· 

''Ecouter la voix Répondre par la voix''

 

''Ecouter la voix

Répondre par la voix''

 

 

 

 

 

Roch hachana, nous ne saurions le décrire pleinement  par les mots, reste un jour dont le caractère de noblesse  le distingue des autres ''yamim tovim''. On a l'impression de pénétrer dans une zone presque interdite au cours de l'année. On en ressort avec une crainte mais aussi un goût délicieux. Un équilibre qui va dépendre évidemment de notre dimension spirituelle. Nous sommes en effet dans le palais du Roi et nous attendons le jugement. Que fait-on pendant cette attente? Admirons-nous les fastes du palais avec émerveillement dans l'espoir de pouvoir y résider  toute l'année ou rêvons-nous à d'autres lieus, plus profanes et plus ''adaptés'' à nous, à celui que nous nous entêtons de rester? Sommes-nous épris d'amour pour notre Créateur ou notre cœur balance-t-il encore? Ce sont les questions à se poser en ce jour et surtout il faut leur fournir des réponses car le jugement en dépend et il  n'attend pas. Nous allons traiter de ces réponses à travers les midrachim. Ils nous seront sans aucun doute d'un grand secours pour mieux agir en ce jour tellement décisif.

Le sacrifice d'Isaac, la source de l'essence d'Israël

Le Midrach nous apprend la manière dont fonctionne le mérite du sacrifice d'Isaac. C'est un événement cardinal de notre histoire en tant que peuple. Tant et si bien que nous l'évoquons  chaque jour avant la prière du matin. Mais il prend une dimension particulière le jour de Roch hachana, pourquoi? Voici ce qu'en dit le Midrach (Vayikra Rabba; 29.10):

J'ai juré en Mon Nom, puisque tu as fais cette chose là… Pourquoi D. a-t-il eu besoin de jurer afin de se rappeler du sacrifice du Patriarche, se questionne le Midrach? N'aurait-il pas été suffisant de le promettre? Nous rencontrons en effet rarement cette formulation dans les textes. A chaque fois, il s'agit d'un empêchement majeur qui aurait empêché l'accomplissement sans l'engagement du serment. Qui ou quoi nuirait-il à cette promesse du souvenir d'un acte aussi pur? Le midrach y répond: ''Avraham a dit à D. : ''Sache que j'étais en mesure d'objecter quand Tu m'as demandé de sacrifier mon fils: ''Ne m'as-Tu pas promis qu'Isaac allait être le père d'une grande lignée etc.?... Alors de la même façon que je me suis contenu, toi aussi, quand les enfants d'Isaac fauteront et que tu les jugeras le jour de Roch Hachana, lève-Toi du trône de la rigueur et assieds-Toi sur celui de la miséricorde et pardonnes leur''.

La requête D'avraham semble démesurée! Certes il a bien agit en n'émettant  aucune objection face à une demande illogique de son Créateur. Mais pourquoi cela devrait-il nous valoir un pardon inconditionnel en toute occasion? Cette question en répond néanmoins une autre: Pourquoi D. a-t-il juré? Tout simplement parce que la demande n'est pas réellement justifiée. Il fallait donc se contraindre par un serment

Ce midrach révèle une vérité grandiose de notre peuple et nous dote d'une arme invincible le jour de Roch Hachana. En voici la description: Ne poser aucune question signifie aimer de manière intense et inconditionnelle. Arriver à ce stade, le doute n'est plus possible car on est mû par le sentiment et l'attraction. Avraham n'a opposé aucune objection car il ne le pouvait pas et non pas de son propre gré. Le travail de toute une vie lui a fourni ce qu'il espérait. Il est à proximité de son Créateur sans qu'aucune barrière ne lui en barre l'accès. Il aime passionnément D. et agit comme un être amoureux. Il ne peut rien refuser.

Ce qu'il demande à D. peut sembler démesuré mais pas dépourvu de toute logique: ''les enfants d'Isaac vont fauter durant toutes les générations. Mais ils seront nos enfants et nous ressembleront. Ils t'aimeront du même amour que le nôtre car ils sont une partie de nous-mêmes. Pardonne-leur comme on pardonne à quelqu'un qui aime avec passion mais qui a mal agi. Comme un homme qui demanderait pardon à sa femme sachant qu'il s'est mal conduit mais ne peut invoquer que son amour pour toute plaidoirie: ''Ce qui a été fait ne peut être effacé mais je t'aime vraiment et n'est-ce pas une raison pour être clémente''?  L'amour dissimule tous les défauts, dit le verset. 

Le Saint béni soit-Il se laisse ''séduire''

Nous ne nous serions permis de choisir ce terme de séduction si les textes ne nous l'avaient pas indiqué eux-mêmes  autre part. Le Midrach (id.) s'étonne en effet sur la consistance de la mitsva du chofar. Qu'a-t-elle de particulier? Pourquoi sommes-nous le peuple qui sait sonner du chofar (Psaumes 89, 15)?  Est-ce que les nations ne disposent pas de meilleurs instruments? La réponse du midrach est fulgurante: Israël sait ''séduire'' son Créateur avec le chofar!

La sonnerie du chofar est donc une séduction car elle est un cri émanant des profondeurs. Nous allons expliquer de quelle manière il procède. Mais en attendant, contentons-nous de la conclusion: nous mettons en avant notre amour pour D. Tel un homme qui a fauté envers sa bien aimée et qui lui promet monts et merveilles. Elle, sait très bien que ses promesses ne tiendront pas, ''c'est plus fort que lui''! Mais elle se laisse attendrir parce que derrière son discours charmeur, se dévoile une volonté de rester ensemble et un marque d'amour.

C'est ce que nous faisons à Roch hachana. Nous sommes certes souillés par toutes nos fautes. Mais nous aimerions tellement être libérés de notre penchant pour le mal et pouvoir nous rapprocher sans encombres, à D. Alors nous le disons! Et notre Créateur n'aurait logiquement pas du accepter ce plaidoirie. L'amour est une chose et les actions une autre. Mais Il le fait pourtant, parce qu'il l'a juré à Avraham le Patriarche. C'est une démarche prévue et acquise par notre peuple par le mérite de notre fondateur.

Il y a une remarque très pertinente dans la formulation de la requête d'Avraham. Il ne demande pas de serment pour ses enfants mais plutôt pour ceux d'Isaac, quand les enfants d'Isaac fauteront…, pourquoi? Car il faut savoir que selon le Zohar et le Midrach, Isaac est quasiment né spirituellement ce jour là! Il est devenu l'homme qui pouvait rentrer et sortit du jardin d'Eden de son vivant. Son sacrifice est considéré comme s'il avait été accompli. Il a été comme consumé et il est né de ses cendres. C'est bien pour cela que nous disons dans la prière, ''éfro tsavour oumouna'h léfané'kha'' ses cendres sont réunies et posées devant toi''. Quand Avraham demande à D. un serment, à savoir une promesse grandiose qui, pour être accomplie, doit  être scellée par la chévoua, il sait que cela ne peut s'obtenir que par son fils. En effet, il est né de l'amour de D. Il a été entièrement produit par ce sentiment. Ses enfants porteront de la manière la plus parfaite cette vertu d'amour pour D. A méditer.

On appelle cela de la séduction. Nous séduisons D. de cette manière. ''Nous t'aimons vraiment et si nous fautons c'est uniquement parce que nous avons été pris par un vent de folie''.  Exactement à la manière d'un être aimant qui se fait pardonner ses écarts par l'évocation de son amour sans bornes. Les erreurs sont là et le seront peut être  encore malgré toutes nos promesses,  mais Le Saint, béni soit-Il se laisse ''séduire'' par tant de  marques d'amour.  C'est la règle qu'a réussit à instituer Avraham Avinou. D. a accepté de se laisser séduire par le sceau du serment.

C'est donc notre tâche en ce saint jour que d'éveiller l'amour qui est en chacun de nous et de le brandir vers Hachem en clamant: ''Pardonne-moi parce que mon sentiment est sincère et mon amour est brûlant''. Nous devons savoir que D. est ce que nous aimons par-dessus tout. Et si parfois nous nous oublions à croire être passionnés par d'autres choses, ce ne sont que des égarements. Un homme qui recherche la vérité revient toujours à son essence: l'amour de D. le jour de Roch hachana, le Créateur se dévoile tant et si bien, que nous savourons Sa Présence. Nous nous apercevons à quel point il a été vain de le quitter et de rechercher d'autres sources de bonheur. C'est ce que D. attend de nous en ce saint jour. Il ne faut surtout pas voire cette  conduite et ces aspirations comme des éléments factices qui ne comptent pas aux yeux du Juge suprême tellement ils sont éphémères! Car si un jour par an, nous arrivons à nous défaire de la carapace qui camoufle notre véritable essence, c'est donc bien le vrai ''nous-mêmes'' qui apparait. Ensuite, il nous est aussi demandé de ne pas laisser passer les opportunités qu'une telle situation offre. Nous allons le comprendre par la suite, grâce aux Midrachim qui s'y rapportent.

 

Le chofar

Avant d'aborder l'autre aspect de Roch hachana qui est en réalité la deuxième étape, celle qui vient après la sensation d'amour pour D., nous nous devons de comprendre ce qui déclenche ce sentiment.  

Il faut  savoir que  D., en ce jour, ouvre les portes de Son palais et nous laisse jouir de Sa proximité. De cette façon, Il est offert à tout un chacun de revenir à sa véritable essence, celle héritée des Patriarches, être capable d'aimer sans borne son Créateur. C'est d'ailleurs une logique qui s'impose. D. donne à chaque événement de la vie, la force et les outils nécessaires pour parvenir à la dimension escomptée. A Roch Hachana, il faut éprouver de l'amour, il nous est donc donné l'opportunité de le faire. La royauté de D. est en effet, palpable pour celui qui désire y goûter. Puis on ne peut qu'aimer!

C'est le message du prochain Midrach (id.). ''Ala Eloquim bitroua'' Eloquim est monté par le son du chofar: Le Saint, béni soit-Il, monte sur le trône de la rigueur quand il entend la térou'a (le son) du chofar.  Mais quand les enfants d'Israël prennent leur chofar et en sonnent ''Hachem békol chofar'' Hachem, la vertu de miséricorde,  s'assoie sur le trône de miséricorde.

 Ce Midrach traite d'une première sonnerie, quand il entend la térou'a (le son) du chofar qui n'est pas celle des enfants d'Israël à propos de laquelle il est dit, mais quand les enfants d'Israël prennent leur chofar…. Elle  la précède dans le temps et arrive à attiser le courroux du Créateur au point où Il siège dans Son trône pour juger  avec rigueur. Mais heureusement celle des enfants d'Israël suit et apaise Sa colère. De quelle sonnerie s'agit-il? Qui sonne et l'entend-on dans ce bas-monde?

Cette sonnerie est en fait celle qui rappelle l'humanité à la raison. S'ils n'écoutent pas cette térou'a ils seront brisés par la rigueur de la justice.  Térou'a rappelle en effet, par sa racine, le terme téro'em béchévet barzel , brise-les avec un mat de fer (Psaumes 2, 9). Hachem se dévoile et attend que l'on accepte Sa royauté. C'est le sens de cette sonnerie qui est une annonce à la venue du Roi dans Son monde (comme l'on annonce  la venue des rois). Tout se passe comme si, Le Créateur sortait visiter Ses sujets et défilait royalement en espérant être bien reçu par eux. Tant qu'il ne constate pas l'émotion de son peuple, le Roi est furieux. Mais s'il est ovationné à la mesure de ses espoirs il s'en revient satisfait et clément.

Ainsi, la lumière de D. est perçue en ce jour. Elle est suivie par le chofar des enfants d'Israël, leur cri d'amour, tel un peuple qui accueille son souverain et lui manifeste son soutien et son affection lors de la parade. Le terme Chofar employé pour la sonnerie d'Israël est différent de térou'a. Il est dérivé de ''chipour'', amélioration (Midrach Rabba id.). On ne parle plus de briser mais de s'amender. (Voir aussi à ce sujet Sifri béaalotékha)

 

Il y a donc une dualité du thème dans le chofar que nous allons davantage développer par la suite. La ahava, l'amour mais aussi la irha, la crainte. L'amour car on pénètre dans le palais de D. comme le dit si bien le Talmud (roch hachana 26, a) le chofar est considéré comme un acte fait à l'intérieur (dans le Saint des Saints), kébifnim dami. Nous pénétrons donc dans l'intimité de D., celle permise à Moïse et au grand Cohen!! La crainte car, comme dans tout palais, il existe des règles de bienséance qui ne sont pas celles de la commune des maisons. Nous devons nous améliorer, chipour

Cette notion de se dévoiler par le chofar est d'ailleurs évoquée dans l'appellation de ce son, le kol chofar. Un son et non pas en parole ou avec une phrase. Un son qui émane peut tout dire à celui qui sait le déchiffrer. Des paroles sont, quant à elles, toujours réductrices car elles se limitent au sens qu'on leur accorde. Hachem émet un son apeurant et en même temps attirant afin de recevoir en réponse notre son à nous, le kol chofar qui répond au kol térou'a. Un appel profond et prometteur car il laisse entrevoir que D. ne veut aucune limite dans Sa relation avec nous. C'est un kol, un son pas un dibour, une parole. Il émane de D. et il veut dire l'infini, l'indicible. Nous aussi nous lui répondons par un kol, un cri du cœur qui veut dire que nous aspirons à cet infini.

Cette notion de kol  est une vérité énoncée en maints endroits. Lisons l'une d'entres-elles.

 

 

 

Qui ne rêve pas de mériter toutes les bénédictions citées dans la sidra ''ki tavo''. Elles sont tout ce que l'homme sensé peut désirer de bien dans ce monde et dans celui à venir. Car même si le monde futur n'est pas cité ouvertement dans les textes de la Torah, les allusions n'y manquent pas. C'est ainsi que dans cette sidra le verset promet ''im chamoa tichma békol Hashem''  (Dévarim 28; 1) qui donne en traduction littérale ''si écoute tu écoutes la voix de D.''. Suite à cette condition, la Torah nous promet monts et merveilles ''Il te fera devenir le premier des peuples de la terre tu seras béni dans la ville …béni sera le fruit de tes entrailles, etc''.

La question que se sont demandé les Sages du Midrach (Rabba; id.) est pourquoi le verset a-t-il répété le terme ''écouter''  ''im chamoa tichma békol Hashem''  ''si écoute tu écoutes la voix de D.'' car même si cette méthode est fréquente dans les versets, il n'empêche que cela a à chaque fois une signification et un message.  L'une des réponses est que ces deux ''écoutes'' se réfèrent à deux époques distinctes. L'une est le monde que nous vivons et l'autre est notre vie future, celle de la récompense, le olam haba! On lira alors ''si tu as écouté la voix de D. dans ce monde tu mériteras de l'écouter aussi dans le monde futur''.

Mais à notre tour de nous questionner. En effet, puisqu'il est question d'écoute donc de bonification par le labeur des mitsvot, des préceptes, est-ce que dans le monde futur il est aussi prévu de pratiquer les mitsvot? Assurément non comme nous le disent nos Sages dans leur drach  "hayom laassotam'' (dévarim 7) '' aujourd'hui, nous sommes tenus de les accomplir et non demain'' à savoir dans le monde à venir (Talmud, traité avoda zara). Alors pourquoi attribuer une faculté qui relève du choix, du libre arbitre et de la docilité à une époque où toutes ces vertus ne seront pas en cours? Le monde futur est en effet celui de la rétribution comme ont dit nos Sages sur le même verset: "hayom laassotam'' ''aujourd'hui nous sommes tenus de les accomplir et demain (dans le monde futur) nous ne ferons que recevoir notre récompense'' (Id.).

Nous devons donc en déduire qu'on ne parle pas dans ce verset, d'obligation comme condition à la récompense qui suit, mais d'une faculté dont on doit faire preuve durant l'exercice des mitsvot. Tout se passe comme si le texte disait, si tu a cette faculté et cette dimension dans ce monde tu la possèderas aussi dans ta vie à venir. Quelle est cette faculté? Elle est énoncée d'une manière très profonde dans le midrach (rabba ki tavo): si tu as écouté la voix (kol hatorah) de la Torah dans ce monde tu mériteras la voix à propos de laquelle il a été dit

Ce Midrach est bien sûr très énigmatique. Nous allons lui fournir be'H une explication presque littérale. Un homme et une femme qui se réunissent sont le symbole de deux opposés voulant fusionner pour la perfection. L'homme, quand il est normalement constitué, trouve son bonheur principalement dans le spirituel. La femme aussi, mais de par son rôle d'ezer kénégdo, d'aide à ses côtés,  elle est aussi à même de trouver une réelle satisfaction dans le matériel. D. n'a pas mis la femme à côté de ses fourneaux sans qu'elle y puisse trouver du plaisir. Une maison propre et des jolies parures ne la laissent pas insensibles et ce n'est pas un manque dans sa dimension. Elle est plus proche du matériel et elle se doit de le sublimer par son alliance avec le spirituel, en le ramenant vers le service de D. On ne perçoit donc pas le matériel comme une finalité mais comme le réceptacle de la Présence divine. Nous avons traité de ce sujet dans notre modeste livre ''Chira, Midrach du couple''. Un homme et une femme ne finissent jamais de se rapprocher et de se retrouver. Ils unissent leur âme en assurant une alliance parfaite entre deux choses qui, au premier abord auraient pu paraître contradictoires.

Dans le monde futur, ce phénomène sera observé entre nous et D. Car toute créature est matérielle face à la pureté spirituelle de D. Notre éternité dans le monde futur consistera à se rapprocher chaque instant un peu plus du Créateur en se dépouillant davantage de notre attache au matériel. C'est ce que le Talmud et le Midrach désignent par ''mé'hayil el 'hayil'' qui veut dire  d'une étape à une autre, ''les Sages de la Torah n'ont pas de répits ni dans ce monde ni dans le futur comme il est dit ''ils iront d'étape en étape (Psaumes 84) etc. (Talmud Bavli Bérakhot 64, a). Nous allons donc fusionner de plus en plus avec la Chékhina, la Présence divine, telle une femme avec son mari.

C'est donc le sens de ce midrach qui nous promet le kol, la voix du mariage dans le monde futur, un mariage …avec D. Mais il faut pour cela une condition: avoir écouté la voix de la Torah dans ce monde. Et c'est précisément ici qu'il faut fournir la plus grande réflexion. Car que signifie écouter la voix de la Torah? Est-ce dans le sens d'accomplir les commandements? Alors pourquoi ne l'avoir pas dit plus clairement, si tu accomplis les mitsvot alors etc. ou encore mieux si tu écoutes les paroles de la Torah etc. ?

Car la voix, le kol est bien plus profond que la parole. Celle-ci se réduit uniquement à ce qui a été dit. Rien de plus n'est transmis. La voix est un son qui permet de véhiculer une multitude de facettes et de nuances. Un soupir d'un proche est beaucoup plus explicite qu'un lot de paroles. La voix de la torah signifie sa profondeur sans limites. Ecouter la voix de la Torah veut dire que l'homme est demandeur de toute son infinité. Il ne se cantonne pas à un accomplissement froid et détaché afin de remplir ses fonctions de juif. Il est à l'affut du désir le plus réel et le plus vrai du Créateur. Il découvre sans cesse un nouveau goût à la Torah car elle est illimitée.

Un tel homme mérite la promesse du Midrach, celle de vivre dans la relation de rapprochement sans fin avec D. dans le monde futur, ''mé'hayil el 'hayil'', d'une étape à une autre. Il, a acquit cette vertu dans ce monde, il en jouira dans le futur.

C'est donc la signification du terme Kol. Il désigne la dimension de vérité de D. Et parce qu'infinie, elle se dévoile toujours davantage. Mais kol fait aussi allusion à la faculté de l'homme de vouloir et pouvoir aller toujours plus loin dans sa recherche de la proximité à D. Il ne veut pas le dibour, la loi froide et sèche il veut le kol, la voix.

La deuxième étape

D. est soucieux du bon déroulement de notre jugement. Il nous donne donc un conseil, (Talmud Roch hachana 16) ''Dites des versets de malkhouyote, qui évoquent la royauté de D., afin de reconnaître ma royauté. Puis des versets de zikhronotes, de souvenir (qui évoquent la vertu de D. de ses souvenir de tout et en particulier de Ses promesses) afin que Je me souvienne de vous en bien et avec quoi? Avec le chofar…''. Nous suivons ce précieux conseil et nous disons tous ces versets dans la prière de moussaf.  

Les versets de malkhouyote, de Royauté servent à nous rappeler Sa suprématie et au moment du chofar nous nous remplissons d'amour et nous sommes éblouis, nous l'avons vu. Ceux des zikhronotes, du souvenir, servent à réaliser combien D. sait régir son monde. Il a des règles établies et Il sait comment juger chacun puisque rien ne Lui est caché. Ils éveillent en nous la crainte du jugement. Tout notre sort est entre Ses mains. Que faut-il faire pour avoir Ses grâces? Ces deux sentiments naissent du Chofar, avec quoi? Avec le chofar…''. Nous pénétrons dans le Saint des Saints. Nous sommes sous le charme mais nous savons aussi qu'il existe des règles et des lois. On ne peut être un juif de cœur.

Une dualité du thème qui est récurrente dans la pensée de ce jour. Larmes et rires sont pour cette raison mêlés dans la sonnerie du chofar de Roch hachana. Un son long et gracieux suivi  de notes stridentes et saccadées comme celles d'un sanglot. Tout se passe comme si nous pleurions et rions dans un même élan pour mettre en relief la signification de cette mitsva. La joie d'entrevoir le Roi et de sentir qu'Il est notre bien aimé et puis la détresse face à nos actes qui ne sont pas en adéquation avec Sa grandeur suivie de notre décision de nous amender. Parce que pleurer sur ses actes sans vouloir s'en défaire serait tout simplement synonyme de ne rien regretter.

Savourer  la souffrance et la mort de notre plus grand ennemi

Notre développement va nous permettre de répondre à une question qui a préoccupé plus d'un commentateur. La sonnerie du chofar peut être divisée en deux sortes de sons: tristes et joyeux, nous l'avons déjà évoqué. Les sons tristes sont ceux du milieu, entrecoupés et saccadés comme des sanglots. Le talmud (Roch hachana; 35) dit qu'il y a un ordre à suivre. En premier, trois sons de chacun trois temps et ensuite neuf sons saccadés de chacun un son, pourquoi?  Afin d'imiter les sanglots d'un homme frappé par le sort. Il gémit et ensuite se lamente bruyamment.

Les commentateurs  du talmud ont relevé la difficulté de ce passage. C'est le contraire qui est vrai! Quand une personne apprend une mauvaise nouvelle, elle se lamente et ensuite gémit? La réponse que donne Le Mahari  Iben Habib est extraordinaire. Selon lui, les lamentations et les gémissements sont ceux des amis du Satan du yetser hara. Ils le voient sur son lit d'agonie et gémissent devant sa condition qui ne fait qu'empirer. Puis vient le moment du décès et ils se mettent à hurler. Ce sont eux que l'on imité à ce moment saint de l'année.

Question: Cette mise en scène est-elle si importante au point de la mêler à la sainte mitsva de chofar. Oui! Nous sommes dans le palais du roi et nous contemplons  Sa majesté, nous l'avons assimilé. Devant tant de splendeur nous nous tenons souillés par nos fautes de toute l'année. Il nous vient alors une rage qui n'a d'égal que l'amour pour D. Pourquoi nous sommes-nous laissés tenter  par le yetser harah? Pourquoi n'-t-on pas résisté à la tentation? Que nous reste-t-il à faire qu'à le détester et à souhaiter sa mort la plus atroce. Tel un homme richissime, qui a fait confiance à son associé et lui a confié toutes ses affaires. Mais cet ignoble individu abusa de sa naïveté et lui déroba tous ses biens au point où il se retrouva complètement démuni et poursuivi par des créanciers.  Quelle vengeance lui reste-t-il si ce n'est savourer en imagination la souffrance mort de  son ennemi?

C'est ce qui nous est demande de faire à Roch hachana.  Goûter à la magnificence de D., puis de l'aimer sans limite et finalement réaliser et regretter nos écarts jusqu'à désirer la mort de celui qui nous empêche de communier avec le bien suprême.

Rav Yossef Simony 

 

כתיבה וחתימה טובה

שנה טובה ומבורכת

 

 

Écrire commentaire

Commentaires: 0