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Depuis Eve jusqu'à la vache rousse

La mort

 

La mort est un décret que nous ne pouvons contourner. Nous aurions pu. Il a suffit d’un acte, d’un éloignement de la source de vie, D., pour mériter la sanction.

 

La notion de mort est en nous. Elle est une incapacité à saisir la vie. En effet, avant de consommer du fruit interdit, nous n’étions pas nus dans le sens que nous donnons à ce terme aujourd’hui. Nous étions des êtres capables de voir un corps humain sans que cela ne nous perturbe. Il était possible de continuer à vivre avec la sainteté. Que s’est-il passé ?

 

D’un moment à l’autre nous avons dissimulé D. dans l’arrière plan de la création. Les corps sont visibles et D. beaucoup moins. L’attrait pour le physique est le premier sentiment que l’on éprouve. L’autre, celui de communier avec D. par le matériel est déjà un travail sur soi. C’est devenu la gageure de l’humanité, le corps ou le cœur ? Telle est la question permanente.

 

Il n’y a pas un acte dans la vie de l’homme dans lequel cette question ne soit sous-jacente. Manger, dormir, parler étudier… Tout peut être pour D. ou pour le plaisir personnel.

 

Mais il arrive un moment où cela suffit ! Fini les jeux de cache-cache. En effet,  l’homme, à un certain moment ne doit plus chercher D. car il n’a plus cette mission. ‘’Les recherches qui vous étaient attribuées ne sont plus à l’ordre du jour !’’.  C’est la voix qu’à un moment, chaque être humain entend, le plus tard possible pour tout notre peuple, amen. L’homme est alors entouré de matière sans derrière elle rien qui puisse donner la vie. Un peu d’oxygène, une étincelle de D. rien !! Rien que de la matière étouffante, mortelle, sans appel. La vie c’est D., la mort c’est la matière sans Lui.

 

L’étude du pilpoul

 

Il nous reste à comprendre le rapport entre la mort et la vache rousse.

 

Le pilpoul est un cadeau de Moïse. Le Talmud (nédarim 38, a) affirme que cette faculté a été offerte à Moïse et à sa descendance. Il l’a offerte à tout Israël de par son ‘’œil bienveillant’’ envers nous. D. ne nous destinait que la Torah elle-même. Qu’est-ce que le pilpoul ?  Selon le commentaire de Rachi, c’est la faculté de deviner les choses dissimulées par la recherche intellectuelle.

 

Ce passage demande réflexion.  La Torah était donc, avant ce cadeau de notre Maître, un ensemble de connaissances plat sans possibilité de réflexion humaine. Du par cœur ?

 

En voilà une interprétation : Le pilpoul, bien que nous en retirions du plaisir et de la fierté, est en réalité la marque de la décadence des générations. Normalement, la Torah est accessible sans ces montages judicieux. Car la Torah est un plaisir, celui de communier avec la sagesse de D. Celui qui y accède très vite est un être proche de D. La preuve : Les commentateurs du Talmud les plus reculés ont été concis. Plus les générations ont passées, plus les commentaires se sont faits épais et tortueux.

 

Le talmudiste débutant a besoin de mille questions avant de goûter au plaisir dissimulé dans la Torah. Ce n’est pas seulement parce qu’il n’a pas les bases, c’est aussi parce qu’il ne mérite pas encore de goûter aux mille saveurs des enseignements de la loi orale.

 

La Torah est comme nous l’avons décrit plus haut, dissimulée derrière la matière celle de la réflexion humaine. Normalement, elle se perçoit par les sens. Nos Sages ont dit que les Justes, seront assis dans le monde futur avec leur couronne sur leur tête et savoureront les enseignements du Saint béni soit-Il. Il n’y aura pas de pilpoul, ni de questions etc.

 

C’est donc le cadeau de Moïse. Il a donné le pilpoul, à savoir l’accès pour tout le monde à la Torah. Normalement, nous n’aurions pu l’étudier que dans les conditions les plus strictes. Il aurait fallu une sacrée somme de pureté pour la capter, pas de manière intellectuelle mais avec le goût. Car cette saveur est une proximité à D. qui demande des conditions pré requises.

 

Aujourd’hui n’importe quel repentant peut y prétendre. Il réfléchit puis savoure. C’est le pilpoul.

 

La vache rousse

 

Là aussi, Moïse a été privilégié. Il a accédé à la compréhension de la vache rousse. Rabbi Yossi fils de Rabbi Hanina a dit: ''Le Saint béni soit-Il, a dit à Moïse, à toi, Je dévoile ce secret mais pour les autres, c'est un décret. Rav Houna a dit: ''les autres le percevront dans le monde futur''. Même le roi Salomon, Sage parmi les Sages a cru pouvoir y accéder mais D. ne le lui a pas accordé: ''Je me suis dit que je vais m'assagir mais elle est restée loin de moi'' (Kohélet, 7). Pourquoi lui et pas nous ?

 

Parce que la purification par la vache rousse n’a aucune communication active avec la matière. C’est le message de ce prochain passage. ‘’Un idolâtre avait demandé à Rabbi Yohanan ben Zakkaï de lui expliquer ce rite ‘’n’est-ce pas une forme de sorcellerie ?’’. Il lui avait répondu : « as-tu vu comment on chasse  les mauvais esprits avec de la fumée ?  Nous aussi  ainsi les cendres de la Vache Rousse diluées dans l'eau et préparées selon les préceptes peuvent faire disparaître l'impureté contractée auprès d'un cadavre. » Cependant, les élèves du Rabbi lui dirent : « Tu as éloigné les attaques de cet homme avec un fétu de paille, mais quelle réponse as-tu pour nous ? ». Le Rabbi leur répondit : « Ce n'est pas l'homme mort qui rend impur, ni les cendres diluées dans l'eau qui rendent pur ; mais la loi de la Vache Rousse est un ordre de D.ieu’’ (Midrach Rabba 19).

 

Les Sages de la Torah, Salomon et les autres grands hommes de notre nation, ont pu déceler D. dans la matière. La vache rousse est un masque opaque d’où la Divinité ne transparait pas. C’est le message de Rabbi Yo’hanan à ses disciples. C’est là précisément où se trouve la mort. Quand la matière n’offre plus de ‘haïm, d’étincelle de D., elle étouffe.

 

Et le plus bizarre, c’est qu’elle donne la vie !! En fait, la vache rousse a les deux attributs : Elle purifie les hommes qui ont été en contact d’un cadavre et elle souille ceux qui l’ont préparé.

 

La compréhension de cette ambivalence est qu’il y a deux aspects à la vache rousse. Le premier est cette matière d’où il ne ressort rien de divin puisque tous les pilpoul, même ceux de Salomon, n’ont mené à aucun goût. On a beau creuser, on n’en retire rien de satisfaisant, de goût divin. Mais il y a la compréhension de Moïse, de notre Maître à qui nous nous fions complètement et aveuglément. Sa compréhension devient la nôtre et son goût le nôtre. Il nous sauve de la mort à perpétuité.

 

A méditer

 

 

Chabbat chalom

 

Rav Yossef Simony

 

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