La Torah aux terriens- les prémices

Le Cohen et D.

Le verset semble se contredire. En effet, le Cohen qui réceptionne les bicourim, les prémices, est élevé au plus haut rang par le discours flatteur du pèlerin, ‘’J’ai dit à ton D. etc.’’. Une manière de dire que le Saint, béni soit-Il, est fier de lier Son Nom à ta personne. Il est en effet, ‘’ton’’ D., pas moins ! Mais dans le même verset, il est rappelé que le Cohen ne sera pas toujours du premier choix, ‘’Tu viendras chez le Cohen qui sera de ton temps’’. Est-il possible de rencontrer un Cohen qui n’est pas de son époque, se demande Rachi, et commente alors que cette pratique pourra être exercée par n’importe lequel des Cohanim, vertueux ou non. Question : S’il n’est pas si brillant, pourquoi lui attribue-t-on l’amour de son D. et l’honneur d’unir son nom à celui du Créateur?

Le commentaire du Sforno va nous aider à y répondre. Il explique la nécessité de préciser la nature du Cohen de la manière suivante. ‘’Ce n’est pas à l’homme à qui tu apportes ton présent, c’est à D. Lui-même. Ton jugement à son propos est peut-être donc vrai, mais il ne justifierait pas ton abstention pour cette mitsva, ce précepte.

L’ambigüité persiste. Car, même en admettant que D. est principalement concerné par cette offrande, il n’en reste pas moins vrai que nous accordons à un homme de moindre qualité de grands signes de respect qu’il ne mérite pas ? Voici une interprétation de ces versets.

Soixante

 Le commentateur Baal hatourim fait remarquer que le mot téné, panier dans lequel les bicourim étaient offerts, a une valeur numérique de 60 qui est celle de la lettre samekh, le ‘’S’’ de l’alphabet hébreu. Il note d’autre part que cette lettre n’apparait pas dans les versets qui traitent des bicourim. Elle ne viendra que plus tard, avec le mot ségoula, trésor qui est la désignation remplie d’amour de D. pour son peuple. Vous êtes ‘’mon peuple trésor’’  (Dévarim 26, 18). Que d’énigmes !

Son commentaire n’est pas sans rappeler le très célèbre Midrach (Rabba béréchit ; 17) qui fait une remarque similaire, cette fois à propos des premiers versets de la Genèse. La lettre samekh, S n’apparaît pas jusqu’à la création de la femme. C’est avec elle que la tentation charnelle est née. ‘’S’’ dans ce contexte fait allusion à Satan, le yetser hara, en d’autres termes le penchant pour le mal (à celles que ce Midrach a choqué, nous promettons béli néder, un commentaire détaillé d’où la femme en sortira vainqueur). Cette tentation de la chair est la mère de toutes les tentations et de de tous les plaisirs. En est la preuve ce Midrach dans lequel le yetser hara, le penchant pour le mal est né avec la femme.

En revenant au commentaire du Baal Hatourim, avec pour appui ce Midrach, tout se passe comme si le Satan qui est le penchant pour le mal avait été banni du thème des bicourim.  C’est en effet, le message que véhicule la lettre, samekh, S. Expliquons-nous.

Mais auparavant rappelons que nous avons aussi rencontré (ensemble d’ailleurs dans notre commentaire sur la sidra Nasso), le chiffre soixante, cette fois dans le thème de la bénédiction du Cohen. Elle comprend en effet, soixante mots. Le Midrach (Rabba, Nasso) affirme que ces soixante mots sont comme soixante guerriers postés autour du ‘’lit’’ de D.

Nous avons commenté (id.) cette étonnante affirmation de la manière suivante: D. est présent à travers la bénédiction du Cohen et il offre Ses bienfaits à Son peuple, comme un homme avec son épouse. C’est le message du lit qui est une appellation du Temple depuis lequel le Créateur nous offrait ce qu’Il pouvait de mieux dans Son monde comme le thème de la multiplication.

Le Cohen est le canal de cette diffusion. Ils agissaient durant la période du Temple et ils continuent à agir par leur bénédiction au peuple. D. est derrière eux. A un tel point que le Midrach (Nabba ; Nasso) appelle cela, ‘’hiné zé ‘omed a’’har kotelénou, Le voilà, Il est debout derrière notre mûr.’’ (Cantique des Cantiques). D. est ‘’palpable’’ par le biais de Ses serviteurs, les Cohanim. Nous sentons les bienfaits de leurs bénédictions quotidiennes.   

Il faut savoir que la sainteté du Cohen n’est pas conditionnée par sa dimension, elle lui a été offerte par D. Il n’est pas comme le Roi qui est désigné par l’homme et qui peut être donc déchu de sa fonction. Le Midrach Rabba dit d’ailleurs, de la même façon que l’obscurité est séparée de la lumière le Cohen est séparé d’Israël. Celui-ci est Saint alors que le Cohen est Saint des Saints. C’est un fait et un axiome de la création. C’est dans ce sens qu’il faut comprendre l’attribution au Cohen, de quelle dimension fut-il, de la Présence Divine en lui,  ‘’J’ai dit à ton D. etc.’’. Il est Saint dans son essence et D. agit par lui de manière directe et palpable. Il est donc Son D., Celui qui est reconnu par lui, par son action.

Or, nous avons aussi démontré que les versets en  juxtaposant le thème de la bénédiction des Cohanim à celui du Nazir, de celui qui s’est interdit le vin, imposaient une condition à leur accomplissement : la chasteté ! Ne mériteront la bénédiction du Cohen que ceux qui sont purs et chastes et qui ne vivent pas dans la luxure.  

En revenant au thème des bicourim, toujours selon le commentaire du Baal hatourim,  tout se passe comme si, la bénédiction la plus belle, celle de D. par Ses Cohanim, allait pleuvoir sur le pèlerin amenant ses prémices dans son téné, dans son panier. Mais il fallait une condition : qu’il n’y ait pas de Samekh, de S, de Satan qui est penchant pour le mal, de quelle manière?

Savoir reconnaître

Les bicourim, prémices sont une reconnaissance de la terre d’Israël dans sa véritable dimension. Nous y sommes pour communier avec D. par sa sainte matière et non pour se gaver et oublier notre D. Tant et si bien que l’homme qui apporte cette offrande, ne parle pas avec le Cohen qui prend le panier de ses mains, il communique avec D. ainsi que nous l’a enseigné Sforno, plus haut. Il offre ses fruits à D. Lui-même. Car il est constamment avec Lui, à la recherche de Sa proximité et de Sa lueur.

Un tel homme est forcément dépouillé de toute tentation charnelle car elle la mère de toutes les tentations, nous l’avons démontré. Il n’a pas été enchaîné par les restrictions du ‘’samekh’’. Il peut alors aimer sa terre pour atteindre son D. à travers elle. Il ne va pas y chercher uniquement son confort.

Il a donc pu admirer la grandeur du Cohen à travers lequel D. communique avec nous. Car il a sans aucun doute jouit de sa bénédiction, à l’autre ‘’samekh’’, soixante bénédictions du cohen, et sait combien le Cohen a été sanctifié par D. Un juif qui a atteint une telle dimension de pureté, goûte en effet quotidiennement à la grandeur et au pouvoir du Cohen. Il sait que D. est derrière lui, ‘’hiné zé ‘omed a’’har kotelénou, Le voilà, Il est debout derrière notre mûr.’’ (Cantique des Cantiques). Il peut alors donner l’offrande au Cohen en parlant à D. et il peut affirmer que même un tel Cohen, pas si vertueux, mérite d’avoir été associé à D., ‘’J’ai dit à ton D. etc.’’

 

C’est donc l’enseignement des bicourim. Désirer la terre pour ce qu’elle a de saint et de précieux pour nous rapprocher de D. Ceci est possible si nous sortons du confinement qu’impose le ‘’samekh’’, le Satan qui est la tentation vers les plaisirs de ce monde. Ceci est d’ailleurs la condition pour jouir de toutes les bénédictions que D. attend de nous déverser par le biais de Son Temple et de ses Cohanim, l’autre ‘’samekh’’.      

Rav Yossef Simony

Chabbat Chalom

 

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