· 

Upside down

Up side down

N’est pas miséricordieux qui le prétend

Le Midrach de cette semaine remet les idées en place en s’opposant diamétralement à ce que préconise la société moderne. Ce qui est bon pour la Torah a parfois été décrété mauvais par la pensée ambiante et vice versa. Nous allons aborder la notion du plaisir charnel vue par la Torah et abordée par l’étude du midrach.

Le Midrach Rabba de cette semaine traite en premier de la mitsva de chiloua’h haken, renvoyer la mère des oisillons avant de les prendre. Le Midrach affirme qu’il s’agit d’une forme extrême de ra’hamim, compassion de la part du Créateur. Cette pauvre mère a participé au peuplement du monde en s’adonnant jour et nuit au bien être de sa couvée. Elle mérite d’être sauvée.

Mais il faut savoir que cette mitsva ne concerne pas les chasseurs d’oisillons. Celui qui rencontre ce nid et à qui il est demandé d’agir ainsi, y a été contraint par la Torah. En effet, il ne l’a pas cherché sinon il en aurait été exempté, comme nous l’enseigne le Talmud (traité ‘Houlin ;  139b), ‘’j’aurais pu croire que celui qui s’en va chercher des nids, dans les montagnes et dans les vallées, est concerné par cette mitsva, c’est pour cette raison que la Torah a dit ‘’ki ikaré’’, ‘’quand il se présentera à toi’’, c’est à dire par hasard et non quand tu les auras cherché’’. Et puisqu’il en est ainsi, à savoir que notre randonneur n’est nullement intéressé par l’élevage des oiseaux, pourquoi détruire gratuitement cette belle famille naissante?

Parce que c’est là précisément qu’intervient la compréhension profonde et experte de D. et que se finit celle de l’humain. C’est Lui qui comprend combien cette mère a besoin d’être libérée et qu’il s’agit en réalité d’un acte de compassion et non de cruauté. Car D. connait les replis du cœur de l’homme et de l’animal et sait ce qui est bon pour lui et ce qui ne l’est pas. Ce qui est cruel et ce qui est juste pour eux. Elle doit être libérée car le service qu’elle offre à ses progénitures est un véritable sévices.    

Ce qui est enrobé de discours éloquents sur les droits de l’homme, peut être parfois l’expression d’une terrible cruauté, alors que les actes dictés par la Torah ne sont que ‘ra’hamim, pitié et compassion. Ils construisent le monde par Celui qui le connait en profondeur. C’est ce que résume clairement le Roi Salomon dans le  verset des Proverbes (12 ; 9) ‘’Le Tsaddik connait l’âme de sa bête alors que les apitoiements des mécréants sont de la cruauté’’. Le Midrach rabba (Vaykra ; 27) commente ce verset de la manière suivante : ‘’Le Tsaddik’’, c’est D. Il sait qu’il convient de renvoyer la mère et que ce n’est pas de la cruauté. Le mécréant c’est Haman qui a décrété la décimation du peuple juif.

 La miséricorde de D. s’étend jusqu’aux animaux et même quand elle n’est pas évidente, elle reste pourtant vraie. Celle des hommes, est fausse même quand elle semble justifiée. Il s’en prend à un peuple qui est, selon ses théories, un parasite. Il veut rendre un service à l’humanité en l’exterminant (voir mein kampf). Quoi de plus noble ? Mais en réalité, il est cruel car il veut priver le monde de sa source de bénédiction, de sa spiritualité.  Dans cet exemple, l’erreur humaine est grossière et évidente, mais dans combien de débats, elle se fait passer pour acceptable voire noble !

Prenons l’exemple de la jeunesse. Qui remettrait aujourd’hui entièrement en cause leur comportement libéré ? Même si le libertinage est encore condamné, une conduite ‘’modérée’’ n’est vue par presque personne comme une déviation. La Torah considère pourtant cela comme un acte de cruauté, expliquons-nous.

Le Midrach (Rabba ki tétsé ; 6) rapporte plusieurs illustrations à la vertu  de ra’hamim, miséricorde avec laquelle agit le Saint, béni soit-Il. L’une d’elles est la patience dont il fait preuve quand Il attend le huitième jour pour ordonner la circoncision. Avant, le nouveau né n’aurait pas la force de supporter cette petite intervention dans sa chair.

Ce passage est de toute évidence bien difficile à comprendre ! Quelle miséricorde y-a-t-il à patienter pour que l’opération soit rendue praticable ? Le contraire aurait été de la cruauté !  Au risque de choquer les âmes sensibles (ceux auxquels nous avons fait allusion précédemment) disons la vérité.

Ce Midrach veut illustrer l’immense vertu de miséricorde du Saint, béni soit-Il. Elle est immense parce que ceux qui, comme Lui, auraient perçu la gravité de rester incirconcis pour un juif, n’auraient pas pu patienter huit jours pour ordonner de la faire. D., parce qu’Il est miséricordieux au plus haut degré, peut attendre que  le pauvre bébé prenne un peu de force supplémentaires !

D. voit le mal qui est perpétré parce qu’un juif n’est pas parfait en ce domaine de la chasteté, car la circoncision représente et permet cette perfection à laquelle nous sommes tenus. Il est besoin d’une dose divine de miséricorde pour patienter jusqu’au huitième jour. Les Sages du Midrach n’ont pas trouvé de meilleur exemple à cette vertu de miséricorde que cela. C’est là qu’elle se dévoile pleinement.

Il  faudrait, pour que nous le comprenions, que le Tsaddik, ‘’Le Tsaddik connait l’âme de sa bête’’, nous prête Ses yeux, comme le raconte le Talmud à propos de Rabbi Yo’hanan.  ‘’Natan bo énav vénaassa gal chel atsamot’’ que nous traduirons par, ‘’il l’a regardé et il est devenu un amoncellement d’os’’ en d’autres mots, il en est mort ! Le regard furieux du Tsaddik, Rabbi Yo’hanan, sur le pécheur, aura suffit pour cela.  Rabbi Na’hman de Breslev (likouté, 98) explique magnifiquement ce passage. Natan bo éinav, est à saisir selon sa traduction la plus littérale, ‘’il lui a donné ses yeux’’. Le Tsaddik n’a pas tué, il a simplement ‘’prêté ses yeux’’, en d’autres termes, sa compréhension au fauteur. Il est devenu ‘’un amoncellement d’os’’, signifie qu’il a réalisé l’ampleur de sa faute car en hébreu ‘’os’’ se dit ‘’etsem’’ qui a la même racine que ‘’otsem’’ voulant dire, ampleur, intensité. Grâce à la vue du Juste, qui sait où sont les vraies normes, il a pris conscience de l’énormité de sa faute et il en a périt.             

L’homme du commun vit et décide de ce qui est bon et juste dans la société, de qui il faut avoir pitié et sur lesquels il faut s’acharner (n’y a-t-il pas pour cette noble tâche des chiens de garde de la démocratie, que l’on jette régulièrement sur les proies du jour). Quel terrible choc que la reconnaissance de la vérité. Le Talmud ne dit-il pas que l’ange de la mort est formé d’yeux ? L’explication la plus littérale de cette affirmation est que la mort est causée par la reconnaissance de l’erreur dans laquelle l’homme a été plongé durant toute ou une partie de sa vie. C’est le moment où le Tsaddik, ‘’Le Tsaddik connait l’âme de sa bête’’, D., nous prête Ses yeux par l’intermédiaire de Son Ange et tout s’éclaircit, mais quel choc !

La chasteté est une composante tellement primordiale de notre philosophie, que même chez un nourrisson, un manquement est inacceptable. Notre esprit n’est pas fait pour le comprendre. Celui de D., l’est, et c’est pour cette raison qu’il faut ‘’activer’’ la vertu de miséricorde dans toute son intensité afin de patienter huit jours. 

Perversion et destruction

Mais il faut aller plus loin dans la compréhension de ce Midrach. Si le Saint béni soit-Il ne supporte pas cette situation d’incirconcis, c’est aussi par Sa vertu de miséricorde. En effet, la luxure est tellement mauvaise et destructrice pour le monde qu’elle ne peut y être admise par Celui qui est miséricordieux à l’extrême. Il ne peut voir les dévastations qu’elle occasionne sans avoir pitié du monde. L’impatience du créateur ainsi que sa patience, ces deux vertus, proviennent de la même source : La miséricorde. Développons ce thème.

La sidra de cette semaine enseigne une grande vérité. Mitsva goréret mitsva, une mitsva accomplie, en entraîne une autre et le contraire aussi, une avéra, un interdit enfreint, en entraîne un autre. Cette double vérité est tirée de la juxtaposition des thèmes. La yéfat tohar, la belle prisonnière de guerre que la Torah, sans avoir beaucoup le choix, permet à celui qui en a été charmé suivi par le thème du ben, sorrer oumoré, de l’enfant rebelle puis enfin par les règles relatives à l’application de la peine capitale. Tout cela pour dire que la femme interdite ne pourra donner naissance qu’à un enfant de piètre qualité morale qui finira par fauter et mériter l’une des sentences capitales de la Torah.

Dans un autre registre, celui qui accomplit un mitsva, une bonne action, en méritera une autre. Il sépare la mère de ses oisillons, suivi par le thème de la nouvelle maison où il faut placer des rambardes de sécurité, puis  celui des règles relatives à la semence des graines dans le champs et des règles concernant le labourage avec deux animaux différents et enfin les lois du tsitsit, des vêtements.

Cette règle est célèbre ainsi que sa source dans les versets. Ce qui nous interpelle est pourquoi avoir choisi ces thèmes pour nous l’enseigner. Il n’y a aucun hasard ni aucun à peu près dans la Torah. En voici la raison.

La prisonnière a attiré l’œil d’un homme qui ne veut pas comprendre que cette femme ne lui est pas destinée. Il la convoite et la Torah la lui permet. Il a commit un interdit lié à un manque de chasteté. La Torah nous enseigne ici la substance de la avéra, du péché : il entraîne le péché. L’impureté est mère productrice d’impureté. Mais plus encore. Elle amène à la destruction à la mort de la société. Cet enfant finira par mourir. Le mariage et l’amour conjugal qui est généralement synonyme de construction n’aboutira pas dans ce cas où tout a commencé par la luxure et ce qui s’y rapporte. La Torah n’a donc pas trouvé de meilleur thème pour nous enseigner que la avéra, synonyme de destruction, entraîne la avéra, que dans le thème de la luxure qui est la destruction par excellence.

La mitsva entraîne une autre mitsva nous est enseigné dans le thème de la miséricorde. Le chiloua’h haken, renvoyer la mère de ses oisillons est le symbole de la pitié bien placée dans la création. Elle est une mitsva qui construit la nature (selon le Sforno elle est édictée dans le souci de préserver les espèces rares, celle qui ne sont pas élevées par l’homme et risqueraient de disparaître). C’est le symbole de la mitsva qui est construction. C’est à partir de ce thème que la Torah a donc commencé l’illustration de la règle, ’’Mitsva goréret mitsva, une mitsva accomplie, en entraîne une autre’’. Car c’est cela la mitsva, elle construit même quand on imagine quelquefois le contraire.

La jeunesse

Les écarts dans ce domaine, ne forment aucunement la jeunesse. Ils la détruisent et entraîne le malheur à la communauté entière, les pécheurs comme les Justes. C’est ce que décrète Rachi (Béréchit ; 6, 13) en citant le Midrach suivant : ‘’à chaque fois que tu trouveras de la luxure et de l’idolâtrie, la destruction vient et punit les bons et les méchants’’.

Et voilà encore une fois le monde à l’envers : la jeunesse semble profiter de tous les plaisirs et s’épanouir pendants que d’autres jeunes rejettent les jouissances du corps en s’adonnant à la Torah et en s’abstenant selon un mode de vie chaste. Quel est le résultat ? Pourquoi répondre nous-mêmes quand le Midrach (ki tétsé id.) le fait à notre place ? ‘’Léviat ’hen lérochékha’’ les paroles de Torah sont de la grâce sur ta tête, un homme qui a étudié, quand il vieillit, tous l’entourent et le questionnent sur des enseignements de la Torah etc.      

 La Torah construit alors que les écarts de jeunesse ne mènent qu’à la sénilité et à la destruction. L’une est ra’hamim, miséricorde. Les autres sont de la cruauté enrobés de beaux discours psychologiques. Mais comment prêcher notre vérité dans un monde, up side down ? 

 

 Chabbat Chalom 

Rav Yossef Simony 

Écrire commentaire

Commentaires: 0