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La Néïla de Yom kippour

המציא לנו מחילה בשעת הנעילה

Nous disons dans le chant qui ouvre la prière très solennelle de Né'ila, המציא לנו מחילה בשעת הנעילה, découvre-nous un pardon au moment de la Né'ila. Cette demande est, pour le moins, étonnante. En effet, si nous méritons ce pardon par le biais de notre repentir, il nous revient donc de droit. N’est-ce pas la règle établie par Le Saint, béni soit-Il : La téchouva est agréée quelque soit la faute ?

Alors pourquoi implorer de ''découvrir'' un pardon comme s'il ne pouvait exister selon la norme.  Et si c’est parce que nous ne faisons pas preuve de regret, alors qu'exigeons-nous ou qu’espérons de D. ?

En clamant cette requête, tout se passe comme si nous arrêtions d’agir  et espérions de la part de D., le travail de repentir en entier !  Nous disons : ''Maintenant c'est Toi qui doit agir''. Quelle est cette force inconnue de la téchouva ?

Il faut savoir, pour y répondre, qu'il existe plusieurs sortes de téchouva. L'analyse des textes montre, en effet,  à quel point Hachem est miséricordieux tant les confins de cette notion sont poussés à l'extrême.

1)      La meilleure téchouva et la moins bonne

La plus belle téchouva est celle qui est évoquée à propos de Réouven le fils de Léa. A la mort de Rachel, il avait décidé que la primauté reviendrait à sa mère. C'est elle qui, selon lui, doit désormais partager la maison conjugale et non la servante de Rachel. Quoi de plus normal puisqu'elle avait été mariée avec Jacob en premier ? Certes l'amour que le Patriarche vouait à la seconde, Rachel, la sœur de Léa, était de notoriété. Cela lui avait permis de contourner les règles en faisant de sa bien-aimée la principale de sa demeure. Mais là, les choses devaient changer.

Il s'est donc immiscer dans la vie privée de son père et cela lui a valu bien des tracas. Réouven en a pris conscience et il a fait téchouva, il s'est repenti.  A un tel point que son Créateur reconnait la pureté de son sentiment et lui annonce qu'il aura dans sa descendance le prophète Osée (14; voir appendice (5)), qui posera les bases de la téchouva en clamant, ''chouva Israël'', retourne Israël, jusqu'à ton D.

''Tu as été le premier à revenir vers Moi et cela te vaudras de mériter un tel homme dans ta descendance'' (Midrach Rabba voir appendice (1)).

 Il a été le premier à exprimer le repentir tel que D le conçoit vraiment.

Car il faut savoir que les hommes avaient déjà fait téchouva.  Adam aussi, bien avant lui, s'est repenti de sa faute (voir appendice (2). Caïn aussi l'a fait (voir appendice (3). Mais le Midrach accorde la suprématie à Réouven en matière de téchouva, pourquoi?

Parce que cet homme est revenu de lui-même sans que personne ne l'ait aidé à le faire. En effet, à chaque fois que le Midrach parle de téchouva, à propos d'Adam ou de Caïn, il utilise l'expression, ''D. lui a ouvert une porte de téchouva''. A propos de Réouven il est dit, ''tu as commencé ta téchouva de toi-même''.

La différence entre les deux approches est immense. L'une consiste à ne pas résister à un appel d'en haut. La pitié de D. et Sa Miséricorde sont telles qu'Il ne peut laisser l'être fauteur dans son état. Un vent de pureté émane d'en haut et il faut simplement ne pas y résister. L'autre téchouva  consiste à ressentir le mal qui s'est introduit par la faute. C’est un sentiment d’exclusion et une douleur, puis une envie de bonification et de retour vers ce qui est saint et pur. Cette envie est presque charnelle. Le juif a besoin de se retrouver avec ce qui est lui-même, sa source.

C'est la différence entre les deux invitations des Prophètes. Osée, le descendant de Réouven,   clame ''chouva Israël'', retourne Israël, jusqu'à ton D. l'idée est de ne pas attendre l'appel de D. mais de trouver en soi l'envie et la force de retourner.

Et puis, il y a l'autre repentir décrit par Jérémie le Prophète, (Eikha 5; voir appendice (4)), dans laquelle le Prophète implore D. de ne pas oublier Son peuple en l'incitant au repentir, ''rappelle-nous vers Toi''. Cette téchouva n'est pas ce qu'il aurait espérer chez son peuple, mais Jérémie sait qu'il ne peut en demander trop aux enfants d'Israël. En témoignera la suite du verset,  ''Se peut-il que Tu nous aies complètement rejetés et que Tu nourrisses contre nous une colère inexorable?''(Id.).  Si D. inspire Son peuple ce ne sera qu'une preuve qu'Il n'est pas en colère d'une manière inexorable mais pas qu'ils sont en grâce. 

2)      Les deux autres repentirs

Et puis il ya les autres repentirs, ceux qui prouvent combien D. ne veut pas de la mort du mécréant mais plutôt de son bonheur, comme le dit si bien le verset d'Ezéchiel (33.10 voir appendice (7)), ''Or toi, fils de l'homme, dis à la maison d'Israël: Vous vous exprimez de la sorte: Assurément, nos fautes et nos péchés pèsent sur nous, par eux nous dépérissons, comment pourrions-nous vivre?"  Dis-leur: Par ma vie, dit le Seigneur Dieu, je ne souhaite pas que le méchant meure, mais qu'il renonce à sa voie et qu'il vive! Revenez, revenez de vos voies mauvaises, et pourquoi mourriez-vous, maison d'Israël?''.

La première téchouva, dont nous allons traiter dans ce paragraphe, dépasse presque le rationnel. Nos Sages ont su déceler ce qui est écrit en filigrane dans la discussion entre Caïn et D. après son fratricide. Il dit à D. qu'il ne pourra vivre avec sa faute. Pas parce que le sang dont il s'est souillé le dérange mais parce que D.  ne semble pas vouloir lui pardonner, ‘’Est-ce que ma faute est difficile à porter''.  Caïn n’émet aucun regret : il ne fait que constater : ‘’Ah ! Tu me dis que c’est une faute ? Eh bien supporte-la puisque tu supporte tout l’univers !

Tout se passe comme si D. ne voulait qu'une reconnaissance de la faute et non un regret sincère. ''Qu'il sache au moins qu'il a commis un acte regrettable!''. Cela est déjà considéré comme un niveau de téchouva. ''Tu as prononcé le terme ''péché''? C'est pour Moi déjà une forme de repentir!''. En voilà une bien miséricordieuse forme de téchouva!!

Mais la vertu de miséricorde est encore plus grande, nous allons pouvoir le constater avec un autre degré de téchouva. Le Midrach affirme en effet,  que les enfants d'Israël n'ont pu être délivrés d’Egypte  que par la téchouva. Or le Midrach n'avance pas d'affirmation sans appui des versets. Celui qu'il trouve pour celle-là est le suivant, ''leur plainte monta vers Dieu du sein de l'esclavage'' (voir appendice (8)). L'étonnant est que ce verset ne parle pas de repentir mais de plainte?

Ce à quoi nos Sages nous mènent, est que la définition de la téchouva est bien plus ample que nous pourrions le penser. Un homme qui se lamente car il réalise que rien ne va comme il se doit autour de lui et qui s'en plaint à D. est considéré comme un repentant. Car le fait de savoir les choses ne tournent pas rond et que c'est à cause de nos fautes est déjà une forme de considération proche du retour vers le bien. D. découvre une téchouva enfouie dans l’amertume et la prière qui s’en suit. C'est D. Lui-même qui mènera cet homme à la téchouva et lui montrera le chemin de la bonification.

3)      La néïla, l’humilité

   Le soir de la néïla, c'est ce que nous demandons à D. Notre journée a été passée à se lamenter sur nos péchés et à décider de nos futures actions. Mais n'est-ce pas présomptueux? Savons-nous vraiment ce que D. attend de chacun de nous? Savons-nous ce que signifie l’offense à D. pour prétendre le regretter. Que devons-nous corriger en premier? Et puis est-ce que notre optique n'est pas faussée au point de voir le mal là où il n'est pas et le bien aussi?

Rabbi Yohanan ben Zakhaï a dit à ses disciples au moment de sa mort,  qu'il ne savait pas où il allait être mené, ''Il y a deux chemins en face de moi et je ne sais pas dans lequel on me mène?''. Pourquoi? Parce que souvent, l'homme doit faire des choix et il ne sait pas si, à son niveau ils ont été bien faits?

Alors nous demandons à D. de la manière suivante: ''Hachem au moment le plus saint de cette journée, nous nous sommes déjà repenti sur les fautes que nous admettons, mais comme nous savons que la vie n'est pas ce qu'elle devrait être ni pour nous, ni pour nos frères, alors c'est forcément que nos actes ne sont pas ceux que Tu attends de nous. Nous nous annulons donc face à Ton jugement, trouve-nous comme tu l'as fait pour les bné Israël sortant d'Egypte, une méhila, un pardon par le mérite de cette reconnaissance''.  המציא לנו מחילה בשעת הנעילה, Découvre-nous un pardon au moment de la Né'ila.  Nous sommes impuissants devant la tâche qui est la notre mais nous le reconnaissons. Le mal y est et nous sommes bien incapables de le pointer. Hachem doit nous montrer le chemin à suivre et parce que nous nous laissons guider nous mériterons la mé'hila, le pardon.

Je me souviens d'un jeune étudiant en Torah qui espérait intégrer les rangs d'une prestigieuse yeshiva dont il n'avait pas le niveau. Le rabbin qui le recommandait avait demandé à son frère d'intervenir en sa faveur. En réponse à la question, ''est-ce que ce jeune homme sait étudier?'', il répondit: ''Dis-leur qu'il sait, parce que même s'il ne sait pas il veut savoir et il saura un jour''.

Nous aussi, nous ne savons pas faire téchouva mais nous nous avançons vers D. en disant ''apprends-nous à le faire car nous savons qu'il est primordial de le faire. Nous sommes mal et nous le ressentons''.  Nous saurons un jour pourquoi et cela suffit à D. pour nous découvrir un pardon.

A bien y réfléchir cette téchouva, elle est peut être la meilleure… en humilité? 

gmar Hatima Tova

Rav Yossef Simony 

 

 

 

 

Appendice:

(1) מדרש רבה בראשית פרשת וישב יט

 וישב ראובן אל הבור והיכן היה ר' אליעזר ור' יהושע רבי אליעזר אומר בשקו ובתעניתו כשנפנה הלך והציץ לאותו בור הה"ד וישב ראובן אל הבור אמר לו הקדוש ברוך הוא מעולם לא חטא אדם לפני ועשה תשובה ואתה פתחת בתשובה תחלה חייך שבן בנך עומד ופותח בתשובה תחלה ואיזה זה הושע שנאמר (הושע יד) שובה ישראל עד ה' אלהיך

(2) מדרש רבה בראשית ו

ועתה פן ישלח ידו א"ר אבא בר כהנא מלמד שפתח לו הקדוש ברוך הוא פתח של תשובה ועתה אין ועתה אלא תשובה שנאמר (דברים י) ועתה ישראל מה ה' אלהיך וגו' והוא אומר פן ואין פן אלא לאו אמר הקב"ה ישלח ידו ואכל גם מעץ החיים אתמהא ואם אוכל הוא חי לעולם לפיכך וישלחהו ה' אלהים מגן עדן כיון ששלחו התחיל מקונן עליו ואמר הן האדם היה כאחד ממנו

(3) תנחומא בראשית

אמר לפניו רבש"ע יש לפניך דלטורין שמלשינין את האדם לפניך, אבי ואמי הרי הן בארץ ואינן יודעין שאני הרגתיו, ואתה בשמים מנין אתה יודע. א"ל שוטה כל העולם כולו אני סובל שנאמר (ישעיה מו) אני עשיתי ואני אשא אני אסבול ואמלט. א"ל כל העולם כולו אתה סובל ועוני אינך יכול לסבול גדול עוני מנשוא. א"ל הואיל ועשית תשובה צא וגלה מן המקום הזה שנאמר ויצא קין מלפני ה' וישב בארץ נוד. כשיצא כל מקום שהיה הולך היתה הארץ מזדעזעות מתחתיו והיו חיות ובהמות מזדעזעות ואומרות מהו זה. אומרות זו לזו קין הרג את הבל אחיו גזר הקדוש ברוך הוא עליו נע ונד תהיה. והן אומרות נלך אצלו ונאכלנו והיו מתכנסות ובאות אצלו באותה שעה זלגו עיניו דמעות ואמר (תהלים קלט) אנה אלך מרוחך ואנה מפניך אברח אם אסק שמים שם אתה ואציעה שאול הנך אשא כנפי שחר אשכנה באחרית ים גם שם ידך תנחני ותאחזני ימינך:

(4) איכה ה' כא 

הֲשִׁיבֵנוּ יְהוָה אֵלֶיךָ ונשוב (וְנָשׁוּבָה), חַדֵּשׁ יָמֵינוּ כְּקֶדֶם.  כב כִּי אִם-מָאֹס מְאַסְתָּנוּ, קָצַפְתָּ עָלֵינוּ עַד-מְאֹד

(5) הושע פרק יד ב

 שׁוּבָה, יִשְׂרָאֵל, עַד, יְהוָה אֱלֹהֶיךָ:  כִּי כָשַׁלְתָּ, בַּעֲו‍ֹנֶךָ.

(6) איכה ה' כב 

כי אִם-מָאֹס מְאַסְתָּנוּ, קָצַפְתָּ עָלֵינוּ עַד-מְאֹד

 (7) יחזקאל פרק לג

י וְאַתָּה בֶן-אָדָם, אֱמֹר אֶל-בֵּית יִשְׂרָאֵל, כֵּן אֲמַרְתֶּם לֵאמֹר, כִּי-פְשָׁעֵינוּ וְחַטֹּאתֵינוּ עָלֵינוּ; וּבָם אֲנַחְנוּ נְמַקִּים, וְאֵיךְ נִחְיֶה.  יא אֱמֹר אֲלֵיהֶם חַי-אָנִי נְאֻם אֲדֹנָי יְהוִה, אִם-אֶחְפֹּץ בְּמוֹת הָרָשָׁע, כִּי אִם-בְּשׁוּב רָשָׁע מִדַּרְכּוֹ, וְחָיָה:  שׁוּבוּ שׁוּבוּ מִדַּרְכֵיכֶם הָרָעִים, וְלָמָּה תָמוּתוּ--בֵּית יִשְׂרָאֵל.

(8) מדרש רבה שמות

ד"א אמר ר"א כשנגאלו ישראל ממצרים לא נגאלו אלא מתוך חמשה דברים אלו. מתוך צרה. ומתוך תשובה. ומתוך זכות אבות. ומתוך רחמים ומתוך הקץ. מתוך צרה דכתיב (שמות ב) ויאנחו בני ישראל. מתוך תשובה דכתיב (שם) ותעל שועתם.

 

   

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