. Certes, elle a été courageuse malgré sa grande fatigue puisqu'elle est revenue de Moab cette nuit même. Mais n'y a-t-il pas beaucoup de femmes courageuses? Voici une interprétation des versets.

 

Le Gaon de Vilna dit d'autre part que Boaz s'étonna de la présence d'une jolie femme parmi tant d'hommes. Hachemhimakhem, est-ce que D. est avec vous, leur demande-t-il? N'avez-vous pas fauté ne serait-ce que par la pensée? YévarékhékhaHachem, que D. te bénisse, rétorque-t-ils. Le Gaon interprète, que D. t'en bénisse! Tu nous soupçonne d'avoir fauté avec une telle femme? Elle est tellement pudique que nous te la souhaitons pour femme. Elle a l'étoffe d'une grande femme d'Israël et puisque tu es le Maître de notre génération, elle te revient de droit!

 

Cette explication est surprenante. Comment ont-ils réunis si vite une fraichement convertie avec le grand Maître Boaz? Elle ne leur a pas parlé et certes elle a fait preuve de pudeur puisque nos Sages disent qu'en ce jour elle ne s'est jamais baissée sans s'accroupir auparavant, mais est-ce suffisant?

 

La réponse est la suivante. Ruth a amassé une éfa, une quantité considérable de grains. Pour y arriver, elle a du se baisser des dizaines de fois en une seule journée. Rappelons en effet, qu'elle n'avait pas le droit de s'approprier plus de deux épis à la fois. Une femme qui a pris la décision de s'accroupir et qui n'a jamais enfreint sa règle malgré toute la dureté que cela a put lui engendrer, a l'étoffe d'une grande dame d'Israël. Elle est dans la catégorie des Anges, car elle se force et se dépasse pour le commandement,Glorifiez D. vous Ses Anges, les audacieux, ossédévaro, ceux qui accomplissent Sa parole. Elle est destinée aux plus grands de la génération car elle est devenue ou deviendra nivdal.

 

La Torah élixir de vie

 

Nous avons établi que la Torah est le produit d’un travail spirituel dans lequel l’homme se défait de sa carapace matérielle. Plus elle se retire, plus l’homme retrouve son état spirituel dans lequel la Torah est gravée, ''La Torah est très facile, elle est une seule chose, celui qui Me craint, trouvera toute la Torah dans son cœur''. Nous avons compris pourquoi il ne peut en être autrement. La sagesse de D. est spirituelle et nous ne pouvons l’appréhender avec notre physiologie, si brillante ou performante soit-elle. 

 

Mais il faut aller plus loin dans cette réflexion. Parce qu’elle ne vient qu’après un dépouillement, une mort, elle se ressent à la manière que doit l’être la vie : un plaisir et une joie intense. La Torah est un élixir de vie. C’est l’expression utilisée par nos Sages(Talmud ta’anit 7; a) et qu’ils ont étayé par des versets.

 

En vertu de notre raisonnement précédent il faut comprendre qu’elle redonne la vie, car elle apparait quand une partie de l’homme meurt ou plutôt quand il en a l’impression. L’ascension vers la Torah qui est gravée dans le cœur de chaque juif, impose cettecadence à deux mouvements (à répétition)respectivement désignables par mort et nouvelle  vie. Le matériel meurt, vive le spirituel. Et quand ce dernier vient, il est accueilli comme doit l’être l’ange de la résurrection.  

 

Cette situation donne à la Torah un statut très particulier et qui constitue sa définition par essence et par excellence Psaumes (119 ; 92) :

 

לולי תורתך, שעשועיי-- אז, אבדתי בעוניי

 

 . elle est un bonheur dans la tourmente quotidienne et l’oxygène indispensable à chaque juif. Elle est vécue avec extase.

 

C’est dans cet esprit qu’elle a été donné bikfi’a, de force.  Kafaaléhemhaharkéguiguit, Il a renversé la montagne sur leur tête et les a menacé: ''Si vous l'acceptez, tout ira pour le mieux, sinon Je détruirai le monde''. Il faut lire cet épisode comme un message sur l’essence même de la Torah. Elle fait revivre ceux qui sont morts ou en phase de l’être. Ce n’est pas aussi sa fonction, c’est saseule fonction ! Elle a donc été ‘’administrée’’ à des gens en phase de mourir.

 

Le Talmud (chabbat 88) va plus loin en disant qu’ils sont tous morts.

 

ואריב"ל כל דיבור ודיבור שיצא מפי הקב"ה יצתה נשמתן של ישראל שנאמר (שיר השירים ה) נפשי יצאה בדברו ומאחר שמדיבור ראשון יצתה נשמתן דיבור שני היאך קיבלו הוריד טל שעתיד להחיות בו מתים והחיה אותם

 

Yatstanichmatam, leur âme est sortie après chacune des paroles du Créateur, … Il a fait tomber la rosée qui est destinée à la résurrection des morts et ils ont revécu etc.  Nos ancêtres sont tous morts le jour du don de la Torah, et ils ont ressuscités. C’est ainsi que fonctionne l’ascension vers le spirituel. La Torah est un élixir de vie.

 

 

 

 

 

 

 

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