· 

In G. we trust

 

La souccah est un haut lieu de sainteté

Souccoth est une fête qui se distingue des autres commandements. Car de toutes les mitsvot (préceptes) de la Torah on ne trouve aucune mention négative à l'égard de celui qui aurait été empêché durant son accomplissement par une raison de force majeur.  Bien au contraire,  on accorde à l'intention une grande valeur, si bien que nos Sages de mémoire bénie ont énoncé: ''L'intention, Le Saint béni soit-Il, la considère comme l'acte lui-même''.

La mitsva de souccah semble différente. Certes, quand dans la souccah, la pluie pénètre et gêne au point de ne pouvoir y vivre décemment, la halakha (loi) reste uniforme puisqu'il s'agit d'un cas de force majeur: On est exempt. Mais le Talmud étonne quand il raconte la parabole suivante: Quand il pleut dans la souccah, c'est tel un serviteur qui présente un verre d'eau à son maître et qui le lui envoie en retour sur la figure! D'une manière de dire:'' Je n'ai que faire de ton service!''. Surprenante affirmation, car en quoi cela diffère-t-elle de toute autre injonction, pour laquelle nous sommes récompensés même quand il y a eut une entrave à son bon achèvement ?

La réponse la plus littérale à cette interrogation revêt déjà une intensité particulière. Durant Souccoth, entourés de quatre planches et surplombés de quelques branches de verdure, nous servons bel et bien le Créateur, tel un esclave sert à son maître un verre d'eau! On ne parle plus de peuple servant son roi depuis son royaume ou dans son palais mais mieux encore, dans ses appartements. Les autres mitsvot sont certes une approche à D., mais dans la souccah le contact est direct. Nos Sages ont donc compris qu'un obstacle à cette promiscuité est en fait un refus de la part du Maître du monde à se laisser servir. Celui qui a présenté le verre  a été repoussé et éloigné des quartiers privés d'Hachem. Les autres commandements ne sont, comparés à la souccah, qu'un contact lointain. Il ne faut pas donc regarder un empêchement comme un refus d'accorder une proximité.

Les contes sur les Tsaddikim (Justes) de notre peuple qui étaient tellement attachés à  la mitsva de souccah sont le meilleur témoignage à ce que nous venons de conclure. En effet, ils ne la quittaient pas de tous les sept jours et y resplendissaient de joie et de lumière spirituelle. Ceux qui les ont côtoyés de près ont pu constater leur élévation particulière en cette occasion. 

 Essayons donc de mieux comprendre en quoi elle recèle tant de sainteté. Pourquoi à travers cette mitsva, avons-nous droit à pénétrer dans des lieux spirituels aussi élevés?

 

La souccah est proposée aux nations qui la refusent

Nous trouvons, dans le Talmud (Avoda zara 2;b), le jugement final des nations conté en détails. Ce passage évoque deux étapes qui, vues séparément sont assez énigmatiques. Mais une fois réunies, elles offrent une idée claire de la distinction à faire entre les deux philosophies: celle de Jacob et celle d'Esaü.

Le premier anticipe l'accusation. Le Saint, béni soit-Il, portera sur Lui le rouleau de la Torah et invitera les peuples à se défendre: ''Qu'avez-vous accompli de tout ce qui y est écrit?''. Les nations se bousculeront tant elles seront sûres de leur plaidoirie et D. donnera en premier, la parole à Rome qui représente en réalité Esaü, celle qui asservira Israël jusqu'à la venue du Messie, et non la Rome antique.  C'est leur argument que nous allons analyser. Ils diront: ''Nous avons installé des marchés et des bains publics (amélioré le mode de vie) et nous avons multiplié l'or et l'argent (id.), et tout cela nous l'avons fait afin qu'Israël puisse mieux s'adonner à la Torah. Le Saint béni soit-Il rétorque: Sots que vous êtes! Tout cela, vous ne l'avez fait que pour votre plaisir etc.''.

Si nous n'avions pas vécu de près la galouth (l'exil), nous aurions pu admettre d'une manière ou d'une autre leur argumentation. Mais nous savons pertinemment que les peuples ne se soucient guère de nous et encore moins de notre pratique de la Torah. Comment donc pourront-ils proférer de tels mensonge et de plus envers le Créateur qui sonde des cœurs? La suite de ce passage est particulièrement enrichissante. Elle va nous aider à mieux saisir le fondement de leur argument.

Les peuples vaincus implorent le Créateur de leur accorder une dernière chance. Ne serait-ce qu'une seule Mitsva afin de prouver leur bonne volonté! La requête est accordée. Pourquoi, se demande le Talmud? La règle est pourtant qu'à la fin des temps le libre arbitre n'est plus concédé? En effet, la reconnaissance de D. est bien trop grande pour permettre un mérite quelconque!  Oui, mais D. est miséricordieux et de ce fait accepte la repentance même à ce stade si avancé. ''J'ai une mitsva aisée et elle s'appelle souccah, accomplissez-là donc!   Trop content de l'aubaine inespérée, ils s'empressent de construire chacun une cabane sur son toit et y habitent. D. fait briller un soleil ardent et eux, ne pouvant supporter la chaleur, sortent avec mépris de leur souccah.

Ce passage est bien sûr très énigmatique. Retenons uniquement pour notre développement qu'ils n'ont pas été à même de pratiquer cette seule mitsva. Ils l'ont ''méprisé'' et n'ont pas regretté la canicule qui les empêchait de servir Hachem.

Ce qui nous interpelle est le choix du commandement: ''J'ai une mitsva aisée''. Il existe en effet d'autres mitsvot tout aussi faciles et sinon davantage?  Le choix n'est donc sûrement pas inopportun. Il y a sans aucun doute une corrélation entre l'argumentation des nations et la réfutation par la démonstration de leur incapacité de pratiquer spécifiquement la souccah. Tout se passe comme si Le Saint, béni soit-Il voulait leur démontrer qu'ils n'ont pas construit les marchés et les bains publics pour Israël puisqu'ils ne sont pas capables de faire la mitsva de souccah.  Quel est le rapport entre les deux thèmes? Avant d’y répondre, quelques éclaircissement.

 

Joseph l'antidote d'Esaü

Esaü ne ment pas quand il se défend devant D. La preuve en est la réponse du Grand Juge: ''Sots que vous êtes'' et non pas ''menteurs que vous êtes''. Ils se trompent mais ne mentent donc pas. Comment comprendre cela? Il faut remonter à la source, à savoir à Esaü lui-même. (Dans le cadre de cette étude nous allons devoir présenter de manière concise des données qui mériteraient beaucoup plus de développement.)

Il nous faut admettre que Joseph, le fils du Patriarche Jacob, et Esaü sont deux pôles opposés. La preuve en est l'affirmation de Jacob qui, à la naissance de Joseph, se sent prêt à affronter Esaü. Il quitte alors la maison de son beau-père, Lavane, et retourne chez lui sans craindre les représailles de son frère ennemi. Nos Sages ont étayés cette notion par le verset ''La maison d'Esaü sera telle de la paille et celle de Joseph telle une flamme''. Pourquoi?

Parce que Joseph représente dans toute la pensée juive la pureté et la chasteté. Pour démonstration, prenons sa fuite face aux avances perverse de la femme de son maître, Putiphar. Mais sa fonction au sein d'Israël est beaucoup plus étendue. En témoigneront ses deux rêves, qu'il raconte d'ailleurs à ses frères car ils sont les premiers concernés. Dans le premier, il se présente comme une gerbe de blé devant laquelle se prosternent celles de ses frères, eux aussi représenté de la même manière. Dans le deuxième songe ils deviennent tous des astres et là aussi ils continuent à se prosterner devant le ''roi'' Joseph. La signification de ces rêves est explicite à travers l'étude des midrachim qui s'y rapportent. Nous n'allons pas les citer mais simplement s'inspirer de leurs conclusions.

Joseph est le symbole de la pureté. Il peut aller vers tout ce qui est matériel sans craindre la perdition et la faute car justement il désire que D. et s'écarte du reste. De cette manière il purifie la matière et la rend accessible à ses frères. Il doit dominer spirituellement Israël dans sa relation avec la matière. Quand il revendique la royauté (ils se prosternent à lui dans les rêves), ses frères se méprennent sur ses intentions. Il ne désire pas en effet, se substituer à Yéhouda son frère, qui a déjà cette fonction au sein du peuple. Le roi David restera dans sa filiation et le Messie de même. Ce que Joseph convoite et mérite, il le leur dit à travers le conte de ses rêves: Ils ne pourront avoir accès à la matière (les gerbes de blé) sans ses vertus de pureté. C'est lui qui devra les diriger et les inspirer par sa conduite et sa domination dans tout cet aspect de leur existence. Cette domination est d'ordre spirituel et dépasse la vision du commun des hommes. C'est, résumé de manière concise, l'esprit de Joseph et sa sainteté qui devront reposer sur toute notre relation avec l'argent, la nourriture et tout ce qui est consommation de ce bas monde.  C'est d'ailleurs ce qui se déroula plus tard en Egypte quand il dut les nourrir en période de famine. Ceci les protégea des tentations de ce pays Qualifié par nos Sages de Pays de débauche. Si cette condition est remplie, grâce aux gerbes de blé, ils atteindront la dimension des étoiles. C'est le symbole de ces deux rêves et leur signification.

La finesse de la perception de Joseph est à même de nous protéger d'une erreur beaucoup moins grossière que celles que nous avons connu en Egypte. Celle d'Esaü! Cet homme est le fils de l'un des Patriarches, ne l'omettons pas. Sa philosophie n'est pas aussi peu élaborée qu'une lecture littérale des textes pourrait le laisser croire. Il n'est en effet, pas entièrement dénué de spiritualité. Il convoite la bénédiction de son père et crie à déchirer le cœur des moins sensibles quand il se la fait dérober par Jacob. Mais la différence entre les deux hommes réside dans la motivation. Exemple: Nos Sages ont insisté sur la manière dont Esaü pratiquait la mitsva du respect des parents. Mais le texte est explicite au sujet de son intention:   ''Mange ce que j'ai chassé pour toi, mon père, afin que tu me bénisses''. Il convoite la bénédiction et c'est pour cela qu'il respecte son père de manière si magistrale. Il veut les bienfaits qui découlent de la spiritualité et non la spiritualité pour elle-même. Il ne recherche pas la proximité de D. Il ne veut que ce qui en découle de bénéfique pour son bien-être. Nous serions tentés de résumer cela en une seule formule, ''In G.od we trust',' et de l'inscrire sur un billet de banque afin  qu'elle lui assure une bonne valeur dans le cours des monnaies.

Joseph est l'inverse de cette conduite. Il aime D. et sait s'éloigner du plaisir matériel. Il utilise la création à bon escient car il aime D. et le reste n'est qu'accessoire qu'il ne désire pas. Nous allons dès lors pouvoir répondre à toutes les interrogations soulevées plus haut.

 

La souccah est une recherche de D. dépouillée de tout intérêt

Revenons aux textes cités précédemment. Esaü demande encore une chance. Il sait que le jugement dernier est arrivé et qu'il ne s'est pas conduit comme il le devrait durant presque six millénaires. Pourtant, il invoque ''vertement'' son amour pour le spirituel: ''In G.od we trust!!''. Ne l'ais-je pas clamé haut et fort? J'aime la Torah et je voulais que les juifs la pratiquent. Je l'y ai aidé en construisant des marchés et des bains publics. Il faut savoir pour mieux apprécier ce commentaire de nos Sages, qu'ils font parler ici, la partie spirituelle des nations. C'est de leur Ange protecteur dont il est question quand ils disent leur plaidoirie. Et lui, désire la spiritualité mais à la manière d'Esaü. La réponse ne se fait pas attendre: ''Certes, vous ne mentez pas, mais c'est la réussite que vous attendiez en retour et non la spiritualité pour la spiritualité''.

D. de miséricorde leur accorde alors une ultime chance. ''Prouvez votre sincérité par la souccah. Mes enfants, Israël, sortent une fois par an de leur maison, délaissent leur confort et clament que tout n'est que futilité. Ils ne veulent que Ma proximité et Je la leur accorde. La souccah, cette petite cabane faite de brindilles, abrite Le Roi des rois.  Si Je les rejoins et que Je me laisse servir par eux, comme un roi dans ses appartements privés,  c'est justement parce que Je sais qu'ils n'ont aucune attirance véritable pour la matière. Ils ne désirent et n'aspirent qu'à Moi. En rentrant dans la souccah ils affirment la vanité des plaisirs de ce monde. Faites-en de même et ce sera votre expiation. Mais ils n'en sont pas capables car les plaisirs charnels les attirent trop. Ils méprisent aussi cette mitsva ''aisée''.

Tous les éléments cités plus haut se rejoignent. La souccah est un îlot de spiritualité jusqu'à la qualifier de palais du Roi parce qu'elle est l'expression de notre désintéressement pour les plaisirs et les biens matériels. Le juif y est au naturel. Il peut dès lors ''rencontrer'' son Créateur. Esaü ne peut pratiquer cette mitsva car sa recherche du spirituel est intéressée. Il est l'antithèse de la souccah.

Il est intéressant de constater que la première évocation à la souccah dans les textes est suite à la rencontre entre Jacob et Esaü. Notre Patriarche revient de chez Lavane et affronte son frère qui apparait dans sa dimension d'homme intéressé quand il proclame fièrement: ''Garde tes offrandes mon frères, j'ai plus que ce dont j'ai besoin''.   Un juif qui comprend que le matériel n'est pas un objectif mais un outil afin accomplir ses tâches sur terre, n'a jamais rien en plus. Il a tout ce qu'il lui est nécessaire à cet effet. Esaü a de l'argent pour en jouir et effectivement dans cette optique, parfois il en a trop.

Jacob perçoit le danger d'Esaü car nous allons devoir le côtoyer dans un long exil. Comme pour nous préserver de son influence, il se sépare de lui et construit des cabanes (souccoth dans les textes) pour ses animaux et des maisons pour ses femmes. Une manière de dire: ''Il suffit d'accorder très peu d'importance à vos biens et de les protéger d'une souccah, alors que la famille mérite toute votre attention. 

'HAG SAMEA'H

Rav Yossef Simony

 

    

Écrire commentaire

Commentaires: 0