· 

Le Mondial

Ce que Napoléon a compris

Un peuple vivant est celui qui porte en lui la conviction qu’il a un message fort et durable et qu’il faut le faire à tout prix perdurer. Il va se battre pour son identité, il va construire et éduquer les générations afin que rien ne se perde ou ne se dissolve à cause du temps qui passe.

La légende raconte que Napoléon Bonaparte se promenait un jour de ticha béav dans les rues de Paris lorsqu’il passa devant une synagogue. Alerté par les pleurs et les lamentations qui s’en échappaient, il demanda à l’un de ses hommes : « Que se passe-t-il ici ? Pourquoi ces hommes pleurent-ils ? » Son second lui expliqua que ces Juifs portaient le deuil pour la destruction de leur Temple.

Napoléon s’enquit alors : « Quand s’est produite cette tragédie ? » « Il y a environ 1800 ans. » lui répondit-on. Et l’empereur de s’exclamer alors : « Un peuple qui est capable de pleurer la perte de son Temple pendant si longtemps méritera à coup sûr de retourner sur sa terre et d’assister à la reconstruction de son Temple. 

Cet empereur, parce qu’il a dirigé un peuple, a compris que c’est le secret de la longévité d’une nation. Si le peuple se lamente de la destruction du Temple, au point d’en pleurer encore aujourd’hui, c’est qu’il a vraiment mal. Il va donc chercher un remède à son mal jusqu’à le trouver. Il n’a pas cru si bien dire.

Ce que Napoléon n’a pas comprit

Mais Israël est plus profond que cela. Notre constitution nous oblige à pleurer pour ce qu’il nous manque tant celui-ci est ressenti ! Mes larmes sont mon pain de jour et de nuit, depuis qu’on me dit sans cesse: "Où est ton Dieu?" (Psaumes 42, 4) [i]. Le pain est un aliment dont on ne se lasse pas car il est essentiel. C’est à cela que sont comparés le Temple et D. pour chacun de nous. On en manque au quotidien. Et même si on veut ignorer cette vérité, elle nous accompagne durant tout notre parcours.

Israël a été forgé par ses Patriarches pour obtenir une telle constitution. Ce sont eux qui ont introduit la divinité dans ce monde et dans leur descendance. Il y a en nous une particule du message de nos Pères, les Patriarches, et tous ensembles, par toutes nos forces réunies, le message est au complet et de ce fait Israël est vivant.

C’est ce que nous enseigne le Talmud Ta’anit 5b [ii] : ‘’Jacob, notre Patriarche n’est pas mort !’’. Il lui dit : ‘’est-ce qu’ils ont dit une eulogie et qu’ils l’ont embaumé pour rien ? Il répondit : ‘’Je ne fais que commenter un verset ‘’Ne crains donc rien, ô toi, mon serviteur Jacob, dit l'Eternel, ne sois point alarmé, ô Israël! Car mon secours te fera sortir des régions lointaines et tes descendants de leur pays d'exil. Jacob reviendra et il jouira d'une paix et d'une sécurité que personne ne troublera’’ (Jérémie 30, 10). De même que ses enfants (du Patriarche) seront en vie durant leur retour de l’exil, lui aussi le sera !

Jacob est vivant dans toutes les générations d’Israël jusqu’à la rédemption où nous allons véritablement pouvoir le constater. Que signifie être vivant pour quelqu’un qui a été embaumé et enterré ?

Cela signifie que son message et sa vérité sont encore brulants et de ce monde. En effet, Jacob a laissé des enfants qui à eux tous, réunissent toutes les qualités de leur père. Cette vérité est la dimension de nétsah Israël (Chmoue [iii] 15, 29) l’éternité de notre peuple.

Et si aujourd’hui, on ne reconnait pas encore la vie d’Israël c’est parce que souvent, elle n’est qu’en potentiel chez beaucoup de nos frères. A la rédemption, Jacob va vivre pleinement parce que tous ses enfants vont s’épanouir et montrer qui ils sont. Une lumière va jaillir de chacun, et ensembles, toutes ces étincelles vont produire une forme spirituelle qui est la dimension de Jacob. Attention, Israël n’est qu’assoupie ! Je dors, mais mon cœur est éveillé (Cantiques 5)[iv]. C’est donc le message de ce passage du Talmud quand il affirme que Jacob assistera vivant à la rédemption. Car tous ses enfants seront pleinement en pouvoir de leur flamme, chacun la sienne. Rien n’est perdu du message de Jacob.

Les étincelles sont dispersées chez tout le peuple

Maharal explique que Jacob n’est pas représenté par le plus réussi de ses fils (Joseph ou Yéhouda tetc.) mais par l’ensemble des tribus. Quand Jacob va mourrir, il questionne ses enfants à propos de leur foi, sont-ils entiers avec D. ? Et ils lui répondirent [v]  De même qu’il n’ y a dans ton cœur qu’un unique (é’had) dans le notre aussi il y a é'had’’.

E’had (unique) est formé de trois lettres alef, ‘het, dalet. ‘het correspond au chiffre 8, qui rappelle les huit fils des femmes de Jacob. Dalet, 4, les fils des servantes, et Alef représente Lévi qui est détenteur de la Torah par laquelle le peuple fait fusion. Il n’ y a pas de meilleur fils, ils sont tous unis pour former le é’had, l’unicité d’Israël.

La vertu de Jacob est d’ailleurs émet, la vérité, qui est formée de alef et met. La lettre alef et le mot met qui signifie mort. Car, si on retire alef, l’union, la dimension de é’had, le Patriarche meurt. Sa vérité, émet, n’est pas formée que de l’élite, elle provient de l’ensemble de ses fils. Il va être vivant à la rédemption uniquement parce que tous ses enfants vont fleurir et découvrir leur potentiel. Tant qu’il manque alef, il ne reste que met, la mort.

Frère en hébreu se dit a’h, qui s’écrit alef et ‘het. Alef, nous savons qu’il est une allusion à é’had. Puis ‘het signifie faute, mais aussi manquement,  ou louper une cible. S’il manque la cohésion entre les frères, le alef,  la cible du père, son projet est raté.

Le Mondial

Le football est un véritable fait de société. Je laisse aux sociologues le soin de l’analyser. Il y a cependant une facette qui est évidente : Le besoin d’appartenance à une équipe gagnante. Et ensuite de chanter partout que cette équipe est la meilleure et la seule valable.

Chez nous il n’y pas un seul juif, un meilleur juif, un meilleur rabbin, il y a ‘’tous ensemble’’; é'had,  avec chacun son message. Et ce ‘’tous ensemble’’, c’est Jacob ou Israël,… appelons-le par son nom, (Dieu lui dit: "Tu te nommes Jacob; mais ton nom, désormais, ne sera plus Jacob, ton nom sera Israël"; il lui donna ainsi le nom d'Israël" (Béréchit 35, 10).) qui n'est vivant qu'à travers l'ensemble de tous ses enfants ! 

C'est le message très puissant de ce jour du 9 av que nous avons subi à cause de la haine gratuite. Ce sentiment nait de la volonté d'ignorer autrui. Dans notre cas, c'est une erreur grossière car elle nous ôte la ...vie et avant tout la possibilité de savourer l'autre. 

Rav Yossef Simony 

 



[i] הָיְתָה-לִּי דִמְעָתִי לֶחֶם, יוֹמָם וָלָיְלָה; בֶּאֱמֹר אֵלַי כָּל-הַיּוֹם, אַיֵּה אֱלֹהֶיךָ.

[ii] א"ר יוחנן יעקב אבינו לא מת א"ל וכי בכדי ספדו ספדנייא וחנטו חנטייא וקברו קברייא א"ל מקרא אני דורש שנאמר (ירמיהו ל, י) ואתה אל תירא עבדי יעקב נאם ה' ואל תחת ישראל כי הנני מושיעך מרחוק ואת זרעך מארץ שבים מקיש הוא לזרעו מה זרעו בחיים אף הוא בחיים

[iii] וְגַם נֵצַח יִשְׂרָאֵל, לֹא יְשַׁקֵּר וְלֹא יִנָּחֵם:  כִּי לֹא אָדָם הוּא, לְהִנָּחֵם. שמואל (טו, כט)

[iv] אני ישנה, וליבי ער (שה"ש ה, ב)

[v] בשעה שביקש יעקב לגלות את הקץ לבניו, נסתלקה ממנו שכינה. אמר: שמא יש בכם אחד שאינו הגון. פתחו כולם ואמרו: "שמע ישראל, ה' אלוקינו, ה' אחד". כלומר: "שמע ממנו אתה, ישראל אבינו: כשם שאין בליבך אלא אחד, כך אין בליבנו אלא אחד. מיד פתח הזקן (יעקב) ואמר: ברוך שם כבוד מלכותו לעולם ועד. 

Écrire commentaire

Commentaires: 0