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Recherchons: juges et conseillers

Recherchons: Juges et conseillers

 

La sidra de cette semaine est riche en thèmes. Nous allons nous concentrer sur le premier, celui où il nous est demandé de nommer des Juges et des policiers devant se soucier à la bonne application des décisions et des lois. Nous avons perdu cette habilité de juger parfaitement. Ce que faisons aujourd'hui est simplement ce que l'on peut faire de mieux. La preuve en est notre demande réitérée au rythme des trois prières quotidiennes, ''hachiva chofeténou kévarichona'', ''rétabli nos Juges comme auparavant'', c'est donc que nous avons perdu au moins un fragment de notre faculté de juger. La raison est simple, comme nos Sages l'ont dit dans leur réponse à Assuérus, quand il leur demanda de juger la reine Vasthi, ''nous ne sommes plus sur notre terre et nous n'avons plus le repos de l'esprit que le jugement exige!'' (Talmud traité Méguila). Mais nous demandons aussi à D. de rétablir nos yoatsim, conseillers, ''véyoatsénou kévaté'hila, ''et nos conseillers comme au début''. Qui sont ces conseillers et quelle fonction avaientils? Nous devons aussi nous attarder sur la différence dans la terminologie. ''Kévarichona'' est utilisé dans la formulation de la demande des juges, que nous avons traduit par auparavant et kévaté'hila dans celle des conseillers traduit par au début. Quelle est la différence entre auparavant et au début? Nous allons le comprendre en étudiant un peu d'étymologie.

 

Michpat et tsédek

 

Il n'est pas aisé, même pour les hébraïsants, de faire la différence entre les deux termes, michpat et tsédek. Les deux renvoient, en effet, à un même sens de justice. La difficulté n'est pas d'aujourd'hui. Les Sages du Midrach (Rabba Choftim, 5; 3) ont aussi mis en évidence la confusion. Cette controverse apparaît dans le cadre du commentaire sur le verset prononcé par le Roi Salomon, dans lequel, unanimement, il se référait à son père, le Roi David, ''Pratiquer la tsédaka et le michpat est préférable à D. qu'un sacrifice'' (Proverbes 21, 3). Hachem avait, en effet, interdit à David de Lui construire le Temple. Celui qui désirait tourmenter David n'avait alors qu'une phrase à lui dire, ''je me suis réjouis à chaque fois que j'entendais, ''allons à la maison de D.'' (Psaumes; 122). Ses détracteurs lui tournaient le couteau dans la plaie, en souhaitant sa mort proche qui était synonyme de construction du Temple. Car ''Allons à la maison de D.'' n'était rien d'autre que le vœu formulé tout haut de voir  Salomon  prendre  sa  succession  et  ériger  la  maison  divine.  Le  Saint  béni  soitIl,  le consolait en lui rappelant Ses priorités, ce qu'Il affectionne le plus: le michpat et le tsédek et non pas en premier les sacrifices. Que rajoute la notion de tsédek à celle de michpat, telle est la question que se posent les Sages du midrach!

 

Rabbi Yéhouda soutient que le tsédek a ici une consonance de tsédaka, de charité. Le Roi David ne se contentait pas de prononcer la sentence, il l'appliquait aussi si celui qui était sorti coupable ne s'exécutait pas. Il payait de sa poche.

 

Rav Na'hman n'accepte pas cette version parce qu'en pratiquant une telle méthode, il aurait fourni une tentation aux malhonnêtes. Ils auraient pu ainsi extorquer de l'argent au pieux Monarque en simulant un litige et puis en se partageant ce qu'il donnera à l'un d'eux. Son avis est donc que tsédek est l'application de la sentence alors que michpat signifie la déclaration du verdict.


Tsédek est donc l'application de justice alors que michpat est la connaissance de la vérité, de ce qui est juste. C'est l'alliance entre les choftim, les Juges et le choterim, les applicateurs de la loi, ceux qui sévissent quand il y a infraction au code émis par les Juges. L'un fait allusion à la pensée de la loi et le second à l'acte.

 

Les deux mains de D.

 

Cette introduction va nous aider à pénétrer le sens du prochain passage de Midrach (Id. 4). ''Rabbi Isaac a dit: ''Deux choses sont dans la main droite de D., la Torah et la Tsédaka et deux autres dans Sa main (gauche), le néfech (l'âme) et le dine (la justice). Le Saint, béni soit− Il a dit: l'âme et la justice sont dans Ma main. Si vous gardez la justice, Je garderais votre âme''.

 

Ce passage très difficile et très profond a cependant une compréhension littérale. La main droite de D. symbolise Sa force, celle que l'on perçoit. La main gauche est plutôt la partie cachée de Son intervention. L'une est l'acte alors que l'autre représente la pensée.

 

En effet, la Torah qui est la source de toute la création, histakel béorayta oubara 'alma, Il regarda la Torah et construit le monde est une loi qui implique l'action puisqu'elle a généré toute la genèse. Le tsédek qui est, comme nous l'avons vu, l'application de la loi, est donc dans la même main, celle de droite. Elle regroupe le maasé, l'action visible et sensible de D. dans Son monde.

 

L'autre main est plus compliquée à définir.Quel rapport entre le dine, le jugement et le néfech, l'âme? Il faut savoir, pour le comprendre, que le sentiment de justice est ce qu'il y a de plus profond en l'homme. L'homme dépouillé de toutes les tentations qui faussent son regard ne peut pas supporter ce qui est injuste. La vérité n'est pas seulement inscrite dans son âme, elle est son âme. C'est bien pour cela que le Juge est appelé dans les versets Eloquim. Selon le Sforno cela fait allusion à sa faculté d'être entièrement spirituel pour juger avec désintéressement. Il doit être Eloquim qui est le terme pour désigner un être entièrement spirituel. Et ainsi pour moult versets tels Hamichpat léEloquim, le jugement est à Eloquim etc. Pour juger il faut être dans la main de D., autrement être soi−même, son propre néfech et de là vient le vrai dine, la vrai justice.

 

Cette main gauche est donc l'inspiration de l'homme la plus pure, la plus vraie, car dépouillée de tous les intérêts et de toutes les passions.

 

L'acte et la pensée

 

Cela n'est pas sans nous rappeler la dualité naassé/nichma, nous ferons et nous comprendrons, la proclamation des enfants d'Israël à la veille de recevoir la Torah. Ils avaient atteint la dimension parfaite celle où l'acte mérite son appellation de maassé et la pensée de chémi'a, nous allons mieux le comprendre. Avec la faute du veau d'or, nous avons perdu la dimension du na'assé, de l'acte, comme l'affirme le Midrach, vous avez perdu le na'assé faites attention au nichma. Il ne reste plus que le nichma, la compréhension. Expliquons− nous.


Que signifie acte et compréhension parfaite? Un acte parfait est celui qui émane de la main droite de D. et une pensée parfaite est celle qui vient de la gauche, pourquoi? Car le ma'aassé, l'action mérite son appellation quand elle est le fruit de la Torah dans une relation dictée par la règle ''histakel béorayta oubara 'alma, Il regarda la Torah et construit le monde''. Ne mérite le nom de ma'assé que ce qui construit le monde et ne peut être tel que ce qui émane de la Torah car elle, est la seule architecte. La relation entre l'acte et la Torah, entre ce qui se déroule en bas et ce qui est écrit dans les plus hautes sphères spirituelles a été perdue. Il s'est opéré une sorte de déconnection. Dans ce schéma, que d'actes vides de sens et insensés se déroulent dans l'univers.Des actes qui n'amènent pas ce qu'ils devraient de constructif et qui ne puisent pas leur substance dans la Torah.

 

Une pensée parfaite, nous l'avons compris, est celle qui est puisée dans vérité de l'âme et non dans les menues et basses passions du corps. Nous avons encore cette faculté, même si elle est de plus en plus difficile à rencontrer.

Juges et conseillers

 

Revenons à notre question initiale. Que demandons−nous trois fois par jours? Des juges et des conseillers! Le juge est celui qui prononce la sentence et non celui qui l'applique, la pensée et non l'action. Nous demandons donc des juges de vérité à savoir de revenir à ressentir l'âme, celle qui est dans la main gauche de D. de la meilleure manière, afin de se diriger selon la vérité. En d'autres termes nous implorons D. de nous aider à nous dépouiller de nos passions. Dans cette demande nous disons ''Kévarichona'' comme auparavant car chaque jour qui passe nous engloutit encore plus dans le mensonge des nations et dans leur optique si étrangère à la Torah. Mais nous n'avons pas perdu cette faculté. Elle se fait simplement plus rare avec le temps.

 

 

''Véyoatsénou kévaté'hila, ''et nos conseillers comme au début'', ''Véyoatsénou'' signifie ceux qui nous conseillaient afin d'agir le mieux. Quel était notre but dans la vie et quels étaient les actes qui correspondaient à notre vérité, quelle était la meilleure manière de les faire? Cette situation n'a été vécue qu'au début, c'estàdire avant la faute du veau d'or, vous avez perdu le na'assé faites attention au nichma. C'est pour cela que l'on dit comme au début et non comme auparavant.

 

Chabbat Chalom

Rav Yossef Simony

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