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Médiocre un jour....

Médiocre un jour, médiocre toujours

Qui ne rêve pas de mériter toutes les bénédictions citées dans la sidra ''ki tavo''. Elles sont tout ce que l'homme sensé peut désirer de bien dans ce monde et dans celui à venir. Car même si le monde futur n'est pas cité ouvertement dans les textes de la Torah, les allusions n'y manquent pas. C'est ainsi que dans cette sidra le verset promet ''im chamoa tichma békol Hashem''  (Dévarim 28; 1) qui donne en traduction littérale ''si écoute tu écoutes la voix de D.''. Suite à cette condition la Torah nous promet monts et merveilles ''Il te fera devenir le premier des peuples de la terre tu seras béni dans la ville …béni sera le fruit de tes entrailles, etc''.

La question que se sont demandé les Sages du Midrach (Rabba; id.) est pourquoi le verset a-t-il répété le terme ''écouter''  ''im chamoa tichma békol Hashem''  ''si écoute tu écoutes la voix de D.'' car même si cette méthode est fréquente dans les versets, il n'empêche que cela a à chaque fois une signification et un message.  L'une des réponses est que ces deux ''écoutes'' se réfèrent à deux époques distinctes. L'une est le monde que nous vivons et l'autre est notre vie future, celle de la récompense, le olam haba! On lira alors ''si tu as écouté la voix de D. dans ce monde tu mériteras de l'écouter aussi dans le monde futur''.

Mais à notre tour de nous questionner. En effet, puisqu'il est question d'écoute donc de bonification par le labeur des mitsvot, des préceptes, est-ce que dans le monde futur il est aussi prévu de pratiquer les mitsvot? Assurément non comme nous le disent nos Sages dans leur drach  "hayom laassotam'' (dévarim 7) '' aujourd'hui, nous sommes tenus de les accomplir et non demain'' à savoir dans le monde à venir (Talmud, traité avoda zara). Alors pourquoi attribuer une faculté qui relève du choix, du libre arbitre et de la docilité à une époque où toutes ces vertus ne seront pas en cours? Le monde futur est en effet celui de la rétribution comme ont dit nos Sages sur le même verset: "hayom laassotam'' ''aujourd'hui nous sommes tenus de les accomplir et demain (dans le monde futur) nous ne ferons que recevoir notre récompense'' (Id.).

Nous devons donc en déduire qu'on ne parle pas dans ce verset, d'obligation comme condition à la récompense qui suit, mais d'une faculté dont on doit faire preuve durant l'exercice des mitsvot. Tout se passe comme si le texte disait, si tu a cette faculté et cette dimension dans ce monde tu la possèderas aussi dans ta vie à venir. Quelle est cette faculté? Elle est énoncée d'une manière très profonde dans le midrach (rabba ki tavo): si tu as écouté la voix (kol hatorah) de la Torah dans ce monde tu mériteras la voix à propos de laquelle il a été dit

Ce Midrach est bien sûr très énigmatique. Nous allons lui fournir be'H une explication presque littérale. Un homme et une femme qui se réunissent sont le symbole de deux opposés voulant fusionner pour la perfection. L'homme, quand il est normalement constitué, trouve son bonheur principalement dans le spirituel. La femme aussi, mais de par son rôle d'ezer kénégdo, d'aide à ses côtés,  elle est aussi à même de trouver une réelle satisfaction dans le matériel. D. n'a pas mis la femme à côté de ses fourneaux sans qu'elle y puisse trouver du plaisir. Une maison propre et des jolies parures ne la laissent pas insensibles et ce n'est pas un manque dans sa dimension. Elle est plus proche du matériel et elle se doit de le sublimer par son alliance avec le spirituel, en le ramenant vers le service de D. On ne perçoit donc pas le matériel comme une finalité mais comme le réceptacle de la Présence divine. Nous avons traité de ce sujet dans notre modeste livre ''Chira, Midrach du couple''. Un homme et une femme ne finissent jamais de se rapprocher et de se retrouver. Ils unissent leur âme en assurant une alliance parfaite entre deux choses qui, au premier abord auraient pu paraître contradictoires.

Dans le monde futur, ce phénomène sera observé entre nous et D. Car toute créature est matérielle face à la pureté spirituelle de D. Notre éternité dans le monde futur consistera à se rapprocher chaque instant un peu plus du Créateur en se dépouillant davantage de notre attache au matériel. C'est ce que le Talmud et le Midrach désignent par ''mé'hayil el 'hayil'' qui veut dire  d'une étape à une autre, ''les Sages de la Torah n'ont pas de répits ni dans ce monde ni dans le futur comme il est dit ''ils iront d'étape en étape (Psaumes 84) etc. (Talmud Bavli Bérakhot 64, a). Nous allons donc fusionner de plus en plus avec la Chékhina, la Présence divine, telle une femme avec son mari.

C'est donc le sens de ce midrach qui nous promet le kol, la voix du mariage dans le monde futur, un mariage …avec D. Mais il faut pour cela une condition: avoir écouté la voix de la Torah dans ce monde. Et c'est précisément ici qu'il faut fournir la plus grande réflexion. Car que signifie écouter la voix de la Torah? Est-ce dans le sens d'accomplir les commandements? Alors pourquoi ne l'avoir pas dit plus clairement, si tu accomplis les mitsvot alors etc. ou encore mieux si tu écoutes les paroles de la Torah etc. ?

Car la voix, le kol est bien plus profond que la parole. Celle-ci se réduit uniquement à ce qui a été dit. Rien de plus n'est transmis. La voix est un son qui permet de véhiculer une multitude de facettes et de nuances. Un soupir d'un proche est beaucoup plus explicite qu'un lot de paroles. La voix de la torah signifie sa profondeur sans limites. Ecouter la voix de la Torah veut dire que l'homme est demandeur de toute son infinité. Il ne se cantonne pas à un accomplissement froid et détaché afin de remplir ses fonctions de juif. Il est à l'affut du désir le plus réel et le plus vrai du Créateur. Il découvre sans cesse un nouveau goût à la Torah car elle est illimitée.

Un tel homme mérite la promesse du Midrach, celle de vivre dans la relation de rapprochement sans fin avec D. dans le monde futur, ''mé'hayil el 'hayil'', d'une étape à une autre. Il, a acquit cette vertu dans ce monde, il en jouira dans le futur.

 

C'est donc la signification du terme Kol. Il désigne la dimension de vérité de D. Et parce qu'infinie, elle se dévoile toujours davantage. Mais kol fait aussi allusion à la faculté de l'homme de vouloir et pouvoir aller toujours plus loin dans sa recherche de la proximité à D. Il ne veut pas le dibour, la loi froide et sèche il veut le kol, la voix.

Rav Yossef Simony

Chabbat Chalom

 

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