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Qui est-il?

Regardes comme tu t'es Sali!!

Si nous nous demandons chaque année la même question sans jamais nous lasser d'entendre de nouveaux éclaircissements, c'est bien que le sujet nous perturbe. Pourquoi ne pas avoir institué Roch hachana après Yom Kippour? Il semblerait en effet, tellement plus logique de se présenter face au Créateur épuré de toutes nos fautes, blancs comme des Anges et prêts à recevoir notre mission annuelle.

Roch Hachana est en effet désigné comme la lumière. Celle que l'on aperçoit quand on pénètre dans la demeure de D. Ce jour est comparé dans les textes (Talmud traité Roch hachana 26, a) comme une invitation à visiter et à jouir du Saint des Saints. Tout se passe comme si une fois par ans le juif y était invité, pour chacun prendre ce qu'il lui est donné en vertu de sa dimension.

Le Psaume Lédavid hachem ori véyich'i, D. Tu es ma lumière et ma délivrance, est commenté dans le Midrach (Rabba émor 29) dans cette optique. Ori, ma lumière, c'est le jour de Roch hachana,  véyich'i, ma délivrance, c'est le jour de kippour . Ce texte, quoique très profond offre cependant une étonnante clarté dans son aspect littéral. Le jour de Roch hachana nous plonge dans la lumière, tandis que celui de Kippour nous offre la délivrance de nos fautes. Nous nous dépouillons enfin de ce fardeau. Notre cœur est léger et nous accédons plus facilement et avec plus d'entrain au spirituel.

Alors, pourquoi D. n'a-t-Il pas inversé le sens de ces deux jours?

La première réponse et d'ailleurs  la plus évidente est, que c'est justement parce que nous pénétrons dans le palais du Roi que nous mettons en évidence nos défauts et nos égarements de toute l'année. Cela est comparable à un gueux qui est invité dans une maison bourgeoise. C'est à ce moment qu'il prend conscience de la saleté de ses vêtements. Quand vient le jour de Kippour, et que nous sommes encore dans cette lumière qui se propage durant les dix jours de pénitence, nous réalisons à quel point il est urgent de procéder au lavage. Mais il convient d'approfondir davantage.

Des nouvelles créatures

Il est des midrachim qui nous laissent rêveurs. Si seulement cela pouvait s'appliquer à moi! (Rabba id.) ''Pourquoi n'est-il pas écrit à propos du sacrifice de moussaf de Roch hachana comme dans tous les autres sacrifices de moussaf de l'année. En effet toute l'année il est dit ''et vous offrirez'', et pour roch hachana ''et vous ferez''. Car si vous faites ce que Je vous vous ais demandé de faire à Roch hachana, je considèrerais comme si vous vous êtes refais aujourd'hui, comme si Je vous avais créé aujourd'hui, comme si vous étiez de nouvelles créatures etc''.

La terminologie de ce Midrach est très forte. Si D. voulait simplement nous faire savoir que toutes nos fautes seraient pardonnées, pourquoi utiliser des métaphores aussi puissantes, ''comme si vous étiez de nouvelles créatures''. Il aurait suffit de le dire comme dans le reste des textes à la manière traditionnelle. Nos Sages nous ont induits vers une vérité et ils l'ont exprimé de manière à comprendre un sens littéral et soixante dix facettes. La lumière de Roch hachana est telle, qu'elle est en mesure de faire de nous de nouvelles créatures, comment?

Il faut savoir qu'en ce saint jour de Roch hachana, deux personnes célèbres ont mérité le statut de nouvelle créature. Le premier dans l'ordre chronologique, c'est évidemment Adam puisqu'il a été créé à Roch hachana il y a 5772 années. Et ensuite, mais cet événement nous a peut-être échappé, c'est notre Patriarche Isaak. Il n'est pas né en ce jour, mais il s'est offert en sacrifice. Il le fit avec tant de profondeur et de sentiment qu'il modifia tout son code spirituel. En effet selon le Zohar il n'est plus le même Isaak d'avant le sacrifice. Selon le Midrach aussi, puisqu'il rentre à sa guise dans jardin d'Eden comme nul vivant ne peut le faire. Dans la prièreaussi nous évoquons cette vérité.  Nous implorons en effet, D. de considérer les cendres de ce Patriarche qui sont posées devant Lui. C'est bien qu'il a été offert! Isaak, le vrai Patriache, a été produit de ses cendres. On ne peut même pas dire que sa dimension spirituelle est sortie multipliée, parce qu'il n'a pas du tout été le même après cet acte grandiose. Une nouvelle créature!!

C'est la puissance qui a été enracinée dans ce jour par l'action du Patriarche. En effet tous les actes de nos ancêtres ont marqué le temps et l'avenir de leurs enfants. Vous pouvez en ce jour imiter Isaak et vous refaire… créer, ''Car si vous faites ce que Je vous vous ais demandé de faire à Roch hachana, je considèrerais comme si vous vous êtes refais aujourd'hui, comme si Je vous avais créé aujourd'hui, comme si vous étiez de nouvelles créatures etc''.

C'est pas moi qui me suis sali!

C'est de la jolie pensée mais l'heure n'est pas à la pensée. Il faut agir avant que Yom Kippour ne passe avec toutes ses opportunités. Comment passer à l'acte? Comment devenir les nouvelles créatures dont parle le Midrach? Pas si difficile!

Nous parlions de la lumière qui se propage depuis Roch hachana et ce pendant les dix jours de pénitence. Chacun peut, s'il prend le temps de le faire, ressentir qu'il est plus aisé de se repentir. Comment ais-je pu commettre tel ou tel acte? Comment n'ais-je pas préféré les saveurs d'une page de guémara ou d'un cours magistral? Quand on sait utiliser ces jours et leur intériorité, le regret va en grandissant jusqu'au moment où à force de pleurer de n'avoir pas su voir cette lumière, à force aussi de voir la lumière, que l'on se dise: ''mais ce n'est pas moi qui ait fais ça, aucune chance!!''. ''Il n'y a aucune ressemblance entre mes vraies aspirations et ces méfaits''. La lumière nous fait arriver au vrai nous-mêmes et nous regardons l'ancien ''nous-mêmes'' tel un étranger.

Et s'il est vrai que le lendemain de Kippour, le corps rappelle souvent à ses habitudes, on aura cependant gagné du terrain sur lui. On se sera rapproché davantage de son vrai soi-même et ça, ça laisse des traces sur toute l'année. On ne gagne pas une guerre en une bataille.

C'est donc la signification de devenir une nouvelle créature. Il nous est donné, par la lumière, Lédavid hachem ori véyich'i, D. Tu es ma lumière et ma délivrance, de se sentir étranger à la faute. Certains changeront complètement grâce à cela et d'autres s'en souviendront en cours de l'année, comme l'a si bien dit Rech Laquich (Talmud, sotah 4 ) ''un homme ne fauterait pas si un vent de folie ne s'était emparé de lui''.une fois l'an nous en prenons pleinement conscience et la possibilité est donnée de rester à cette dimension.

Le jour de Kippour fournit donc une obligation à chacun, celle se sentir étranger à la faute, de réaliser qu'elle est un vent de folie passager. Nous devons haïr le péché et aimer le spirituel en ressentant que c'est notre véritable nature. Notre passé de pécheur doit à ce point nous sembler étranger, tant nous aimons D., qu'il ne doit plus nous faire honte, ''ce n'est pas moi,… plus moi du moins!''.

Rav Yossef Simony

Gmar hatima tova à tout le peuple d'Israël

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