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Entremetteur malhonnête

Question : Jacob est amateur de judaïca. David, son ami, lui apprend que Michaël vend une très ancienne hannoukiah. Jacob, qui est connaisseur l’estime à pas moins que 80.000 euros. David fait officiellement gracieusement l’entremetteur entre Michael et Jacob puisqu’il connait les deux personnes. Il arrive à convaincre Michaël de séparer de son objet pour la somme de 70.000 euros. A Jacob, il dit que l’affaire se fera pour 80.000 euros et pas moins. Jacob accepte et fait transmettre la somme par David qui au passage prélève 10.000 euros. Quelques mois après, il assiste à un cours de Torah et entend que son agissement, outre le fait qu’il n’est pas moral, est aussi illégal. Selon le rav il devrait rendre cet argent à Jacob, pourquoi ?

Réponse : En effet, Choulhan Aroukh (185, 1) Quand un entremetteur va vendre l’objet d’un vendeur, tout l’argent de la vente revient au vendeur même si l’entremetteur a vendu plus cher que prévu. Sma’ (2) explique que le vendeur, même s’il n’a pas exigé une telle somme, il n’a quand même pas gratifié l’entremetteur d’un argent qui lui revient puisqu’il a vendu son objet. L’entremetteur est un émissaire, pas davantage. (Voir aussi Havat Da’at 168, 25. Il explique que tant que l’entremetteur n’est pas directement lié à la vente en tant que propriétaire, l’argent ne lui revient pas).   Sma’ ajoute que cela est vrai même quand le vendeur était dans le besoin et qu’il lui a dit de vendre à bas prix. Dans tous les cas, l’entremetteur est le chalia’h, l’émissaire du vendeur et il doit faire de son mieux pour remplir sa tâche.

Il faut savoir que cette logique, à savoir qu’il est émissaire, est nécessaire pour attribuer le surplus au vendeur, mais dans tous les cas, l’argent ne peut revenir à l’entremetteur. Et ceci en vertu de la règle : on ne peut faire du commerce avec l’argent des autres[1]. On ne peut vendre ou tirer profit même indirectement de quelque chose qui ne nous appartient pas. Voir Tour (HM 73, 18) au sujet d’un créancier qui vend un gage pour rembourser sa dette, beaucoup plus cher que son estimation par son propriétaire. Dans ce cas la différence revient au propriétaire même s’il ne s’attendait pas à tant d’argent.

D’autres décisionnaires [2] ont établi qu’un artisan qui se serait engagé personnellement à faire un objet et aurait finalement fait de la sous traitance pour moins cher, ne peut encaisser la différence. Ils se basent sur le commentaire de Chakh (HM 332, 2) au sujet d'un entremetteur qui a fait travailler des employés chez autrui, et comme ils ont fait de l'excellent travail voudrait récupérer une somme supèrieure à celle qu'il a donné aux employé. Dans ce cas aussi, cette règle s'applique: on ne peut faire de l'agent sur le travail ou la propriété des autres. 

notre cas, il est évident que l’argent ne revient pas à David. Il semble de toute évidence qu’il faut le rendre  à Michaël (même s’il y a quelques retenues à établir une comparaison avec Choulhan Aroukh 185).

PS. tout ceci s'applique uniquement quand l'entremetteur n'est qu'un ami et qu'il n'a rien d'officiel dans son service. Ceci exclut un entremetteur professionnel puisqu'il est évident, même tacitement, qu'il y aura rémunération.

Rav Yossef Siimony 

Dayane au beth dine Michpat Hanania

 



[1] כיצד הלה עושה סחורה בפרתו של חברו ב"מ לה' ע"ב ועיין ש"ך שלב ג

[2]   הטוב והישר קובץ ג עמוד עב עג

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