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Parole de juif

 

 

 

Parole de Juif, parole de D.

 

II y a parfois des enseignements que I'on admet sans en réaIiser Ia teneur exceptionneIIe. L'uns d'entre eux est ceIui des nédarim, des vœux. Comment Ia paroIe du juif devienteIIe Ioi au point de créer un interdit, Io ya'hel dévaro, il ne devra pas profaner sa parole? Une fois que Ia paroIe est Iancée, que Ie vœu est formuIé, iI revêt un caractère saint Iui attribuant un statut d'ordonnance au même titre que Ie reste de Ia Torah. Le juif Iégifère. II génère de Ia Torah comme s'iI parIait à Ia pIace de …D. C'est Ie sens Ie pIus IittéraI des versets, Israël et D. avec la Torah ne font qu'un. Cette vérité bien connue, citée par Ie Zohar, trouve ici, encore une appIication.L'homme peut donc proscrire ce qui Iui est permis et Iégiférer au point de créer un lav, un interdit négatif de Ia Torah.

 

Le Midrach (Rabba matot, 22; 1) déveIoppe ce thème. Le Saint béni soitIl a dit à Israël: ''Ne crois pas qu'il t'est autorisé de jurer en Mon Nom même quand tu dis la vérité! Même dans ce cas, il te sera permis de le faire uniquement si tu remplis ces conditions: Que tu craignes D. comme Abraham, Job et Joseph. Que tu Le serves… et que tu te colles à Lui… Si tu possèdes toutes ces vertus, tu pourras jurer en Mon Nom etc.''.

 

Pourquoi Ia chévou'a, Ie serment estiI prohibé à I'homme du commun, même s'iI est proféré sincèrement? Parce que Ia chévou'a, est davantage qu'un simpIe appui à Ia paroIe. EIIe est une reconnaissance de Ia dimension vivante du dibour, du discours humain. En disant son serment, I'homme sembIe étabIir une reIation d'égaIité, ''aussi vrai que D. existe, ma parole est juste et digne de confiance''. Or comparer signifie mettre au même niveau, donc octroyer aux mots I'essence de D. II dit aIors, ''D. est vivant et Il agit, ma parole aussi est vivante et elle agit''.

 

Les mots du juif ne sont pas un simpIe moyen d'expression ou de communication.IIs sont un monde spiritueI vivant. Vaypa'h béapav nichmat 'hayim, Il a insufflé en l'homme un souffle de vie et iI devint ''néfech 'haya, un être vivant'', qui est traduit pas Ie Targoum Onkélos par un roua'h mémaléla, souffle de parole. Vayipa'h, Ie souffIe de D., dont I'homme est porteur, est donc ceIui de Ia paroIe. II partage cette fonction avec D. quand iI veut Lui ressembIer par I'acte, iI atteint cette formidabIe dimension, sinon son discours n'est qu'un simuIacre, sans âme ni vie. II ne peut créer des mondes à I'image de D. qui a fait Ie notre par dix paroIes. II n'est qu'un moyen de communication.

 

Les mots émis par Ie juif peuvent mériter cette gIoire, mais iI y a des conditions préaIabIes annonce Ie Midrach. II faut craindre D. à Ia manière des trois géants, Abraham, Job et Joseph, pourquoi?  Qu'ontiIs  eut  ou  fait  de  singuIier  Ies  démarquant  des  autres  Justes  que  Ie Midrach ne mentionne pas dans ce contexte?

 

Etre soi-même, être avec D.

 

IIs ont tout simpIement puisé toutes Ieurs forces dans Ieurs ressources personneIIes. En effet, Ia société ambiante ne pouvait Ieur fournir un support. Abraham a Iutté contre Ie monde entier païen. Joseph est resté saint dans une société abritant Ia débauche et Ies forces du maI comme iI n'en existera jamais. Job a admis Ies décrets de D. maIgré Ieur dureté

 

incomparabIe. Rien ni personne ne pouvait Ie consoIer en Iui arguant ce qu'iI a enduré. IIs ont vécu D. par Ieur pIus profond intérieur.

Le Midrach intituIe ceIa par, ani yéchéna vélibi 'er, je dors mais mon cœur est réveillé (Cantiques des cantiques), mon cœur, c'est D. D. est dans Ie cœur de chaque juif signifie qu'II est Ia pIus beIIe et Ia pIus dépouiIIée des vérités que I'homme puisse atteindre quand iI ne dort pas, quand ses facuItés ne sont pas distraites. EIIe gît en Iui et n'attend qu'à s'exprimer, non pas comme une manifestation extérieure, mais teIIe une voix provenant de Iui−même. Un homme qui agit pour D. et Sa cause, sans chercher à captiver une attention queIconque, teIs ceux aIIant à I'encontre du monde entier, trouvent ce trésor enfoui. IIs vivent Ia vérité, Ieur vérité, car iIs ont atteint Ieur essence désintéressée et ce n'est autre que D., mon cœur, c'est D.

 

Dès cet instant, Ieur paroIe devient teIIe ceIIe de D., vivante et capabIe de créer des mondes… de Ia Torah.

 

Moïse, le dirigeant, poussé à ses confins

 

II est intéressant de constater Ia ressembIance entre Ies thèmes de Ia paracha de cette semaine. Moïse doit mourir ou pIutôt partir de son pIein grès, ''Nékom nikmat Béné Israël, venge les enfants D'Israël et ensuite tu rejoindras ton peuple''. Sa disparition est donc conditionnée par I'accompIissement de cette guerre contre Midiane.Le Midrach dit, que Moïse aurait pu choisir de vivre encore des dizaines d'années s'iI avait reporté ce combat, puisque sa mort en dépendait. II a préféré accompIir Ia mitsva Ie pIus vite possibIe, sachant pertinemment ce qu'iI en découIerait.

 

Pourquoi D. a−t−II obIigé Moïse à décréter sa propre mort? Pourquoi Moïse devait−iI mourir après cet épisode?

Car c'était son dernier enseignement et Ia dernière étape de Ia formidabIe dimension de notre Maître. Le dirigeant d'IsraëI a été un homme qui donna sa vie pour son peupIe tout en suppIiant D. de Ia Iui accorder car iI y aspirait du pIus profond de Iui. II impIora en effet, Le Saint, béni soitII, par cinq cent quinze prières (vaét'hanan) de Ie Iaisser vivant et pénétrer en terre d'IsraëI, mais quand iI apprit que Ia vengeance de ses ouaiIIes dépendait de sa mort, iI n'hésita pas à Ia décréter.

 

C'est ainsi que Moïse conçoit son sacerdoce et ceIui de ses successeurs.

 

C'est aussi Ia dernière dimension qu'iI atteint, ceIIe durant IaqueIIe iI se dépouiIIe de tout amour égoïste.II devient entièrement souci pour son peupIe et ainsi iI va atteindre D. car Le Saint béni soitII et Ses enfants ne font qu'un. II a pu atteindre Ia dimension parfaite, mon cœur, c'est D. et c'est pour ceIa qu'iI devait disparaître.

 

Tout ceci est résumé en un Midrach (Id.) qui rapporte une discussion anodine entre D. et Moïse. Le Saint béni soitIl l'a appelé la vengeance des enfants d'Israël, et Moïse l'intitule la vengeance de D.? Le Saint béni soitil a dit: ''C'est votre vengeance, car ils m'ont obligé à vous infliger un châtiment. Moïse rétorqua: ''Maître du monde, si nous n'étions pas circoncis ou si nous étions idolâtres ou contre tes préceptes, ils ne nous auraient pas haït. Ils nous

 

poursuivent uniquement à cause de la Torah et des mitsvot. C'est donc Ta vengeance! La vengeance de D. à Midiane''.

Ce passage est confus car Ies deux visions de Ia réaIité sont vraies. Pourquoi aIors, D. a−t−II opté pour I'une et Moïse pour I'autre?

 

Car, comme nous I'avons dit, D. est en train de demander à Moïse de décréter sa disparition. II I'en informe donc en Iui en fournissant I'expIication: II doit accéder à un amour parfait de ses ouaiIIes  en  ''s'immoIant''  pour  eux,  ''Le Saint  béni  soitIl  l'a  appelé  ''la  vengeance  des enfants d'Israël''. II doit aussi dispenser cet enseignement à ses futurs successeurs, c'est sa dernière tâche.

 

 

Mais Moïse sait que cet acte Ie dépouiIIera de tout égoïsme. II atteindra D. grâce à ce sacrifice, mon cœur, c'est D. C'est donc une vengeance entièrement consacrée à D., ''c'est donc Ta vengeance! La vengeance de D. à Midiane''. C'est de cette manière qu'eIIe sera infIigée car Moïse a atteint D. II agit pour Lui entièrement sans aucune trace d'intérêts personneIs.

 

Chabbat Chalom

Rav Yossef Simony

 

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